III. — Remblais du tbrrb-plein de la ville
A Texception de la ligne de petites dunes constituant le lido, la presque totalité des terrains sur lesquels devait être assise la ville de Port-Saïd étaient envahis par les eaux du lac Menzaleh pendant la période des hautes eaux du lac, et même en temps d'eaux ordinaires par de grands vents de Touest et du sud. D'importants remblais étaient nécessaires pour établir le terre-plein de la ville à un niveau convenable au-dessus du niveau moyen de la Méditerranée.
Le programme arrêté dès le début fut le suivant :
Il paraissait suffisant de limiter provisoirement la confection du terreplein à la partie de la ville encadrée au nord par le quai parallèle au rivage, à l'ouest, par la rue de l'Arsenal, à l'est par la rue symétrique, et au sud par le quai du lac. Le quai parallèle au rivage serait établi à 2™, 50 au-dessus du niveau de la mer, comme le quai futur de la jetée; au même niveau, la rue de l'Arsenal, la rue symétrique et le quai du lac. Les quais du port et du petit bassin de l'Arsenal seraient à 2 mètres, sauf le quai du phare qui aurait une légère pente pour se raccorder avec le quai de la jetée. Quant aux ateliers de l'Arsenal, aux maisons et autres bâtiments divers, le niveau de leur sol serait Ùxé à 2",50; celui de la scierie, à 3 mètres, en raison des caves. Enfin le grand bassin servirait de réceptacle à tous les égouts, ce qui semblait préférable à la solution consistant à faire déboucher ceux-ci, soit à la mer, soit dans le lac.
Les terres draguées par la drague n^ 1 étaient, comme on l'a dit, déversées directement sur le bord de la rigole creusée par la drague. Après régalage de ce remblai, une voie de fer y fut établie se ramifiant dans plusieurs directions pour aller porter sur divers points le surplus des terres de dragage et des sables pris sur le lido. Lorsque la drague fut parvenue dans le bassin de TArsenal, les terres draguées furent reçues dans des caisses portées par des chalands, puis déchargées à l'aide d'une grue dans des wagons qu'une voie de fer spéciale conduisait sur l'emplacement des ateliers de l'Arsenal.
En outre, dans les derniers mois de l'année, afin de donner plus d'activité aux remblais, dix voies de fer furent établies, partant de la plage et se dirigeant vers l'intérieur en suivant les rues de la ville. Elles servaient au transport du sable pris sur la plage pour le remblai des terrains bas situés en arrière du lido. Le sable était chargé à la couffe dans les wagons.
Enfin, toujours dans les derniers mois de l'année, les produits des>
ANNÉE 1860-186i 163
deux dragues n* 2 et n* 7 furent employés, comme ceux de la drague n^ 1 et dans les mêmes conditions, aux remblais de l'emplacement et des abords des ateliers.
CANAL MARITIME
Section de Ras-el-Ech. — Quatre dragues, les dragues n*» 3, 4, 5 et 6, furent échelonnées, de la façon indiquée ci-après, sur la première partie du Canal maritime.
Les coques de ces dragues, construites à Port-Saïd et munies seulement de leurs chaudières, furentconduites, remorquées par des barques à Toiles, aux points où elles devaient être mouillées et où le montage des dragues eut lieu sur place. Les points de mouillage avaient été choisis en des endroits jug>'s favorables, soit en raison du voisinage de petites lies sur lesquelles on put construire des abris pour les ouvriers arabes, soit en raison d'une profondeurd'eau suffisante pour en rendre Taccès facile par les barques du lac.
Les quatre dragues se trouvèrent échelonnées comme suit sur la ligne du canal.
La drague n<* 6, mouillée à 1 kilomètre de distance de Torigine du canal; elle était destinée à ouvrir un chenal sur la rive Afrique du canal, en marchant vers El Sig.
