‹ Le canal de Suez (volume 4)Chapitre 7 sur 80 · RAPPEL SOMMAIRE DES PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

RAPPEL SOMMAIRE DES PRÉCÉDENTS

Pour permettre une juste appréciation des circonslancos qui ont conduit à Taccord du meeting de Londres du 30 novembre 1883 entre la Compagnie et les armateurs, il est utile de rappeler d'abord, sommairement, les précédents de la question et de résumer, notamment, les principaux incidents et résultats des discussions qui ont eu lieu dans le Parlement anglais au sujet de Taccord provisoire conclu précédemment (le 10 juillet 1883) entre les représentants du Gouvernement de Sa Majesté Britannique et le Président de la Compagnie.

La Convention du 21 février 1876 avait mis fin — on se le rappelle — aux dill'érends qui existaient enti;e la Compagnie et les Puissances maritimes par suite du nouveau mode d'application de la taxe de navigation conseillé par la Commission de Constantinople et imposé par la force à la Compagnie.

Il restait encore à la Compagnie à rechercher les moyens de régler également les différends avec les armateurs anglais, clients du Canal maritime, lesquels réclamaient, en vue de plus grandes facilités de transit, une importante amélioration du Canal, c'est-k-dire une augmentation des dépenses, et, en même temps, des détaxes, c'est-à-dire une diminution des recettes.

C'est en vue de concilier ces deux intérêts contraires qu'avait été préparé par la Compagnie, avec lé concours

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des représentants du Gouvernement anglais dans le Conseil d'administration, Taccord provisoire qui avait été détinitivement conclu le 10 juillet 1883 entre la Compagnie et le riouvernement de Sa Majesté Britannique, sous réserve Je la sanction du Parlementa

Cet accord provisoire, dès qu'il avait été connu en Angleterre, y avait rencontré une opposition presque générale auprès des représentants du commerce et des armateurs, et il avait été l'objet des plus vives critiques dans le Parlement à Texamen de qui le Gouvernement lavait renvoyé (séances de la Chambre des Communes des 11, 12, 13, 17,

19 et 20 juillet, et séance de la Chambre des Lords du 17 juillet).

Dans cette situation, le Gouvernement avait cru devoir charger un des administrateurs anglais de la Compagnie fSir Rivers Wilson) d'aller s'entendre à Paris avec le Président de la Compagnie sur le parti h prendre. A la suite de cette démarche, M. de Lesseps avait écrit, le

20 juillet, à M. Gladstone (Premier Ministre) pour le prier de ne pas se considérer comme lié envers lui par les termes de l'accord; il annonçait, en même temps, dans sa lettre, que si cet accord était retiré, le creusement du second canal qui y était mentionné n'en serait pas moins exécuté par la Compagnie et que toutes les diminutions de taxes prévues dans l'accord seraient appliquées 2.

Le Premier Ministre, dans la séance de la Chambre des Communes du 23 juillet, après avoir présenté un exposé des considérations principales dont le Gouvernement s'était

1. On rappeUera que les affaires de la Grande-Bretagne étaient alors dirigées I>ar un ministère libéral ayant M. Gladstone Comme Premier ministre, Lord GranTille, comme Ministre des Affaires Étrangères, et M. Childers, comme Chancelier de TEchiquier.

2. Voir la lettre de M. Lesseps et la réponse de M. Gladstone dans le ctimpte rendu sommaire de la séance de la Chambre des Communes du 23 juillet.

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inspiré pour arriver à la conclusion de l'accord provisoire, et après avoir fait part à la. Chambre de la récente communication de M. de Lesseps, avait annoncé que le Gouvernement renonçait à présenter laccord à la sanction du Parlement, annonçant, toutefois, qu'il se tiendrait néanmoins à la disposition de la Chambre, si elle le désirait, pour la discussiou dos diverses questions qu'avait soulevées le projet d'nccord.

Ces diverses questions revenaient toutes, à vrai dire, à colle concernant « le droit exclusif de M. de Lesseps et do sa Compagnie à l'égard de tout canal à travers Tisthme df Suez ».

