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EXÉCUTION DES TRAVAUX

Programme des travaux de la première campagne

Le programme des travaux à exécuter ou tout au moins à entreprendre pendant la première campagne, tel que ledit programme fut finalement arrêté par la Commission déléguée du Conseil d'administration au moment de l'inauguration de l'ouverture des travaux à Port-Saïd (25 avril 1859), comportait comme on l'a vu précédemment, les dispositions suivantes :

A Port-Saïd : construction d'un appontement, érection d'un phare, création d'ateliers et autres établissements nécessaires à la préparation des chantiers, enfin, creusement d'une tranchée dans le cordon littoral pour amener les eaux du lac Menzaleh, par une rigole navigable, à proximité des établissements du port ;

Creusement d'une rigole de service entre Port-Swd et le lac Timsah ;

Ouverture et préparation des carrières de l'Attaka, de Gebel-Géneffé et du Mex ;

Creusement et amélioration de puits sur la ligne du Canal maritime avec installation de machines élévatoires;

Enfin, étude des tracés définitifs du Canal maritime et du Canal d'eau douce.

Malgré les entraves apportées aux opérations de la Compagnie et rappelées précédement, ce programme, comme on va le voir par la description ci-après des travaux exécutés

pendant le cours de Tannée 1859, avait reçu en définitive pendant cette première campagne une exécution aussi complète que le permettaient, d'une part, les ressources restreintes de la Compagnie en personnel et en matériel au début des travaux, d'autre part, les difficultés de la vie au désert avant les constructions d'abris pour le personnel^ avant la réalisation des mesures propres à assurer Talimentation en eau douce des chantiers, enfin avant l'organisation des services de ravitaillement desdits chantiers en vivres,, matériel et approvisionnements de toutes sortes. Le seul travail qu'il n'avait pas été possible d'entreprendre pendant la campagne avait été le creusement de la rigole de service entre Port-Saïd et le lac Timsah.

Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des résultats obtenus pendant la période du 25 avril 1859 au 15 avril 1860.

EXTRAIT DU RAPPORT DU PRESIDENT DE LA COMPAGNIE A LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE GENERALE DES ACTIONNAIRES, DU 15 MAI 1860.

Les études et les travaux dont le Président avait à rendre compte à TAssemblée se partageaient en deux périodes. La première période comprenait quatre années ; elle commençait en 1854, à la date de lacté de concession et se terminait à la fin de 1858, époque à laquelle la Société, définitivement constituée, s'était substituée au Vice-Roi et à son mandataire ; la seconde période commençait le 1" janvier 1859 avec l'existence légale de la Société et comprenait toutes les opérations déjà exécutées par la Société elle-môrae.

Première période. — Le Vice-Roi, en octroyant h une Compagnie Universelle la concession de l'entreprise, avait mis à la disposition du Président fondateur les ressources et les moyens matériels nécessaires pour commencer et poursuivre avec activité les études des avant-projets et

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faire sur le terrain les explorations scientifiques et toates les opérations préparatoires. Les ingénieurs de Son Altesse avaient été chargés des premiers travaux ; les arsenaux du Caire et d'Alexandrie avaient été ouverts aux opérateurs, des escortes et des moyens de transport par terre et par mer avaient été généreusement fournis, un matériel important avait été commandé au nom du Vice-Roi et payé par lui.

C'était ainsi qu'avant Fexislence de la Société, des travaux considérables s'étaient exécutés à son bénéfice.

Le tracé des canaux avait été piqueté, les profils en long et en travers approximativement déterminés, des sondages exécutés sur toute la ligne pour reconnaître le sous-sol, le cadastre de tous les terrains irrigables dépendant de la concession, entrepris. Plusieurs brigades d'ingénieurs avaient été établies en permanence dans l'Isthme où Teau et tous les approvisionnnements devaient être transportés à dos de chameau ; le nombre des hommes employés s'était élevé souvent jusqu'à deux mille.

Pendant que ces préparatifs nécessaires étaient poursuivis

en Egypte, une Commission, choisie parmi les plus célèbres ingénieurs de l'Europe, avait délégué une sous-commission pour se rendre sur les lieux, faire connaître son opinion sur Tavant-projet des ingénieurs du Vice-Roi et réunir les éléments d'un projet définitif.

