‹ Le canal de Suez (volume 5)Chapitre 45 sur 58 · livres sterling pour couvrir le montant de l'achat · texte numérisé non relu

livres sterling pour couvrir le montant de l'achat

et les frais*.

1. Le montant total de lacquisition a été, en définitive, le suivant :

Achat proprement dit des 176. 602 actions 3.976.582£, 2-*, 6^

Commission de 2 1/2 0/0 à MM. Rothschild 99.414.11 , 1.

Frais accessoires ' — 625 ,14 ,10.

Total 4.076.622i:, »•*, ^

La livre sterling est ressortie à 25 fr. lot

ACQUISITION PAR l'aNGLETERRE DES ACTIONS ÉGYPTIENNES 289

Les motifs qui ont décidé le Gouvernement anglais à se rendre acquéreur des actions du Gouvernement égyptien et la manière dont cette acquisition a été envisagée par le Président de la Compagnie ressortent des documents suivants :

Lettre^ du 20 novembre i 875, du Chargé d'affaires de France à Londres au Ministre des Affaires Étrangères

Suivant vos instructions, j'ai profité de l'entretien que j'avais ce matin avec Lord Derby pour passer des ditlicultés financières de la Turquie à celles de l'Egypte. Le principal Secrétaire d'Etat m'a dit que le Khédive cherchait à hypothéquer ses actions du Canal de Suez à la Banque An glo -Egyptienne. Je lui ai alors demandé s'il n'était pas aussi question de la vente de ces actions à la Société Générale. « Je ne « vous cache pas, m'a-t-il répondu, que j'y verrais de sérieux inconvét< nients. Vous savez quelle est mon opinion sur la Compagnie franu raise : elle a couru le risque de l'entreprise ; tout l'honneur lui en <c revient, et je ne désire contester aucun de ses titres à la reconnaissance «c de tous. Mais, reconnaissez que nous sommes les plus intéressés dans (( le Canal, puisque nous en usons plus que tous les autres pavillons c< réunis; le maintien de ce passage est devenu pour nous une question « capitale ; je verrais donc venir avec grande satisfaction le moment « où il sera possible de largement désintéresser les actionnaires et de « remplacer la Compagnie par une sorte d'administration ou de syndi- « cat où toutes les Puissances maritimes seraient représentées. En « tout cas nous ferons notre possible pour ne péis laisser monopoliser tK dans des mains étrangères une affaire dont dépendent nos premiers « intérêts. La garantie résultant du contrôle de la Porte n'est plus « suffisante aujourd'hui ; si nous perdions celle que nous ofiTre encore c( la participation du Khédive, nous serions absolument à la merci de « M. de Lesseps, auquel je rends d'ailleurs toute justice. La Compagnie « et les actionnaires français possèdent déjà 110 millions sur les 200 « que représente le capital des actions. C'est assez. »

Après quelques mots au sujet de la Compagnie du Canal de Suez, je revins à l'emprunt hypothécaire dont Lord Derby m'avait parlé. Il m'a répondu qu'il désirait que le Khédive n'hypothéquât pas ses titres, mais qu'à tout prendre l'hypothèque n'était pas l'aliénation des titres, et qu'on pouvait toujours les recouvrer. Il a insisté, en finissant, sur le mauvais effet que produirait, dans les circonstances actuelles, la vente des titres à une Compagnie française, et, en même temps, sur son désir d'éviter le réveil d'anciennes rivalités qu'un fait de ce genre ne manquerait pas de provoquer.

Lettre, du 2*7 novembre 4875, de rAmb€U$adeur de France à Londres au Ministre des Affaires Étrangères

Je viens de chez le Comte Derby, à qui j'ai exprimé le désir que jV'prouTais de savoir de sa bouche ce qui avait décidé rAngleterre à acquérir du Khédive les actions de la Compagnie de Suez. Voici, à peu près, ce que m'a répondu Lord Derby : i< Ce n'est qu'au commencement de la semaine que nous avons su <c l'intention et le besoin de Khédive de vendre ses actions. Mon désir, c< et je l'ai exprimé, était qu'il les gardât; mais, d'une part, il avait un (( besoin urgent de se procurer des ressources pour des rembourse- « ments qui n'admettaient pas de retard, et, d'autre part, nous avons « su qu'il y avait des négociations suivies entre la Société Générale e^ u le Gouvernement égyptien pour l'acquisition des mêmes actions. Il « fallait donc laisser passer ces valeurs dans d'autres mains ou les (c acheter nous-mêmes. Je puis vous assurer que nous avons agi avec « l'intention uniquement d'empêcher une plus grande prépondérance « d'influence étrangère dans une afl'aire si importante pour nous. « Nous avons la plus grande considération pour M. de Lesseps; nous (c reconnaissons qu'au lieu de nous opposer à sa grande création, nous « aurions mieux fait de nous y associer. Je renie pour mes collègues « et pour moi toute intention de dominer les délibérations de la Com- «< pagnie et d'abuser de notre récente acquisition pour violenter ses <c décisions. Ce que nous avons fait est purement défensif. Je ne crois K pas, d'ailleurs, que le Gouvernement et les sujets anglais soient « maîtres de la majorité des actions. J'ai dit, il y a quelque temps, à « la Chambre des Lords, que je ne m'opposais pas à un arrangement « qui mettrait le canal de Suez sous la direction d'un syndicat inter- « national. Je n'en ferai pas la proposition, mais je ne retire nullement « mes paroles. »

Lettre circulaire, du 29 novembre 1875, du Président aux correspondants

de la Compagnie

Des actionnaires se préoccupent de l'achat fait par le Gouvernement britannique des 176.602 actions qui appartenaient au Gouvernement égyptien, et quelques-uns manifestent des inquiétudes.

Il suffira de rappeler une page de l'histoire du Canal pour calmer les préoccupations et détruire les inquiétudes.

A l'origine de l'entreprise, lorsque le moment fut venu de réunir le capital nécessaire, une part importante de la souscription fut réservée aux capitalistes anglais.

A cette époque, la France et l'Egypte assurèrent par leurs apports

ACQUISITION PAR l'aNGLETEBRE DES ACTIONS ÉGYPTIENNES 291

rexécution du Canal. La souscription fut presque entièrement couverte par le public français et par le Gouvernement égyptien.

Complètement désintéressé, financièrement, dans le succès de Tentreprise, le Gouvernement britannique opposa de nombreuses difficultés à Tachèvement de Tœuvre, et, jusque dans ces derniers temps, l'intervention des Agents anglais fut nuisible à Tintérôt particulier des actionnaires français et égyptiens.

Aujourd'hui, la Nation anglaise accepte dans la Compagnie du canal sa part qui lui avait été loyalement réservée à Torigine ; et si cet acte, étant accompli, doit avoir une conséquence, cette conséquence ne saurait être à mes yeux, de la part du Gouvernement britannique, que le renoncement à une attitude qui a été depuis longtemps hostile aux intérêts des actionnaires fondateurs du Canal maritime, si énergiques dans leur persévérance intelligente.

Je considère donc comme un fait heureux cette solidarité puissante qui va s'établir entre les capitaux français et anglais pour l'exploitation purement industrielle et nécessairement pacifique du Canal maritime.

Extrait du rapport du Président de la Compagnie à V Assemblée générale

des actionnaires du 27 juin 1876

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