La drague n° 5, mouillée au kilomètre 6, près de Tile d'El Sig ; elle était destinée à ouvrir la rigole de service sur la rive Asie, en marchant ▼ers Ras-el*Ech ;
La drague n<* 4, mouillée à une distance de 12 kilomètres de Port- Saïd, près de Tile de Ras-el-Ech, à 1.500 mètres environ de distance, en-deçà d'une dahabieh servant de magasin de dépôt; elle était destinée au creusement du chenal Afrique ;
Enfin, la drague n^* 3, mouillée aune dislance de 16 kilomètres de Port-Saïd ; elle était destinée au creusement de la rigole Asie. Le montage de cette drague fut terminé en novembre, et la drague commença aussitôt ses essais.
Les terres fournies par ces dragues et déchargées directement sur les bords du canal devaient constituer les digues ou banquettes continues limitant sur chaque rive la cuvette du canal et Tisolant du lac Menzaleh.
Section de Kantara. — Toutes les pièces de la drague n» 8, y compris les éléments de la coque, furent expédiées à Kantara où le montage complet de la drague devait avoir lieu sur place. La coque fut construite sur le bord d'un bassin creusé à sec et dans lequel Teau devait s'introduire naturellement au moment des hautes eaux du lac. Le transport de toutes les pièces de la drague, à partir de Port-Saïd, s'était fait d'abord par le lac jusqu'à Sâné (sur la branche Tanitique du ^il), puis, parterre, jusqu'à Kantara.
164 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
BATIMENTS ET ABRIS
Porl'Sàid. — Maisons d'habitation et constructions diverses. — Au commencement de l'année, trois nouvelles grandes maisons Fréret furent montées : Tune, près de lappontement, destinée A servir de magasin ; les deux autres, destinées à des logements d*ouvriers. L'emplacement sur lequel elles deyaient être établies, avait été au préalable remblayé avec du sable pris à une faible distance et transporté à la coulTe. Les talus du remblai étaient garnis de soude sur une épedsseur de 30 centimètres, et le dessus de la plateforme était recouvert d'une couche de terre noire du lac, de 15 centimètres.
Dans la première quinzaine de mai, fut commencée la construction d'un grand magasin central composé d'un corps principal de bâtiment avec ailes en retour. Ce magasin, établi dans le voisinage du phare, le long du chemin de fer de service et sur le bord de la rigole du chenal d'accès du port, était destiné à centraliser les matériaux, approvisionnements, denrées, etc., disséminés jusque-là sur des points différents. La construction était en charpente, avec revêtements extérieurs en nattes de roseaux garnies de mortier et couverture en tuiles. Elle fut terminée vers la fin d'octobre.
La grande préoccupation pendant l'année fut de construire des maisons pour logements d'employés et ouvriers européens. Malheureusement, malgré toute Tactivité déployée, il ne fut pas possible d'accroître le nombre des maisons aussi rapidement que s'accroissait la population européenne. On eut aussi à construire des abris pour les ouvriers arabes. Leur village, situé à l'est du port, se peupla rapidement h la suite de l'installation d'un iman. Indépendamment de nombreuses baraques simples, on y construisit notamment, à titre d'essai, une maison de 12 mètres sur 6 mètres, en piquets et nattes de roseaux, pouvant contenir trois familles : on espérait que les arabes, lorsqu'ils auraient leurs familles auprès d'eux, n'abandonneraient pas les chantiers après chaque paie, comme ils le faisaient habituellement.
Parmi les autres constructions de l'année, on mentionnera une ambulance, érigée A l'extrémité ouest de la ligne de maisons bordant la plage, et la construction, derrière le chalet de Tentreprise, d'un bâtiment annexe de 16 mètres de longueur sur 4'",50 de largeur, établi sur un remblai de 0'*,80 de hauteur.
Toutes ces constructions étaient en charpente avec revêtements extérieurs et intérieurs, et couverture en nattes garnies de mortier.