Les membres de la sous-commission avaient remis le 2 janvier 1856 entre les mains de Son Altesse leur rapport qui fut publié.

L'hydrographie du golfe de Péluse avait été exécutée par M. Larousse sous la direction de MM. Lieussou et de Negrelli. C'étaient les vues et les calculs de M. Lieussou qui avaient déterminé le point où devait déboucher le Canal dans la Méditerranée et fait connaître le régime des eaux dans le Canal maritime : ces calculs avaient établi l'inutilité des écluses et en avaient fait décider la suppression.

C'était aussi à la demande de M. Lieussou qu'un bâtiment

«tationnaire avait été mis par le Gouvernement égyptien à la disposition du capitaine Philigret pour étudier la rade de Péluse. La bonne tenue du mouillage de la baie de Dibeh, l'excellente qualité du fond, avaient été dès lors des faits acquis par une expérience décisive, et les dernières objections que Ton élevait contre la possibilité matérielle de Texécution de Tentreprise avaient été ainsi mises à néant.

Vers le milieu de 1858, les instructions détaillées et précises que le Vice-Roi avait données au Président fondateur par son décret du 19 mai 1855 et qui avaient été publiées se trouvaient donc exactement remplies.

Dès que la Société avait été constituée, les principaux membres de la Commission internationale avaient été appelés à former un Conseil supérieur des travaux, établi en permanence à côté du Conseil d'administration, qui avait repris, d'après des données et études récentes, Texamen de toutes les questions d'exécution sur la proposition de l'ingénieur en chef de la Compagnie, M. Mougel Bey. Ce conseil avait décidé d'importantes réductions et modifications; un programme définitif avait été arrêté et publié. 11 avait été démontré par des chiffres positifs que le canal maritime propre à la grande navigation pourrait, avec ses ports, le canal de jonction au Nil et les rigoles latérales d'irrigation, être exécuté en cinq ans au prix maximum de 130 millions de francs. Période (inexécution. — Au moment d'entrer dans la période d exécution, la Compagnie avait fait appel à des entrepreneurs de travaux publics et provoqué des propositions de traité dans les limites du devis, suivant les sous-détails arrêtés par les ingénieurs. De nombreuses propositions lui avaient été adressées de France et de TEtranger. Presque toutes réclamaient une bonification sur les prix du devis. La proposition de M. Hardon, que la Compagnie avait acceptée, présentait des avantages incontestables qui ressortaient avec évidence -des conditions du traité passé avec cet entrepreneur et de répreuve qui en était faite depuis un an. Ce traité, d'abord

contracté conditionnellement au mois de février 1869, avait reçu, dès celte époque, une première application. C'était seulement après cette épreuve et la révision attentive des clauses du contrat par le Conseil des travaux et les Conseils judiciaires de la Compagnie que le Conseil d'administration en avait prononcé la ratification en décidant la réalisation du cautionnement.

Les travaux s'étaient, depuis le début, poursuivis sans interruption, et venaient de recevoir une nouvelle impulsion par l'arrivée des premières dragues. Vingt-quatre de ces dragues avaient été commandées en France et en Belgique. Chacune d'elles était munie d'un appareil, dit toile sans fin, de l'invention de l'ingénieur en chef de la Compagnie, M. Mougel Bey, qui avait été l'objet de longues études et d'expériences exécutées aux frais de la Compagnie avec le concours de M. Hardon.

Six dragues étaient déjà arrivées à Port-Saïd et deux de ces dragues avaient commencé à fonctionner.

Le navire le Jason qui venaitde se perdre dans les bouches de Bonifacio avait à son bord une brigade d'ouvriers expédiés de Lyon par le constructeur des dragues que son contrat obligeait à livrer les machines toutes montées à Port- Saïd. Quatre de ces dragues avaient été également chargées sur le navire avec divers autres objets destinés aux travaux. Ce matériel était assuré et des mesures avaient été immédiatement prises pour le remplacer. Le dommage était donc nul pour la Compagnie. Mais ce qui était irréparable, c'était la mort des dix-neuf ouvriers que portait le navire. Le Conseil d'administration, douloureusement ému, avait l'intention de chercher dans quelle mesure et par quels moyens la Compagnie pourrait intervenir dans le soulagement des infortunes causées par cette horrible catastrophe.