Cette question s'était trouvée posée dans les circonstances suivantes :

M.Gladstone, dans la séance de la Chambre des Communes du 12 juillet, en réponse à une question qui lui avait été posée par un membre sur la possibilité de créer un autre canal à travers l'isthme de Suez, avait formellement déclaré, de son propre mouvement, sans y avoir été en rien incité par la Compagnie du Canal, que le Gouvernement, d'accord en cela avec ses conseillers légaux, reconnaissait à M. de Lesseps un droit exclusif dans l'isthme. Quelques jours plus tard, dans la Séance de la Chambre des Lords du 17 juillet. Lord Granville avait fait une déclaration semblable, appuyée ensuite par le Lord Chancelier. 11 y a lieu de noter, toutefois, que, dans sa déclaration, Lord Granville, tout en affirmant d'une manière très nette le droit exclusif de la Compagnie, avait déclaré en môme temps qu'il n'entendait pas prétendre que la question ne pourrait pas ùtre discutée à l'avenir si la Compagnie ne faisait rien pour faciliter les communications entre les deux mers. Il estimait en effet, que si, ne faisant rien par elle-même, la Compagnie voulait pourtant empocher les autres de faire quelque chose cette circonstance pourrait donner droit au Gouvernement à exercer une pression diplomatique; mais, se hâtait d'ajbuter

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le Ministre, tel n'était nullement, pour le moment, Tétat (les choses, puisque la Compagnie avait déjà décidé d'importantes améliorations au Canal existant.

Dans les longues discussions qui avaient eu lieu à la suite du retrait de Taccord, le thème de l'opposition, vigoureusement soutenu pendant de nombreuses séances, par ses principaux orateurs, dans les deux Chambres du Parlement (séances de la Chambre des Communes des 23, 24, 26, 27 et 30 juillet, 2, 9, 10, 13, 14, 20 et 21 août, et séance de la Chambre des Lords du 23 juillet), avait consisté à dénier absolument le droit exclusif de M. de Lesseps dansTisthme, allant même, dans cette voie, jusqu'à demander au Gouvernement de profiter de la situation qu'occupait l'Angle terre en Egypte pour faire octroyer à une Compagnie anglaise la concession, à travers l'isthme, d'un canal rival de celui de la Compagnie.

Cette opinion et ces vues de l'opposition avaient été énergiquement combattues par le Gouvernement qui n'avait laissé échapper aucune occasion d'affirmer, par Torgane de ses divers membres, sa conviction, basée sur des motifs de stricte justice et d'honnêteté politique, du droit exclusif de M. de Lesseps et de sa Compagnie.

Au cours des discussions deux ordres du jour avaient été proposés :

Lun, par Sir Strafford Northcote, chef de l'opposition, ainsi conçu :

« Une humble adresse sera présentée à Sa Majesté pour la prier, dans toutes négociations ou démarches ayant trait à la Compagnie du canal de Suez dans lesquelles Sa Majesté serait partie, de vouloir bien, tout en respectant les droits indubitables de la Compagnie quant à sa concession, refuser de reconnaître toute prétention de sa part à un monopole qui exclurait la possibilité de la concurrence de telles autres entreprises conçues en vue d'ouvrir une communication maritime entre la Méditerranée et la mer Rouge. »

L autre par M. Norwood, libéral, à titre d'amendement, et ainsi conçu :

« La Chambre désire maintenir son entière liberté de jugement en ce qui regarde toutes les affaires ayant trait à la communication par eau entre la Méditerranée et la mer Rouge; et, en conséquence, elle refuse de prendre une résolution quelconque quant à des négociations ou démarches quelconques concernant cette question. »

La motion de Sir S. Northcote, mise aux voix dans la séance de la Chambre des Communes du 30 juillet avait été repoussée par 282 voix lîontre 183, c'est-à-dire à une majorité de 99 voix. Puis, l'amendement de M. Norwood avait été adopté.

