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APPROVISIONNEMENTS OB DENREES

Ainsi qu'il a été déjà mentionné précédemment, MM. Borei, Lavailey et G'*, «a fé\Tier 1863, traitèrent avec la maison Bazin, de Port-Saïd, pour le service des approvisionnements de denrées sur leurs chantiers de travaux; et la Compagnie, dès qu'elle fut libérée avec l'industriel avec qui elle avait traité pour la fourniture, aux risques et périls de celui-ci, des vins et denrées diverses dans les campements, leur fit remise de tous ses magasins à TexceplioQ des deux grands magasins de Port-Saïd et d'ismaïlia nécessaires à ses propres travaux.

Le Président de la Compagnie, dans son rapport à TAssemblée générale des actionnaires du 5 octobre 1865, put signaler que Talimentation de tous les chantiers de Tlsthme était alors exclusivement entre les mains du commerce privé.

Le Président renouvela cette information à TAssemblée générale des Actionnaires de Tannée suivante (1" août 1866) dans les termes ci-dessous :

« Quant à la vente des denrées de toute espèce, la Compagnie ne s'en occupait plus. C'était la liberté qui y pourvoyait abondamment au moyen de 1.490 commerçants, dont 792 européens et 698 indigènes qui avaient établi des hôtels, des cantines, des magasins et des boutiques où chacun allait s'approvisionner. A Port-Saïd notamment, il y avait entre autres deux magasins qui débitaient, chacun de 2 à 3.000 francs de marchandises par jour. »

Bien que le service des magasins de la Compagnie eût été réduit à ce qui concernait exclusivement les besoins des travaux et opérations en régie, il formait encore un rouage très important de la Direction générale des travaux, ainsi que l'on peut en juger par les chiffres suivants relatifs aux onze premiers mois de Tannée 1886.

Inventaire au 1" janvier 1866 1.739.529fr.05

Entrées du !•' janvier au 30 novembre 1.760.305 •

3.499.834 05 Sorties du l" janvier au 30 novembre 1.8'24.744 08

Stock au 30 novembre 186C 1.075.089fr.97

BPIDÉMIB DE CHOLÉRA DANS l'iSTHME

du 16 juin au 31 juillet 1865 (extrait du rapport du médecin en chef}

Invasion du choléra en Egypte. — Une épidémie de choléra avait été constatée, en mai 1865, à Djedda et à la Mecque où 150.000 pèlerins étaient réunis. Les cadavres restaient sans sépulture dans les rues.

Le 16 mai, arriva à Suez le premier navire venant de Djedda, vapeur anglais chargé de 1.500 pèlerins et ayant, pendant la traversée, jeté des morts à lii mer. Deux jours après, des cas de choléra furent constatés sur le capitaine du navire et sa femme qui furent traités par le médecin de la Compagnie.

Le 22 mai, un cas de choléra fut reconnu à Damanhour, près d'Alexandrie, dans un convoi de pèlerins venant de Suez.

Du 22 mai au i*' juin, plusieurs milliers de pèlerins, débarqués également à Suez, étaient venus camper à Alexandrie près du canal Mahmoudieh. Pendant les premiers jours qui suivirent, quelques cas de choléra se produisirent dans Alexandrie et allèrent en augmentant. Le 12 juin, Tinvasion était complète; it: fléau, remontant alors vers Tintérieur, se déclara à Tantah, au Caire, à Zagazig, puis dans les chantiers de Tlsthme.

380 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX

Marche du choléra dans Vlslhme. — Kil. 42 du canal d*eai7 doixe (branche DB Suez) et Sérapéum. — Le premier cas de choléra dans ristbme eut lieu, le 16 juin, 8ur un ouvrier employé aux terrassements de Técluse du kil. 42 du canal d'eau douce, c'est-à-dire en plein désert. A cette date, le choléra ne régnait encore ni au Caire, ni à Zagazig, ni À Suez; il était concentré à Alexandrie, à une distance d'environ 250 kilomètres. Le 18, 2 nouvelles attaques eurent lieu, et le fléau continua, s'étendant au Sérapéum. Du 16 juin au 4 juillet, il y eut, parmi les européens des deux campements, 28 attaques et 16 morts sur une population d'environ 200 personnes. Malgré l'attaque imprévue de la maladie, les deux médecins de la circonscription de Toussoum avaient fait courageusement face et avaient suffi à tout, aidés par plusieurs employés et par des ouvriers qui montrèrent les uns et les autres un grand dévouement. L'épidémie était presque terminée lorsque Tun des deux médecins, le D** Zuridi, en fut victime. En présence de l'effet moral produit par cette mort, les deux campements furent momentanément évacués.

