SERVICE DES APPROVISIONNEMENTS
Les détails que nous venons de donner Justiflent suffisamment, sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans de nouvelles explications, la nécessite où s est trouvée la Compagnie de constituer assez fortement, dès le début des travaux, tant par elle-même que par la régie intéressée, son service de transports et d'approvisionnements. Indépendamment des agences d'Alexandrie, du Caire, de Suez et de Damiette pour les^ achats en Egypte et les expéditions, et d'agents spéciaux dans les principaux campements de la ligne des travaux pour les réceptions et distributions, la Compagnie eut encore des agents chargés de l'emmagasinage provisoire et des réexpéditions dans les diverses localités suivantes où les marchandises, dans leurs transports, avaient à subir des transbordements, savoir: Samanoud, sur le Nil; Zagazig^ à l'origine du canal de TOuady; El Menaïeh sur la branche tanilique du Nil (au sud du lac Menzaleh); Awebet et station suivante du chemin de fer du Caire à Suez.
Avant de clore ce que nous avions à dire sur cette importante question des transports et approvisionnements pendant la première phase des travaux, nous ajouterons quelques détails qui, sans être d'une grande importance, ne manquent pourtant pas d*un certain intérêt.
D'après une règle établie dès le commencement des travaux, la Compagnie fournissait le logement (qui pendant longtemps consista simplement en tentes et en gourbis), l'eau et les moyens de transport pour les vivres à ses employés et ouvriers, lesquels, de leur côté, avaient à pourvoir par eux-mêmes à leurs frais et à leur subsistance. Mais, en
i. Zagazig, rattaché au chemin de fer d'Alexandrie au Caire, devint promptementle centre principal des approvisionnements et du matériel destinés à Tintérieur de l'isthme. Après l'achèvement du canal d'eau douce, prolongeant le canal de l'Ouady jusqu'à Ismallia (janvier 1862), les transports à partir de Zagazig s'effectuèrent au moyen de petites barques qui accomplissaient le trajet en deux ou trois jours. Après l'achèvement de la rif^ole maritime entre Port-Saïd et Isniaïlia (novembre 1862), les voya^'curs se rendant dans l'isthme n'en continuèrent pas moins à passer par Zagazij?, où la Compagnie avait installé un bureau postal et télégraphique et organisé un service journalier de chalands remorqués faisant le trajet jusqu'à Ismaïiia en vingt-quatre ou trente-six heures. (Ce fut effectivement la voie suivie par l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, sir Henry Bulwer, lorsqu'il vint visiter les travaux en décembre 1862; un peu plus tard par le prince Napoléon, dans le courant de mai 1863.)
68 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
présence des extrêmes difficultés matérielles de Texistence dans le désert pendant les premières années des travaux, la Compagnie, dans rintérêt du bien-être et de la santé de tout son personnel, fut amenée progressivement, c'est-à-dire au fur et à mesure du développement des chantiers, à se départir d'une règle aussi absolue et à autoriser rétablissement et l'exploitation par la régie intéressée, à défaut d'une extension suffisamment rapide du commerce libre, de magasins de vente de denrées alimentaires et des principales choses nécessaires à la vie. C'est ainsi, entre autres, que l'un de ses premiers soins fut de faire construire des fours de boulanger à Port-Saïd, Kantara et Toussoum, afin de pouvoir livrer régulièrement du pain frais aux travailleurs européens en remplacement du biscuit; et une particularité à noter à ce sujet, c'est que le pain fabriqué dans l'Isthme a toujours été très bien fait et d'excellente qualité.
Les grands transports à dos de chameau, notamment ceux qui exigeaient l'emploi de caravanes plus ou moins nombreuses ayant à parcourir de grandes distances pour le transport du matériel et des approvisionnements généraux, se faisaient presque exclusivement à l'aide de chameaux appartenant à des bédouins avec lesquels on passait des contrats de location. Mais les transports pour le service intérieur, pour le simple ravitaillement des campements, pour le service des escouades d'études et pour les tournées du personnel se faisaient avec des chameaux appartenant à la Compagnie. Dans les premiers temps, tout le monde voyageait à dos de chameau. Ce n'est que plus tard, quand on fut mieux organisé, que les agents se servirent de chevaux pour leurs tournées.
Note sur Fancien service de transport de la malle des Indes par la voie d'Egypte
et sur les ohemins de fer desservant aotnellement les trois villes de l'Isthme
(planches II ET IV)