Les maisons d'habitation étaient de deux types : les unes, à trois chambres, avaient 12 mètres de longueur sur 5", 40 de largeur ; les autres, à quatre chambres avaient môme longueur et une largeur de 8 mètres. Ces maisons, constniites sur des terrains que recouvraient les hautes eaux du lac et qui devaient être remblayés d'environ 2 mètres, reposaient sur une fondation en pilotis. Les chapeaux des pieux servaient de semelles à la superstructure dont les murs et les cloisons étaient en pans de bois de 12 centimètres d'épaisseur. La toiture en charpente s'appuyait sur des fermettes et sur les cloisons intérieures. Les murs étaient revêtus à l'extérieur et à l'intérieur, les cloisons de chaque côté, de nattes de roseaux avec crépissage de mortier. La couverture était également en nattes de roseaux reposant sur un chevronnage ordinaire et recouvertes d'une couche de mortier mt^langé de paille hachée de 4 à 5 centimètres d'épaisseur. Le plancher et le plafond étaient en planches jointive s. Des escaliers extérieurs en bois donnaient accès aux divers logements que contenait la maison.
Ce type de construction était peu coûteux. Le matelas d'air existant dans les murs maintenait une température modérée dans l'intérieur des chambres. Malheureusement, les habitants avaient A souffrir de l'humidité du sol qui pénétrait par le plancher, et de l'invasion des rats et des insectes qui pullulaient dans les intervalles des doubles revêtements de nattes. En outre, la
plupart des terrains sur lesquels les maisons étaient bAties étaient, pendant les gros temps, souvent envahis par les eaux du lac, et Taccès des maisons se trouvait alors très difficile.
Dans les derniers jours de décembre, une nouvelle commande fut faite à la maison Fréret, de sept chalets en bois semblables aux quatre premiers chalets déjà livrés à la Compagnie, au prix de 9.500 francs Tun, y compris les frais de transport jusqu'à Alexandrie et les frais de montage sur un point quelconque de Tlsthme, sous déduction pourtant des dépenses de transport et de nourriture des ouvriers envoyés d'Alexandrie pour le montage.
Le chalet n* 3 de la première commande fut monté dans le courant de Tannée et le chalet n* 4 mis en montage.
Ateliers de Port-Saïd. — Dans le courant de Tannée fut commencé le montage d'une scierie mécanique sur un terrain au nord de Templacement de l'Arsenal. Cette scierie fut mise en activité avant d'être complètement installée. Bien que fonctionnant dans des conditions imparfaites, elle rendit de suite d'excellents services.
En outre de la scierie mécanique, vers le milieu de Tannée, une scie circulaire, actionnée par une locomobile fut installée près du chantier de charpente.
Un petit atelier d'ajustage fut disposé dans le soubassement du phare.
Une nouvelle forge provisoire installée sur la berge de la rigole de pourtour du grand bassin fonctionna pour les dragues en montage concurremment avec l'ancienne forge installée Tannée précédente, il y avait dans les deux bâtiments trois gros Teux et deux petits. L'arrivée à Port-Saïd, en juillet, de soufflets, d'enclumes et autres outils, permit d'établir sur le bord de la rigole du chenal d'accès du port, un nouvel atelier de forge ; la nouvelle forge était capable de chauffer de grosses pièces.
Les bois destinés à la construction des grands ateliers dont devait se composer Tarsenal de Port-Saïd, commencèrent à arriver dès le début de Tannée.
L'établissement de TArsenal devait comprendre : un atelier d'ajustage, un atelier de forges, la fonderie, un atelier de chaudronnerie, et un magasin d'approvisionnements.
On commença successivement au cours de Tannée le montage des charpentes des divers ateliers, sauf la fonderie.
Le terrain dans Templacement des ateliers étant fort en contrebas du niveau du terre-plein de la ville, la charpente de chaque bâtiment reposait, comme celle des maisons d'habitation, dont le mode de construction est décrit ci-dessus, sur une fondation en pilotis. Les poteaux-montants des charpentes étaient entés d'environ 1",30 sur les pieux de fondation. Les pans de bois formant les parois des bâtiments devaient être garnis de maçonnerie de briques, et les bâtiments être recouverts d'une toiture en nattes de roseaux et mortier.
