tonneaux
Service des déchargements. — Au commencement de Tannée (époque de la mauvaise saison pour les déchargements) on manquait encore à Port-Saïd de l'outillage et des agrès les plus indispensables, et l'insuffisance des apparaux empêchait souvent de travailler aux déchargements, ce qui occasionnait de grandes dépenses de sures tari es.
Les besoins les plus urgents d'installations diverses et de matériel spécial pour le service des déchargements étaient signalés comme suit par l'ingénieur chef de division :
11 fallait une ligne d'embossage composée de corps-morts assurés sur des ancres et sur des chaînes d'une résistance à toute épreuve; il fallait une ligne de louage d*une longueur d'environ 3.000 mètres, partagée en tronçons successifs de 500 mètres par des bouées d'une extrême solidité; il fallait un approvisionnement de fortes chaînes et de grelins de rechange. On avait à Alexandrie de magnifiques bouées que Ton n'avait pu encore transporter à Port-Saïd, où, d'ailleurs on n'aurait pu les mouiller faute de chaînes et de grappins d une force convenable. Enfin, il fallait des mahonnes ou chalands, du port de 50 tonneaux, munis de tous leurs agrès.
Accidents de rade, — Une tempête eut lieu sur la rade de Port-Saïd, dans la nuit du 9 au 10 janvier, causant de graves avaries à Tappontement et aux embarcations mouillées prés du rivage. Le Mazagran^ navire français de 150 tonneaux, qui avait été' dépouillé de son gréement et mouillé en rade pour servir de ponton, brisa successivement les deux chaînes des ancres sur lesquelles il était affourché, la chaine d'espérance, et, enfin un gros câble au moyen duquel on avait mouillé la quatrième ancre, et il alla faire côte à 8 kilomètres est de Port-Saïd où il s'échoua et se perdit. Les deux mahonnes de service avaient été jetées à la côte sans aucune avarie. La baleinière et les autres petites embarcations qui étaient hissées le long de Tappontement avaient été endommagées. L'inondation du campement avait augmenté le trouble général. La tempête avait prouvé une fois de plus la bonne tenue de la rade : pas une ancre n*avait chassé; les chaînes du Mazagran s'étaient brisées bien probablement parceque le bâtiment était mouillé trop prés de la barre où les lames déferlaient avec une grande violence.
Les 18 et 19 Janvier, nouvelle tempête. Les deux navires Paul et Marie- Bmesline, chargés de bois, étaient arrivés sur rade le 16. Le 18, à midi, deux radeaux formés de ces bois, quittaient les navires pour se rendre à terre. I^ radeau de la Marte-Emestine, parti le premier, arriva & 500 brasses environ du rivage sans aucune avarie ; mais, à cette distance, sa touline cassa et le radeau partit en dérive ; on put toutefois Tarréter, le mouiller et Tamarrer sur la première bouée; de nouveaux efforts furent faits dans raprës-midi pour le conduire à terre, mais restèrent infructueux ; les efforts furent renouvelés le lendemain ; la touline se rompit encore une fois, mais heureusement assez près du rivage pour permettre enfin le déchargement des bois à une distance d'environ 500 mètres de Tappontement. Le radeau parti du navire Paul^ composé de bois travaillés pour hangars, surpris par le mauvais temps, arriva près de la Mane-Ernestine placée sous le vent ; on lui jeta une amarre du bord, on le mouilla avec un fort grappin et une embarcation alla Tamarrer sur la touline ; le vent et la mer augmentèrent pendant la soirée et la nuit et atteignirent leur plus grande violence vers le milieu de la journée du lendemain ; les navires mouillèrent une seconde ancre; le radeau du navire Paul^ cassant ses amarres, partit en dérive entraîné par un vent et un courant du sud-ouest, et malgré toutes les recherches sur le littoral, poussées jusqu'au delà de Péluse, il fut impossible de le retrouver.