Les postes et chantiers établis successivement dans le cours de Tannée 1859, sur le tracé du canal maritime étaient au nombre de dix.

Port-Saïd était le plus important de ces établissements. Ses chantiers, situés sur le cordon littoral qui séparait la Méditerranée du lac Menzaleh étaient appelés à prendre de rapides développements. C'était le point où se concentreraient naturellement tous les approvisionnements venant d'Europe.

L'appontement du port provisoire, commencé il y avait un an, s'avançait à environ 200 mètres en mer par des fonds de 3 mètres. Il était établi sur l'emplacement de la jetée ouest du port définitif.

Cet appontement, indispensable pour le débarquement des machines et des matériaux avait déjà rendu de grands services. Il serait continué dans la mesure des besoins jusqu'à ce que les enrochements de la jetée définitive pussent (Hre économiquement exécutés. Il était complété par un phare de 4" ordre élevé sur une tour en charpente de 20 mètres de hauteur et visible à 10 milles en mer.

Des ateliers pour le montage et la réparation des machines et outils et une scierie mécanique se construisaient à peu de distance de Tappontement, au bord d'un bassin, creusé à 100 mètres de la plage, qui les mettait en communication facile avec la mer pour les transports venant d'Europe et d'Alexandrie, et avec le lac Menzaleh pour les rapports avec Damiette et les chantiers de l'Isthme.

Une boulangerie, des machines distillaloires pour l'approvisionnement de l'eau douce, des baraquements pour les ouvriers et vingt maisons en bois pour les ingénieurs et les employés complétaient ces établissements.

(Suivaient quelques renseignements sur des installations de campements en divers points de la ligne du canal : Zaïzeh, Kantara, El Ferdane, Bir-abou-Ballah, Toussoum, Sérapéum, Gebel-Géneffé, Attaka. — Des renseignements détaillés sur ces installations sont donnés plus loin au chapitre de la description des travaux.)

Des ressources en matériaux de toutes sortes avaient été trouvées sur les lieux mômes des travaux, mais rien n'était

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indiqué pour rétablissement des jetées et des bassins de Port-Saïd. De ce côté, en effet, la pierre faisait défaut. Mais le Vice-Roi venait d'y pourvoir en livrant à la Compagnie les carrières du Mex situées au fond de la rade d'Alexandrie. L'exploitation de ces carrières était commencée.

En fait, les chantiers occupaient toute la ligne du canal maritime et étaient préparés pour le bon emploi des machines. Rien n'avait été négligé pour assurer l'exécution du programme que la Compagnie avait adopté comme le plus propre à hâter l'exécution de l'entreprise.

Aucune précaution non plus n'avait été négligée pour la conservation du bien-être et de la santé des ouvriers. Des moyens d'approvisionnement puissants avaient été adoptés et un service médical organisé.

Tout ce qui pouvait intéresser la santé des hommes avait été étudié avec le plus grand soin et Ton pouvait affirmer que le climat de l'Isthme était parfaitement salubre; les ouvriers européens avaient séjourné en permanence sur les travaux depuis une année, par conséquent dans toutes les saisons, et il y avait eu parmi eux moins de malades qu'il n'y en aurait eu dans tout autre pays.

Organisation du service des travaux pendant l'année 1859

Nous rappellerons que l'organisation des services respectifs de direction et d'exécution des travaux pendant Tannée 1859 était la suivante (Voir pages 33 à 36) < :

1. Nous rappellerons également qu'un Conseil supérieur des travaux avait été constitué à Paris le 22 novembre 1858 pour examiner tous les projets de détail, les questions d'art et les marchés se rattachant à l'exécution du projet de la Commission internationale, et que ce Conseil fonctionna jusqu'au 16 mai 1860, date de sa dernière réunion (voir 1. 1, p. 150).

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MM. Ruyssenaërs, Administrateur délégué, Agent supérieur ; Comte Sala, Agent aux missions spéciales.

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