Le montage des charpentes des divers bâtiments se continua pendant toute Tanoée. Toutefois, les travaux eurent à subir un certain ralentissement, même, pour plusieurs des ateliers, une interruption plus ou moins prolongée pendant la période des hautes eaux du lac, par suite de l'envahissement des terrains par les eaux. La crue du Nil avait été très forte. On avait vainement essayé de mettre les terrains à l'abri par des barrages, les eaux s'étant mises alors à sourdre du terrain lui-même. On dut attendre, pour pouvoir pousser activement les travaux, que les remblais eussent mis les terrains à Tabri de Teavahissement des eaux.
Zaxzeh. — Sâné. — Le campement de Zalzeh, par suite de Tinstallation à Damielte du grand magasin central d'approvisionnements, fut transféré à ^ané. Il ne resta plus à Zaïzeh que quelques ouvriers européens chargés de l'entretien du chemin re'iant Tilot à la terre ferme.
156 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
Kantara. — Le campement fut augmenté dans le courant de Tannée des nouvelles constructions suivantes :
Un grand bâtiment pour logement d'ouvriers ;
Un bâtiment pour atelier de menuiserie ;
Sur une petite éminence située à une faible distance du campement et qui était occupée par un poste militaire en ruines, un grand bâtiment construit entièrement en briques et destiné à servir d'hôpital pour huit ou dix malades.
Le sol de toutes les maisons était formé d'une couche de mortier de chaux et de briques pilées.
Les recherches de matériaux avaient continué au milieu de Tamas de décombres déjà signalé. Vers le milieu de Tannée, le cube des fouilles s'élevait à 2.il2 mètres cubes. Ces fouilles avaient produit 128 mètres cubes de briques et fragments, 20 mètres cubes de tuileaux, 50 mètres cubes de pierres de taille, plus 36 tombes en pierre de taille parfaitemen t conservées.
Une rigole d'arrosage fut établie, conduisant les eaux de la sakieh dans un terrain propre à la culture, situé à environ 150 mètres du campement, et où Ton fit quelques ensemencements de bersim.
El Ferdane. — Le campement d'El Ferdane, situé à Torigine du seuil d'El Guisr, était appelé & prendre une grande importance lorsque la rigole maritime venant de Port-Saïd y serait parvenue et que commencerait le creusement de la rigole à travers le Seuil. 11 se trouverait naturellement, en effet, pendant un certain temps, Tenlrepôt de toutes les denrées et de toutes les matières venant de Port-Saïd nécessaires à Texécution de la grande tranchée.
Le campement n'avait pas encore de travaux et fut, pendant toute Tannée, un simple lieu de dépôt d'approvisionnements. On y fit notamment un grand approvisionnement de bois de chauffage et de bois propres aux constructions, coupés dans les environs. A la fin de Tannée, cet approvisionnement était d'environ 600 mètres cubes. Le campement contenait, en outre, des approvisionnements de matériaux divers.
Le bâtiment commencé Tannée précédente fut terminé, et trois autres bâtiments furent construits. Toutes ces constructions étaient en pans de bois et moellons avec mortier d'argile; les couvertures, en roseaux recouverts de mortier.
El Guisr. — Le campement d'El Guisr fut installé à la fin d'août.
C'était le lieu choisi pour ouvrir, sur des longueurs d'une quarantaine de mètres, quelques profils embrassant toute la largeur du Canal maritime jusqu'à la rencontre de l'eau. L'exécution de trois de ces profils fut commencée.
Trois grands b&timents en pans de bois brut et en pisé furent construits pendant les derniers mois de Tannée pour magasin et pour logements d'employés et d^ouvriers. Les ouvriers arabes étaient logés dans des gourbis en branchages.
Timsah. — Les ouvriers qui étaient occupés précédemment à la coupe de roseaux du lac, au pied des dunes de Néfiche, furent employés dès le début de Tannée à la fabrication de briques crues de pisé. Ces briques étaient formées de terre détrempée à laquelle on mêlait des débris de pierres que Ton trouvait à la surface du sol, sur le lieu même de fabrication.