IsMAîLU. — Le premier cas de choléra à Ismaïlia eut lieu le 24 Juin. L'épidémie était alors en pleine croissance à Zagazig; des fuyards (grecs et italiens) étaient venus se réfugier à Ismaïlia ; d'autres avaient traversé la ville, se rendant à Port-Saïd pour s'y embarquer : enfin, comme il est dit plus haut, le choléra, depuis le 16, régnait au kil. 42 du canal d'eau douce.

Le choléra s'abattit sur Ismaïlia comme une trombe, enlevant, au plus fort de Tépidémie, 116 personnes en sept jours. L'épidémie dura vingt-huit jours. Sur une population totale d'environ 4.U00 âmes, il y eut 228 décès répartis ainsi : chez les européens, au nombre d'environ 2.500; il y eut 182 attaqués et 108 décès ; chez les arabes, au nombre d'environ 1.5U0, 120 décès.

11 était à remarquer que les émigrants de Zagazig avaient séjourné dans rOuady, r|u'ils avaient demeuré à Tel-el-Kébir et que, méiuc, des individus y étaient morts du choléra, et que, cependant, toute cette contrée de l'Ouady, qui séparait Ismaïlia de Zagazig, avait été exempte de la maladie.

[Ismaïlia possédait un hôpital européen, un hôpital arabe, et, entre eux, une annexe en planches qui avait été de suite transformée en ambulance. Ces locaux devinrent proniptement insuffisants. Le 30 juin, l'ancienne maison Sciama, destinée à la future habitation du Gouverneur de l'Isthme, fut mise à la disposition du Service de santé pour l'installation de vingt lits qui furent aussitôt occupés. D'autres salles reçurent également des lits qui furent à leur tour successivement occupés.]

El GuisH. — L'épidémie d'ismaïlia s'étendit jusqu'à El Guisr (situé & 6 kilomètres) mais ne dépassa pas ce campement.

Le premier cas de choléra eut lieu le 26 juin sur un arabe, mais ce fut un cas isolé. Le 1"** juillet, 2 cas se manifestèrent sur des individus arrivant d'ismaïlia. Le 3, la maladie était déclarée dans le campement. Les arabes furent surtout frappés; ils eurent 20 décès. Parmi les européens, il n'y eut que 5 décès sur 14 personnes attaquées.

Kantara. — Le campement de Kantara, bien que se trouvant peut-être plus exposé que tout autre à l'importation de la maladie, en fut complètement exempt. On sait que ce campement, bâti sur la route d'Egypte en Syrie, voyait passer une quantité de caravanes et de voyageurs qui, tous, s'y arrêtaient parce qu'ils y trouvaient l'eau douce. De plus, Kantara était la station naturelle des voyageurs qui se rendaient d'ismaïlia ou d'El Guisr à Port-Saïd; or, lorsque l'épidémie s'était déclarée, la peur s'était mise parmi les grecs et beaucoup sétaient sauvés vers Port-Saïd afin de s'y embarquer; il y eut ainsi sur les chantiers de l'Isthme une émigration d'au moins 2.000 ouvriers, les uns à pied, les autres en barque. Ce double courant avait laissé à Kantara 12 morts dont 6 fournis par les caravanes et 6 venant d'ismaïlia, parmi lesquels 4 européens. Tous ces individus avaient été apportés à l'ambulance morts ou mourants.

Port-Saïd. — La marche de la maladie & Port-Saïd — ainsi que Ton en jugera par les détails ci-dessous — revêtit un caractère tel que les médecins se sont demandé si Ton avait eu vraiment affaire à une épidémie ou si tout s'était borné à des cas isolés et à des importations.

