JUILLET
(a) Les 108 décès d*lsmaUia comprenaient 99 hommes (dont 25 français), 6 femmes et 3 enfants.
(6) Les attaques de la maladie «t la mortalité de Port-Saïd se répartissaient ainsi :
[population de la ville B3 attaques, 23 morts.
Émiprants renus de l'intérieur de l'isthme 44 attaques, 33 morts.
(c) Lss personnes attaquées de la maladie Tenaient du dehors.
INFLUE.NCE EXERCÉE PAR L^INVASION DU CHOLÉRA DANS L^ISTUME SUR LA MARCHE GÉNÉRALE DES TRAVAUX
Les travaux étaient, sur toute la ligne du canal, en pleine activité lorsque le fléau est venu s'abattre violemment sur Ismaïlia, dont la population fut cruellement décimée. Malgré la calme et courageuse attitude de tout le personnel, malgré le bon exemple des chefs de chantiers, la population ouvrière de la ville, qui était presque tout entière occupée nu travail d'achèvement des deux écluses du canal d'eau douce, se laissa envahir par la plus irrésistible panique, et la désertion se propagea rapidement parmi elle. Tout le monde fuyait vers Port-Saïd, entraînant dans sa fuite les ouvriers des chantiers échelonnés sur toute l'étendue du seuil d'El Guisr. Les chantiers du Sérapéum furent également abandonnés. Tout ce monde des fuyards, de toutes nationalités, trouva finalement à s'embarquer successivement à Port-Saïd pour rentrer en Europe. Malheureusement, une si grande agglomération de gens affolés, dont quelques-uns apportaient avec eux les germes de la maladie, devait avoir ce triste résultat de faire apparaître le fléau à Port-Saïd et d'y propager parmi la population ouvrière le si funeste sentiment de la peur. De là, et malgré le p«u d'intensité de la maladie, de nombreuses désertions parmi les ouvriers employés dans les ateliers métallurgiques à l'amélioration et à la construction du matériel.
Peu de jours après la disparition du fléau, les chantiers des écluses d'ismaîlia se peuplèrent de nouveau et reprirent bientôt leur précédente activité. L'écluse de Suez et les écluses intermédiaires du canal d'eau douce, dont les chantiers n'avaient pas été complètement abandonnés, retrouvèrent, de
leur côté, un nomJsre suffisant d'ouvriers; les chantiers du seuil d*El Guisr (Eatreprise Couvreux et chantier de régie d'El Ferdane) se repeuplèrent de même assez rapidement ; de même, enfin, pour les autres chantiers du canal maritime et les chantiers d'entretien du canal d'eau douce.
En définitive, dans le désert, l'apparition du fléau avait fait perdre à peu près un mois. A Port-Saïd, la crine, bien que s'atténuant chaque jour, se fit sentir un peu plus longtemps, à cause, à la fois, du départ en masse des ouvriers grecs qui étaient occupés presque exclusivement à la manœuvre des dragues et aux déchargements des navires en rade, et du départ des ouvriers spéciaux des ateliers, dont le remplacement ne put, en majeure partie, se faire que par un recrutement en France.
SERVICE DE SANTÉ
DU 1" AOUT 1865 AU i" JUIN 1866
(bXTRAIT OU RAPPORT DU MÉDECIN EN CHEP)
Au point de vue des travaux, l'épidémie de choléra qui avait sévi dans risthme pendant les mois de juin et juillet produisit ce singulier résultat que, loin de devenir une cause de diminution dans le nombre des ouvriers, elle avait été favorable à l'augmentation de la population. Le départ des travailleurs avait été un mode de propagande, ou plutôt de recrutement : la plupart de ceux qui avaient quitté les chantiers étaient revenus et avaient amené avec eux une quantité d'autres ouvriers. Cette cause, réunie à divers appels^ avait porté le chiffre des travailleurs presque au double de l'année précédente : la population de l'Isthme était montée de 10.000 à 18.000 habitants.
La cause qui eut le plus d'action sur la santé générale fut la suite de Tépidemie de choléra. On sait que, quand une localité a été ravagée par une épidémie, cette localité est souvent dangereuse pour les hommes nouveaux, qui y subissent l'influence de Tépidémie passée. 11 était donc à craindre que les nouveaux arrivants dans Tlsthme ne fussent soumis à cette loi, et cela était d autant plus à redouter que le plus grand nombre, venant d'un climat différent, une nouvelle épidémie pouvait éclater. Heureusement, il n'en fut rien. Toutefois, on devait attribuer aux influences épidémiques récentes les cas assez nombreux de fièvre algide qui se produisirent pendant l'année parmi les travailleurs.
Quelques cas isolés de choléra se manifestèrent, vers la fin de mai 1866, à Suez et sur les bâtiments en rade. A ce moment, une recrudescence épidémique avait lieu à Djcdda et sur divers points de la mer Rouge ; c'était la fin du pèlerinage ; un courant cholérique venant de la mer Rouge semblait menaçant. L'Isthme et l'Egypte, bien probablement, n'échappèrent au danger d'une épidémie nouvelle qu'en empêchant le débarquement des derniers pèlerins et la formation de foyers d'infection.