[A côté même de Templacement où se faisaient les briques, on avait trouvé une carrière de pierre calcaire qui fut ouverte sur une longueur de 50 mètres; le banc avait 0",40 d'épaisseur; le cube extrait fut de 160 mètres cubes.]
Une maison en briques crues avait été construite à côté du chantier de fabrication des briques.
Le campement fut abandonné vers le milieu de Tannée.
Bir-AboU'Ballah, — Au commencement de Tannée, on découvrit sur les ligues de Tancien Canal, près de Bir-Abou-Ballah, une carrière de pierre à plâtre d'excellente qualité, qui fut grandement utilisée pour les constructions Àt Toussoum.
Les travaux de creusement du puits, commencés Tannée précédente, furent repris dès le commencement de l'année. L'eau fut rencontrée à la profondeur de 4",70. Jusqu'à cette profondeur, la paroi du puits fut revêtue d'une maçonnerie de moellons. On désirait avoir dans le puits une hauteur d'eau de 2 mètres. Pour arriver & la profondeur voulue, on eut recours à un rouet de 5 mètres de diamètre sur lequel on élevait, au fur et à mesure de Tenfoncement, une maçonnerie de briques de 0*,36 d'épaisseur. Le rouet descendait par un dragage intérieur. Dès que le puits fut achevé, il fut recouvert d'un plancher solide en bois de tamarix sur lequel fut installée une noria.
La noria fonctionna très bien et fournit de Teau en abondance pour les essais de cultures autour du campement en orge, coton, pastèques, haricots du pays et autres plantes. Les terrains arrosables présentaient une superficie de 14.200 mètres carrés. En octobre, une superficie de 6.400 mètres carrés était l&bourée et prête è être ensemencée, et Ton continuait les défrichements.
Une nouvelle maison en briques crues fut construite dans le courant de Tannée.
On fabriqua, pendant Tannée, environ 45.000 briques crues pour être ■employées à la construction de nouvelles maisons à mesure des besoins.
Toussoum. — Au commencement de Tannée, un petit chantier pour la fabrication de briques crues fut installé près du puits où se trouvait un gisement de glaise de i",20 d'épaisseur. Ces briques étaient composées de volumes égaux de glaise et de sable.
On installa également un petit four pour des essais de fabrication de poteries avec la marne d'El Ferdane, notamment pour la fabrication de petits vases destinés à des plantations de pins maritimes dans les dunes.
Les maisons dont la construction avait été commencée Tannée précédente furent promptement terminées, et de nouvelles maisons furent construites pour le logement du chef de section, pour hôpital, pour logements d'employés, pour cuisine et salle à manger des employés et des ouvriers.
La chaux employée à ces diverses constructions provenait de la carrière de Moura, où un grand four avait été construit; 12.650 briques crues furent •employées à la construction des cloisons desdites constructions.
Le petit jardin du campement fut agrandi. 11 avait maintenant 30 mètres sur 20 mètres. Après de nombreux essais, les graines qui parurent le mieux réussir étaient les suivantes : orge, blé, bersini, choux-fleurs et choux-navets, oignons et haricots d'Egypte.
Toussoum était un centre d'où Ton approvisionnait et ravitaillait les divers campements disséminés dans les environs pour l'installation de fours à chaux, les extractions de matériaux, le creusement des puits. 11 contenait des ateliers de menuiserie, de tonnellerie, une forge, en état de satisfaire à. tous les besoins du campement et des campements voisins. Les magasins et les nombreuses maisons d'habitation qu'il renfermait semblaient devoir devenir très utiles lorsque Ton entreprendrait l'exécution des travaux de la tranchée du Sérapéum.
Sérapéum. — Une nouvelle maison en moellons et mortier de terre fut construite, adossée à la maison construite à la fin de Tannée précédente.