Le rejet de la motion de Sir S. Northcote n'avait pas mis fin aux discussions incessantes suscitées par l'opposition sur la question du droit exclusif de M. de Lesseps.

En dernière analyse, dans la séance de la Chambre des Communes du 30 août, Sir S. Northcote ayant demandé au Premier Ministre si des négociations quelconques se poursuivaient avec la Compagnie du Canal au sujet de l'amélioration du transit ou de la construction d'un second canal, et si le Gouvernement avait l'intention de faire une communication au Parlement avant de conclure un arrangement quelconque avec la Compagnie à cet effet,

M. Gladstone avait répondu qu'aucunes négociations ne se poursuivaient pour le moment et que le Gouvernement, en raison de la tournure qu'avaient prise les choses, n'avait nul désir de les reprendre à bref délai ; que ce que le Gouvernement désirait maintenant et ce qu'il espérait, — pensant d'ailleurs que ce serait la meilleure marche k suivre pour arriver h une solution satisfaisante de la question — c'était qu'il y eut des communications entre les Directeurs de la Compagnie et les représentants des intérêts commerciaux de l'Angleterre et, si cela était nécessaire, de ceux des autres pays. M. Gladstone était convaincu qu'un échange de vues entre ceux qui étaient directement inté-

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ressés serait extrêmement utile et il désirait vivement le voir se produire comme mesure préliminaire k l'action plus directe du Gouvernement. Il déclarait dailleurs avoir quelque raison de croire que ce désir était partagé par les autorités de la Compagnie.

Enfin, dans la séance de clôture de la session du Parlement, qui eut lieu le 21 août, M. Gladstone avait renouvelé le vif désir du Gouvernement de voir les classes commerciales elles-mème, qu'il considérait comme les meilleurs juges dans la question, d'entrer en relations directes avec la Direction du Canal.

Telle était la situation à la fin des longues et ardentes discussions du Parlement, oti l'avenir du Canal s'était trouvé si violemment menacé par les orateurs de l'opposition et par les représentants des intérêts commerciaux et maritimes coalisés contre la Compagnie, mais, en même temps, non moins vigoureusement défendu, fort heureusement, par M. Gladstone et par tous ses collègues du ministère libéral qui dirigeait alors les affaires de l'Angleterre.

Dans cette situation, c'est-à-dire les droits et privilèges de la Compagnie ayant été pleinement reconnus et proclamés par le Gouvernement anglais, et la Compagnie pouvant sûrement considérer comme une menace vaine les projets de canaux concurrents, M. de Lesseps jugea qu'il pouvait maintenant, n'ayant à subir aucune pression et dans la plénitude de ses droits, reprendre, cette fois directement avec les armateurs, l'œuvre de bonne entente qu'il avait précédemment cherché à réaliser avec le Gouvernement.

Mais tout d'abord, et en exécution de la promesse contenue dans la lettre du 20 juillet du Président à M. Gladstone, le Conseil d'administration de la Compagnie, dans sa séance du 4 septembre 1883, décida qu'à partir du f'janvier 1884, et jusqu'à nouvel ordre, les navires sur lest jouiraient d'une

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réduction de 2 fr. 50 par tonne sur le tarif du transit (c'était l'une des stipulations de Taccord provisoire du 10 juillet 1883 entre le Gouvernement anglais et la Compagnie).

Dans la même séance, le Conseil décida également, qu'à partir du 1" octobre 1883, et jusqu'à nouvel ordre, les frais de déséchouage des navires dans le Canal seraient désormais entièrement supportés par la Compagnie.

§ 2. — POURPARLERS ENTRE M. DE LESSEPS ET LES ARXfATEURS ANGIjVIS

Le Comité de l'Association des armateurs ayant écrit, le 30 octobre, à Lord Granville pour l'entretenir à nouveau de la question d'établissement d'un second canal, le Ministre en réponse, avait fait remarquer que toute opération en vue de la construction d'un canal dans l'isthme serait beaucoup mieux conduite par la Compagnie existante que par toute autre nouvelle Compagnie, et que le Gouvernement ne pouvait qu'engager l'Association à se mettre en rapport avec la Compagnie de Suez pour rechercher la possibilité d'obtenir par elle les facilités réclamées par le commerce britannique.