Le 28 juin, arriva d'Ismaïlia un grec qui tomba malade ayant tous les sympttoes du choléra, mais qui guérit. Le mAme jour, une jeune fille grecque habitant Port-Saïd et atteinte de diarrhée depuis dix jours fut prise du choléra et mourut dans la nuit.

Le 30, fut apporté un grec, mort du choléra, dans un canot venant dlsmaïlia. L'émigration avait commencé sur toute la ligne des travaux ;

Le 2 juillet, 5 décès parmi les émigrants d'Ismallia;

Le 3, 4 morts, dont 3 émigrants d'ismaïlia et un habitant de Port-Saïd ;

Le 4, 3 morts venant dismaïlia;

Le 5, 2 morts dont un émigrant et un habitant de Port-Saïd (le second atteint;, demeurant près du campement des émigrants ;

Le 6, 6 morts, dont un émigrant et un habitant de Port-Saïd demeurant, comme le précédent, près du campement des émigrants.

A ce moment, environ 2.000 grecs étaient campés près du phare attendant la possibilité de s'embarquer : un coup de vent d'Ouest régnait depuis deux jours et empêchait toute communication avec les navires. La situation eût ^té des plus inquiétantes si le choléra fût venu, comme à Ismaïlia, fondre sur cette population campée, ramassée sur elle-même, en proie à la terreur.

Parmi la population de Port-Saïd, la maladie ne se manifesta que par des cas isolés : chaque jour, un ou deux décès seulement; la mortalité la plus élevée eut lieu le 19 où cinq décès furent constatés.

Pendant les huit jours qui avaient précédé, il n'y avait eu en tout que 3 décès.

Le dernier cas de choléra eut lieu le 31 juillet.

En résumé, sur une population d'environ 4.500 européens habitant Port- Said. il n'y eut que 63 attaques de la maladie et 23 décès. Parmi les émi- /.Tants, 44 attaques et 33 décès. Au village arabe, qui comptait au moins 1.500 habitants, il n'y eut que 2 décès; 2 morts arabes y furent en outre apportés, venant du lac.

Chalolf. — Le campement de Chalouf, malgré son voisinage du kil. 42 du canal d'eau douce et du Sérapéum, et malgré sa proximité de Suez, n'eut pas un seul cas de choléra.

Ce fait était à noter, surtout en présence de ce qui s'était passé à Kantara et à Tel-cl-Kébir, qui, eux aussi, avaient été exempts de la maladie bien qu'ils fussent cernés par elle et eussent hospitalisé morts et malades.

Sl'ez. — Ainsi qu'il a été mentionné précédemment, le choléra fut introduit en Egypte par Suez avec les pèlerins ; et l'on a vu que le 20 mai, deux jours après Tarrivée du premier navire, le capitaine et sa femme avaient été atteints de la maladie.

Après le passage des pèlerins, il y eut quelques cas de choléra, mais peu graves.

Ce ne fut que le 22 juin, c'est-Ji-dire plus d'un mois après le premier arrivage, qu^eut lieu le premier cas mortel. Dans l'intervalle, il était débarqué à Suez près de 20.000 pèlerins que l'on s'était empressé de diriger au fur et à mesure sur Alexandrie.

Malgré cette infection réitérée, l'épidémie avait eu de la peine à se constituer à Suez. Sur le chantier de l'écluse d'extrémité du canal d'eau douce, il n y eut pendant longtemps que des cholérines. Ce ne fut que vers la fm de Tépidémie que l'on eut tout à coup parmi les travailleurs grecs une série de cas graves et mortels.

La circonscription de Suez comptait environ 200 personnes (employés et ouvriers}. 11 y eut 22 attaques de la maladie et 14 morts.

IlISTORIQUB DE l'eXÉCCTION DES TRAVAUX

RELEVA GÉNÉRAL DE LA MORTALITÉ CAUSÉE PAR LE CHOLÉRA SUR LA POPULATION EUROPÉENNE DE L^ISTHME

(En ce qui était des Arabes, il était très difficile de connaître le nombre des personnes

attaquées et même le nombre des décès.)

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