Le puits en construction atteignit la profondeur de 7*,60, et Ton estimait qu'il faudrait creuser encore de 9",70 pour atteindre le niveau de Teau. Le cube de la fouille avait été d'environ 100 mètVes cubes.
Le campement fut abandonné le 15 mai.
Géneffé. — L'extraction de la pierre à plâtre continua pendant les premiers mois de Tannée. La carrière fut abandonnée le 8 mai.
Maxama. — Au début de la construction de la rigole d'eau douce du lac Maxaœa à Bir-Abou-Ballah, une maison en pisé fut construite au sud du lac pour le logement de l'employé chargé de la surveillance des travaux. Le campement comprenait, en outre, des tentes et des gourbis en branches de tamariz, qui se déplacèrent à mesure de Tavancement des travaux de la rigole.
ALIMENTATION d'eAU DOUCE DES CHANTIERS
Port-Saïd. — Les deux machines distillatoires continuèrent, pendant Tannée,, de fonctionner d'une manière satisfaisante. On avait seulement à procéder, de temps en temps, à des remplacements de tubes des appareils.
La production était toujours, en moyenne, de 5 litres d'eau par kilogramme de charbon.
D'après des attachements pris pendant les sept premiers mois de Tannée» le prix de revient du mètre cube d'eau s'établissait ainsi qu'il suit :
Dépense de fonctionnement des appareils 14 fr. 10
Le capital engagé pour les machines et leur installation pouvait être évalué à 30.000 francs. En comptant sur un amortissement en 5 ans, l'amortissement par jour devait être de 16 fr. 44, soit par mètre cube, à raison d'une production de 3 mètres cubes par jour 5 50
Prix db revient total 19 fr. 60
Soit, en nombre rond, 20 francs.
La troisième machine distillatoire fut débarquée à Port-Saïd dans le courant de mai. Les besoins d'eau douce étant toujours croissants, il importait d'avoir un appareil de rechange. Toutefois, le nouvel appareil ne fut pas monté Immédiatement.
Dans les derniers mois de Tannée, indépendamment de Teau fournie par les machines distillatoires. une certaine quantité était apportée par des arabes, à un prix convenu, au moyen de barques qui allaient puiser Teau dans les canaux dérivés du Nilavoisinant Matarieh et Menzaleh.
Kanlara. — L'eau du puits de Kantara (ancienne sakieh munie d'une noria) était bonne pour les animaux, servait même aux hommes des caravanes, mais était impropre à l'alimentation des ouvriers. L'eau d'alimentation du campement provenait de Tancienne branche Pélusiaque (maintenant Canal Abou TArdar). Elle était prise à Tel Daphné, à peu de distance en amont da débouché de la branche du fleuve dans le lac Menzaleh. L'eau était transportée par caravanes de chameaux. La distance à parcourir, aller et retour, prenait quatre jours de marche.
Pendant les eaux basses du Nil, Teau de la branche du Nil devenant saum&tre jusque assez loin de Tembouchure par suite de la pénétration de Teau salée du lac, il fallait aller puiser Teau d'alimentation à une distance plus ou moins grande en amont. Vers la fin de juillet, un barrage fut construit à Tel Daphné même pour retenir les eaux du Nil, très hautes en ce moment, par conséquent sans mélange d'eau salée, et s'assurer ainsi un approvisionnement pour la période des eaux basses.
El Ferdane. — L'eau douce d'alimentation du campement venait du puits d'Abou Souer, dans TOuady. Cette eau était excellente.