Les 8 et 9 février, nouvelle tempête, sud-ouest de terre, nord-ouest du large, le baromètre descendu à 0"',743'. Le brick les Trois-Sœurs^ chargé de dragues et machines, était sur rade, mouillé depuis le 31 janvier. Une mahonne, qui avait été envoyée pour le décharger, ne pouvant travailler, fut affourchée près du brick par quatre brasses de fond. Dès Tapparition de la tempête, tout fut consolidé le mieux possible sur Tappontement, et tous les outils furent rentrés. Les eaux du lac poussées par le vent du sud, s'élevaient à plus d'un mètre au-dessus de leur niveau ordinaire, couvraient la moitié du lido et envahissaient une partie des bâtiments du campement. A son tour, la mer grossit et déferla violemment sur la plage. Pendant la nuit, les rafales de vent et de pluie ébranlaient les maisons. Le moulin à vent fut renversé. L& mahonne mouillée près du brick sombra, mais sans faire déraper ses ancres. Le lendemain, 9, le brick les Trois-Sœut's était à son poste. A terre, les désastres étaient considérables et continuaient ; beaucoup de maisons avaient des avaries ; les soudes qui garnissaient les talus des soubassements avaient été emportées ; la moitié des terrassements du chemin de fer étaient enlevés; presque tous les bois rangés sur le rivage étaient dispersés jusqu'à un kilomètre dans l'est; dans la journée, deux des sonnettes de Tappontement tombèrent à Teau, sans de trop graves avaries, et quatre pieux de l'extrémité de l'ouvrage furent brisés. Quatre boghaz, dont l'un avait 50 mètres de largeur et, en certains points, une profondeur de 2 mètres, s'étaient ouverts à travers le lido Est; un autre boghaz, à travers le lido Ouest, à 1.300 mètres de distance de Tappontement. Tous ces boghaz s'obstruèrent assez rapidement et le littoral reprit sensiblement le même aspect qu'avant les tempêtes de l'hiver. Le brick lesTrois-Sœurs avait subi très vaillamment la tempête, ce qui était une nouvelle preuve de la bonne tenue des fonds de la rade.
Régime de la plage de Port-Said. — A la suite des tempêtes de l'hiver, dans le courant de mai, des profils de la plage furent levés sur la direction de
1. La tempête avait causé partout de sérieux dommages : sur le Nil, à Damiette, sur le lac Menzaleh, à Salahieh.
A 15 kilomètres environ de Suez, on avait trouvé le lit de l'ancien canal des Pharaons rempli d'eau de mer ainsi qu'une notable superficie des lagunes habituellement à sec que devait traverser le canal maritime. La tem~ pète avaient dû occasionner à Suez une marée exceptionnelle.
chacune des deux jetées afin de reconnaître si, depuis les levés précédents faits en 1859, les fonds de la mer avaient subi quelques changements notables.
La comparaison des profils de Tune et de Tautre époque montra que la déclivité générale de la plage n'avait pas subi de changement notable : les seules variations un peu importantes avaient eu lieu par les fonds inférieurs à 4 mètres; à partir des fonds de 8 mètres, les profils étaient à peu près identiques. On put constater également que certaines irrégularités des fonds, qui avaient semblé d'abord momentanées, paraissaient au contraire tenir à Tétat d'équilibre de la plage : tel était le cas des barres qui se rencontraient par les fonds de 5 à6 mètres sur.Ie profil de la jetée Est et qui ne s'étaient pas sensiblement modifiées depuis l'année précédente.
11 y avait avancement de la plage à l'ouest de Tappontement, retrait au contraire à l'est jusqu'à une assez grande distance. L'appontement avait d'ailleurs produit un affouillement d'environ 0*,80 à son extrémité.
TRANSPORTS A l'inTBRIBUR
Rigole de service entre les établissements du port et le lac Menzaleh. — Cette rigole, commencée l'année précédente pour assurer les communications entre les établissements du port et le lac Menzaleh fut continuée pendant les premiers mois de l'année, les déblais se faisant toujours au moyen de dragues à main sous une profondeur d'eau moyenne de 25 centimètres. Elle fut provisoirement arrêtée à une longueur de 600 mètres ; il restait encore à creuser environ 1.500 mètres pour arriver jusqu'aux grandes profondeurs du lac.