Comme l'année précédente, le Service de santé était divisé en sept circonscriptions :
Circonscription de Porl-Saïd. — Cette circonscription comprenait le port de Port-Saïd et le canal maritime jusqu'au kil. 30. Le service y était fait par trois docteurs en médecine : l'un affecté à Thôpital et à la direction du service général ; un autre, au service des malades en ville ; le troisième résidant h Ras-el-Ech (kil. 15). L'hôpital contenait 40 lits; il y avait des chambres particulières pour les employés ; en cas de besoin, on avait un matériel suffisant pour pouvoir installer 10 lits en plus. Un pharmacien et des Sœurs hospitalières complétaient Torganisation.
Circonscription de Kantara. — La circonscription s'étendait du kil. 30 du canal maritime au kil. 60 (Kantara se trouvait au kil. 44). Le service y était
384 HISTORIQUE DE l'ëXÉCUTION DES TRAVAUX
fait par un docteur, un aide-médecin arabe et un pharmacien. L'hôpital, qui Tenait d'être réorganisé, contenait 20 lits et devait, avec les annexes, en contenir 10 de plus.
Circonscription d'El Guisr. — La circonscription s'étendait du kil. 60 du canal maritime jusqu'au débouché du canal dans le lac Timsah, kiL 15,5. (El Guisr se trouvait au kil. 11,5). Le service était fait par deux docteurs et un pharmacien. L'hôpital avait été réparé et agrandi, et le matériel renouvelé. Il contenait 30 lits ; au besoin, 40.
Circonscription (fismnïlia. — Cette circonscription comprenait la ville d'ismaïlia, le pourtour du lac Timsah, le canal d'eau douce jusqu'à Rhamsès et la branche de Suez jusqu'au kil. 1. Bien que la circonscription fut une des moins étendues, son service était des plus importants : Ismaïlia étant le cheflieu de l'Isthme, les malades étrangers y affluaient. Le service était fait par un docteur, chef du service, deux médecins, dont Tim européen et l'autre arabe, un pharmacien et un économe. Le nouvel hôpital, récemment terminé, devait contenir 34 lits pour européens, au besoin 10 lits en plus; Thôpitai arabe contenait 12 lits. Un économat central pour le matériel avait été organisé.
Circonscription du Sêrapéum. — La circonscription s'étendait depuis Gebel Mariam (kiL ï<0 du canal maritime} jusqu'au débouché du canal dans le grand lac Amer (kil. î)9^. et comprenait, en outre, la branche de Suez du canal d'eau douce depuis le kil. 1 jusqu'à l'écluse du kil. 42. (Le campement du Sérapéum se trouvait au kil. ftO,;i). L'hôpital contenait 30 lits ; au besoin, 40.
Circonscription do Chalouf. — La circonscription s'étendait depuis le kil. lU du canal maritime (origine du petit lac Amer) jusqu'au kil. 150, et comprenait, en outre, la branche de Suez du canal d'eau douce depuis l'écluse du kil. 42 jusqu'au kil. 83. (Le campement de Chalouf se trouvait au kil. 139 du canal maritime.) Le service était fait par deux docteurs en médecine et un pharmacien. L'hôpital contenait 30 lits; au besoin. 40.
Circonscription de Suez. — La circonscription s'étendait depuis le kil. 150 du canal maritime jusqu'à la mer et comprenait le port de Suez.
Le service de santé fut définitivement constitué par la prise de possession d'une partie de l'hôpital européen de Suez, où furent installés 14 lits et où Ton pouvait, au besoin, en mettre 20. Sur les travaux, près du canal, devait être établie une ambulance de 4 lits. Le service était fait par un docteur, un aide-médecin résidant déjà à l'ambulance provisoire, et un pharmacien.
Comme on vient de le voir par l'exposé ci-dessus, chaque circonscription avait son hôpital, ses médecins et son pharmacien. Le Service de santé de l'Isthme, sur une étendue de 160 kilomètres, était fait par 12 docteurs en médecine, 4 aides-médecins et 1 pharmaciens. Il avait, dans ses hôpitaux et ambulances, 220 lits installés et pouvait porter ce nombre à 280. 11 pouvait, même en temps d'épidémie, faire face à tous les besoins. De même que pendant la récente épidémie de choléra, et bien que l'organisation ne lût pas alors aussi complète, le Service était prêt sur tous les points.
Une amélioration importante fut apportée cette année dans l'organisation du Service, consistant dans la création d'un économat central au point de vue du matériel. Jusqu'alors, chaque circonscription avait son approvisionnement distinct en matériel. Ce matériel était plus ou moins complet, plus ou moins usé, selon le nombre des malades. Les réparations étaient souvent difficiles. Certaines circonscriptions avaient du matériel en abondance, tandis que d'autres en manquaient et éprouvaient parfois de la difficulté à s'en procurer. Un économat central fut organisé à Ismaïlia, où tout le matériel neuf et vieux devait être emmagasiné, réparé et distribué suivant les besoins. Avec le
télégraphe et les moyens faciles de transport par les canaux, une circonscription qui manquait de matériel pouvait aisément se le procurer ou le changer
a réconomat.
TABLEAU DE LA MORTALITÉ DANS l'iSTHHE