Dès les premiers jours de novembre 1883, M. de Lesseps, <( répondant à de bienveillantes et amicales invitations », se rendit en Angleterre avec son fils, M. Ch. de Lesseps, viceprésident de la Compagnie, « pour recueillir les vues des différents corps maritimes et commerciaux sur la situation actuelle et future du Canal et tâcher d'arriver avec eux h une entente ». Il assista à d'importants meetings orga« nisés h ces fins à Londres, Liverpool, Manchester et Newcas tle.

Dans le compte rendu des résultats de son voyage, qu'il présenta à l'Assemblée générale des actionnaires dans la réunion extraordinaire du 12 mars 1884, spécialement convoquée pour statuer sur l'accord intervenu, M. de Lesseps donnait les renseignements suivants :

ENTRE LA COMPAGNIE ET LES ARMATEURS ANGLAIS

Dissiper les malentendus, établir un accord, , former une alliance entre les actionnaires et les armat(>urs, tel a Hé le but unique de notre voyage. Ce buta été pleinement rempli. Nous avons dû constater que les malentendus étaient nombreux, les erreurs plus nombreuses encore ; nous nous sommes efforcés de rétablir la réalité des faits, de dissiper les malentendus, de rectiHer les erreurs; et lorsque, au dernier meeting tenu à Londres, le 30 novembre, nous avons essayé de rédiger avec les armateurs le procès-verbal énumérant les considérations qu'il serait désirable de réaliser dans Texploitation future du Canal, nous avons dû constater que la longue agitation soulevée en Angleterre avait enraciné, dans les esprits les plus équitables, des préjugés, disons le mot, des soupçons et, par conséquent, des craintes absolument défavorables à nos vues.

I^ ténacité de nos intentions, la franchise de notre attitude, la netteté de notre but, notre inaltérable patience ont fini par associer à nos vues ceux-là mêmes qui s'étaient d'abord montrés, presque de parti pris, hostiles à tout arrangement, et nous vous apportons, revêtu de la signature de tous les membres de TAssociation des armateurs de navires ^ à vapeur engagés dans le commerce de TOrient, le procès-verbal du meeting du 30 novembre 1883, exposant un programme de l'exploitation future du Canal.

Nous vous ferons remarquer, Messieurs, que les signataires de ce document représentent la plus grande partie du tonnage anglais passant par le canal maritime ; que ce sont donc bien les clients du canal maritime venant participer personnellement à votre exploitation.

En 1876, nous avons obtenu une convention qui nous a valu un accord définitif entre les Puissances maritimes et la Compagnie ; en 1884, nous vous apportons une entente définitive avec les clients du Canal maritime.

L'imaginatioii la plus pessimiste ne saurait concevoir, nous semble-t-il, comment la Compagnie exploitant le Canal maritime de Suez pourrait désormais être troublée dans l'exercice de son exploitation lorsqu'elle a, pour cette exploitation, obtenu Tassentiment des clients du Canal eux-mêmes.

Ce programme d'exploitation prévoit les trois principales questions : les améliorations progressives à exécuter, les diminutions de taxes et Tadministration de la Société.

Les clients du Canal n'ont pas seulement donné leur assentiment à ce programme d'exploitation; ils se sont engagés à prêter leur concours, un concours permanent, à son exécution graduelle.

M. de Lesseps, après avoir rocueilU les vues principales des armateurs anglais, quitta TAngleterre le 24 novembre

pour rentrera Paris, laissant son fils, M. Ch. de Lesseps, h Londres, pour réunir les derniers éléments de Tenquête et arrêter les termes de Tentente avec les armateurs. L'accord fut définitivement conclu, suivant le texte ci-après, dans un dernier meeting tenu à Londres le 30 novembre 1883.

s 3. — PR0CÉS5- VERBAL DU MEETING DU 30 NOVEMBRE 18S:J

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