Chanliei^ du seuil d'El Guiar. — Pour permettre l^attaque du seuil d'El Guisr, le premier travail à faire était d*y amener de Teau potable & bon marché et en quantité suffisante pour Talimentation d*un grand nombre de travailleurs. C'est ce que l'entrepreneur général essaya de réaliser en y amenant Teau du lac Maxama^
L'ensemble des travaux projetés à cet effet comprenait les ouvrages suivants :
La construction d'une rigole à ciel ouvert, de 26.800 mètres de longueur, ayant sa prise d'eau au lac Maxama et aboutissant à Bir-Abou-Ballah où Teau amenée par la rigole était reçue dans un bassin en maçonnerie. A partir de ce bassin, une double conduite en tuyaux de poterie de 410 mètres de longueur, établie sous aqueduc siu* une longueur de 370 mètres, amenait Teau à Timsah dans un puits surmonté d'un ch&teau d'eau formé d'un réservoir en tôle d'une capacité de 64 mètres cubes, et alimenté par les eaux du puits au moyen d'une double machine locomobile. De ce château d'eau partait une double conduite forcée en tuyaux de poterie & joints cimentés qui suivait les ondulations du sol et venait aboutir, après un trajet de 11.600 mètres à un second bassin en maçonnerie construit au pied du seuil d'Kl Guisr. De ce bassin partait une nouvelle conduite de 314 mètres de longueur, dont moitié environ sous aqueduc, conduisant l'eau dans le puits d'un second château d eau établi à l'origine même du seuil, et, comme celui de Timsah, alimenté par les eaux du puits au moyen d'une double locomobile. Enfin, de ce château d'eau devait partir une conduite forcée destinée & alimenter tous les chantiers du seuil jusqu'à El Ferdane.
Les travaux de la rigole de Maxama à Bir-Abou-Ballah commencèrent dans le courant de juin. La rigole avait les dimensions suivantes : largeur au plafond, 0",30; talus h 45*; hauteur d'eau, 0*,35; d'où, largeur à la ligne d'eau, 1 mètre, et section d'écoulement 0*^,2275. Le radier de la prise d'eau à Maxama fut établi à 1 mètre en contrebas du niveau du lac à la date du 16 juin, niveau que l'on pouvait considérer comme étant celui de l'étiage du lac. La différence de niveau entre le radier de la prise d'eau et le bassin de Bir-.Abou-Ballah était de 2 mètres ; d'après la pente en résultant, on avait calcalé que la vitesse de l'eau dans la rigole serait de 0",155 par seconde; le débit de la rigole devait donc être de 0.2275 x 0,155 r= environ 33 litres par seconde, correspondant à un débit d'environ 3.000 mètres cubes par jour. [La surface du iac à la date du 16 juin était évaluée à 3.600.000 mètres carrés et la profondeur moyenne à 2/3 de mètre. Le volume de l'eau contenue dans le lac au moment de l'étiage était donc d'environ 2.400.000 mètres cubes. En supposant que le lac dût rester cent jours au régime de l'étiage, la perte qu'il
1. Nous rappellerons (Voir p. 5) que, dès le mois d'octobre 1856, pour la réalisation d'un programme d'exécution qui, du reste, n'a pas été suivi, les commandes suivantes de tuyaux en poterie avec leurs manchons avaient été faites par M. Mougel Bey pour le compte du Gouvernement égyptien, savoir:
A une maison anglaise, commande de 38.000 mètres de tuyaux de 25 et 20 centimètres de diamètre ;
A une maison de Marseille, commande de 72.000 mètres de tuyaux de 16,5, 15, 12 et 10 centimètres de diamètre.
Après sa constitution, et en vertu de ses arrangements avec le Vice-Roi, la Compagnie prit possession de cette immense quantité de tuyaux.
L'entrepreneur général, les ayant à son tour à sa disposition, estima que le programme des travaux arrêté par lui pour l'alimentation en eau douce des chantiers du seuil d'El Guisr permettrait une très profitable utilisation de ces tu vaux.