Service de bateaux à vapeur sur le lac Menzaleh entre Damiette et Port-Sa!'id. — Canal de communication entre le Nil et le lac Menzaleh à Damiette. — En vue de rétablissement d'un service régulier de transports entre Damiette et Port-Saïd, deux bateaux à vapeur en tôle, d'une assez grande capacité et d'un faible tirant d'eau leur permettant de naviguer sur le lac en toute saison, avaient été commandés. Ces bateaux, mus par une machine de 8 chevaux, avaient 30 mètres de longueur sur 3",50 de largeur et l'",10 de creux; les coques furent montées à Port-Saïd sur le bord du lac ; les boiseries et les roufs furent confectionnés par les ateliers.
Il importait que ces bateaux à vapeur pussent, à Damiette, arriver jusqu'au Nil. Dans ce but, on exécuta sur le canal creusé précédemment en amont de Damiette et mettant le Nil en communication avec le lac les terrassements nécessaires pour le rendre navigable; on eut à reconstruire, au passage de la route de Damiette à Farascour, un pont qui s'était écroulé et qui fut naturellement rétabli avec une hauteur suffisante pour permettre aux bateaux à vapeur de passer en abaissant seulement leur cheminée. Enfin, vers la fin de l'année, on construisit à l'entrée du canal un barrage à poutrelles permettant d'empêcher les eaux salées du lac d'entrer dans le Nil pendant les eaux basses du fleuve, toutes dispositions étant prises pour que les communications entre Port-Saïd et Damiette n'en fussent pas entravées ^
Les deux bateaux à vapeur commencèrent à la fin de Tannée leur service
1. Pour cette fermeture annuelle, le Gouvernement recourait précédemment à la construction d'une digue en terre qui exigeait environ douze cents journées d'ouvriers. Avec le barrage à poutrelles, la fermeture s'eifectuait en une heure de temps. Le barrage permettait d'ailleurs de n'interrompre la communication du lac avec le Nil que dans les moments où elle eût Hù nuisible. A part ces circonstances exceptionnelles, la communication était toujours libre, ce qui était un avantage considérable pour le pays tout entier.
174 HISTORIQUE DE l'eXÉGUTION DES TRAYAt'X
qui se fit et continua de se faire par la suite de la manière la plus satisfaisante. A Damiette, une estacade en charpente formant quai sur le Nil permettait aux bateaux de charger avec facilité les marchandises qu'ils devaient transporter à Port-Saïd. A Tarrivée à destination, la rigole de service creusée à travers le grand bassin et progressivement élargie par les dragues permettait aux bateaux d'arriver devant le grand magasin central. Ce service de bateaux à vapeur permit de supprimer les transports à dos de chameau entre Damiette et le lac, mode de transport qui occasionnait des retards, détériorait les marchandises et grevait celles-ci de frais considérables.
En outre des deux bateaux à vapeur, on avait construit des barques plus petites en tôle, à fond plat, destinées au transport et au ravitaillement des dragues échelonnées dans le lac. Ces barques étaient conduites à la perche.
Tranports dans Vinlérieur de Vlsthme, — Les transports dans Tintéri^ur de risthme continuèrent de se faire, comme Tannée précédente, & dos de chameau.
Itinéraire d'une tournée du Président dans Vlsthme. — L'itinéraire ci-dessous d'une tournée faite par le Président de la Compagnie au commencement de juin donnera une idée des conditions dans lesquelles se faisaient à cette époque les transports pour la visite de l'Isthme :
D'Alexandrie à Tantah et Samanoud, en chemin de fer;
De Samanoud à Mansoura, à cheval, en caravane ;
De Mansoura à Damiette, en dahabieh sur le Nil ;
De Damiette à Port-Saïd, en barque sur le lac Menzaleh ;
De Port-Saïd à SÂné, en barque sur le lac Menzaleh et le Bahr Moéx ;
De SÂné à Zagazig, à dromadaire, en visitant successivement Salahieh,. Kantara, El Ferdane. Toussoum, lac Timsah, Bir-Abou-Ballah et Maxama;
De Zagazig à Alexandrie, en chemin de fer.