170 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
éprouverait par la rigole serait de 300.000 mètres cubes, c'est-à-dire d'un huitième seulement du volume total. La crue du Nil faisait remonter de 2 mètres le niveau du lac] Le débit de la rigole à son extrémité à Bir-Abou- Ballah devait être notablement moindre qu*à son origine par suite de Tévaporation sur une surface de 26.800 mètres carrés. On espérait que cette perte pourrait être compensée par l'excédant de vitesse provenant de la charge sur le radier de la prise d'eau. Les précautions suivantes furent prises contre les inGltrations : sur une longueur de 400 mètres à partir de la prise d'eau, la fouille ayant 3", 50 de profondeur, on plaça au fond une triple ligne de tuyaux anglais qui, non seulement facilitèrent rentrée de Teau dans la partie suivante de la rigole, mais, en même temps servirent à soutenir les talus; à la traversée des dunes, heureusement peu nombreuses sur le tracé de la rigole, on fit placer au fond, par précaution, une double ligne de tuyaux. L'entretien de la rigole était sous la surveillance d'unemployé résidant à Maxama et ayant sous ses ordres quatre cantonniers. La rigole fut terminée dans le courant de décembre. Son exécution avait exigé un cube de déblais d'environ 130.000 métrés cubes^ 1.200 à 1.300 ouvriers indigènes y avaient été •employés.
En même temps que s'exécutaient les travaux de la rigole, on procédait à la construction des deux bassins de Bir-Abou-Ballah et du pied du seuil d'El Guisr. Ces bassins, de 25 mètres de longueur et de 7 mètres de largeur, avec une hauteur d'eau de O^.SO étaient destinés à permettre un approvisionnement d'eau, indépendamment des abreuvoirs et des regards ménagés le long de la conduite en poterie, pour assurer les besoins du service et faciliter l'écoulement de l'eau. Ces bassins, ainsi que les puits et réservoirs formant châteaux d'eau et l'installation des pompes élévatoires étaient, comme la rigole, terminés à la fin de l'année.
Il en fut de môme de l'installation des conduites d'eau en tuyaux de poterie jusqu'à El Guisr. Pour exécuter le remblai de la première partie de la double conduite, au nord-ouest de l'emplacement de la future ville de Timsah, on avait eu à exécuter un terrassement de 4.820 mètres cubes : le remblai avait en couronne une largeur de 1",20 à l"',r)0', sa hauteur en certains points atteignait 2 mètres. L'eau d'alimentation des ouvriers était amenée de Néfiche par chameaux. Les terrassements de la conduite forcée avaient consisté en 2.520 mètres cubes de remblais du côté de Timsah et en 2.830 mètres <ïubes de déblais au pied du seuil d'El Guisr et sur le seuil lui-même. Un bassin à radier maçonné, d'une capacité de 56 mètres cubes, fut construit à El Guisr et cinq regards sur le parcours de la rigole >.
Toussoum. — L'eau douce d'alimentation du campement, dans les derniers mois de l'année, provenait de la rigole de Maxama.
TRANSPORTS MARITIMES
Flotte de la Compagnie. — La plus grande partie des approvisionnements de toute sorte venant d'Europe, l'entrepreneur général avait jugé nécessaire, pour garantir la régularité des arrivfliges et ne pas se trouver sans cesse, sous ce rapport, à la merci de circonstances indépendantes de sa volonté, d'avoir à sa disposition une petite flotte au moyen de laquelle il pourrait parer à tous les cas urgents. Les navires à acquérir devaient d'ailleurs être
1. Pour la suite des renseignements concernant le mode d'alimentation en eau douce des chantiers du seuil d'El Guisr qui vient d'être décrit, voir, plus loin, au chapitre traitant le même sujet pour l'année 1861.
employés à un transport régulier de blocs de la carrière du Mex pour les jetées de Port-Saïd.
A la un de 1 année, la flotte de la Compagnie, indépendamment du vapeur le Joseph^ acheté l'année précédente et chargé d'un service régulier pour la poste et pour le transport des employés et des ouvriers entre Alexandrie et Port-Saïd, se composait de 10 navires à voiles d'un tonnage ensemble 4e 1.660 tonneaux.
Mouvement total de la rade de Port-Saïd pendant Vannée 1860
PAVILLONS
NOMBRES
DE NAVIRRH
TO.NNAGE TOTAL
Anglais
806 tonneaux
Autrichien
Français
Grec
Norvégien
Ottoman et égyptien
TOTACX