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ALIMENTATION D EAU DOUCE DES CHANTIERS

Port-Said. — Les deux machines distillatoires, avec un faible supplément d'eau amené par quelques barques du lac, avaient suffi jusqu'à la fin de Tannée précédente pour satisfaire aux besoins de la population; mais ces machines marchaient depuis longtemps, étaient fatiguées et exigeaient des réparations. D'un autre côté, la population avait augmenté et était appelée à se développer encore. U fallait donc aviser à se procurer un supplément d'alimentation d'eau douce. On avait bien en magasin la troisième luachine distillatoire ; mais, en raison du grand développement du village arabe installé à TEst du port, on jugea devoir afl'ecter cette troisième machine à. ses besoins; et l'on prit, en défînitive, la double résolution : d'une part, d'établir un service régulier d'approvisionnement d'eau douce que l'on irait puiser à l'un des canaux dérivés du Nil qui débouchaient dans le lac Menzaieh ; d'autre part, de construire à Port-Saïd un réservoir capable de contenir un approvisionnement de plusieurs jours.

Dans l'espoir de mieux assurer le service des transports des caisses à eau, l'entrepreneur général, à la fin de Tannée précédente, s'était entendu avec le fermier de la pèche du lac, Enani Bey, de qui dépendaient plus ou moins tous les possesseurs de barques, pour le transport de l'eau et des denrées alimentaires ^ Malheureusement, après maintes vaines promesses, la conviction fut

1. Le Président de la Compagnie, pendamt son séjour à Port-Saïd, au commencement de décembre 1860, avait eu la visite d'Enani Bey, qui disposait à

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acquise que Too ne pouvait compter sur les engagements d'Enani Bey, et la Compagnie dut se préoccuper d'organiser directement ce service spécial de transports. Comme il importait que ce service se fit avec une grande régularité et que la navigation du lac était fréquemment difficile et fort incertaine, on prévoyait la nécessité, soit d'approfondir les boghaz, soit de faire construire pour le transport des caisses à eau un certain nombre de radeaux qui seraient manœuvres À la perche ou remorqués par les petits bateaux à vapeur du lac ne calant pas plus de 30 centimètres. La question fut mise à l'étude.

Le réservoir de Port-Saïd fut établi, en forme de château d'eau, sur un bâti •en charpente ayant sa plate-forme à 4 mètres au-dessus du niveau du terreplein de la ville. Il était en tôle, à deux compartiments, de forme carrée de 4 mètres de côtés, et avait une hauteur de 2 mètres. Sa capacité était donc de 32 mètres cubes. En supposant une population européenne de 500 habitants, et en admettant une consommation de 10 litres par jour et par habitant, l'approvisionnement du réservoir devait suffire, en cas d'interruption simultanée de la marche des deux machines distillatoires et des arrivages d'eau par le lac, pour une alimentation de six jours. Le réservoir, établi à une petite distance au sud du phare sur le quai bordant la rigole du chenal d'accès du port, était desservi par une pompe aspirante et foulante. Il était renfermé •dans un pavillon à parois en persiennes pour la circulation de l'air et protégé à sa partie supérieure par une couverture en roseaux avec enduit en mortier.

Au commencement d'avril, la population de Port-Saïd comprenait 393 Européens et 1.155 Arabes, en tout 1.550 habitants.

L'eau douce nécessaire à l'alimentation était fournie par les trois machines distillatoires; mais, à cause des interruptions occasionnées par les réparations et l'entretien, on ne pouvait compter que sur deux machines marchant d'une manière continue. Or, chaque machine marchant régulièrement pendant vingt-quatre heures fournissait 4.500 litres, soit pour les deux machines, 9.000 litres. De plus, huit barques du lac étaient affectées au transport de l'eau du Nil qu'elles allaient chercher dans le Bahr Moêz en amont du barrage de S&né ; mais ce mode d'approvisionnement n'était pas encore bien organisé et son apport journalier n'était guère que de 3.000 litres. La quantité d'eau livrée à la consommation n'était donc que d'environ 12.000 litres, ce qui représentait un peu moins de 8 litres par habitant.

Le prix du mètre cube d'eau distillée était de 20 francs; celui de l'eau du Nil, de 16 francs. Ces prix ne comprenant pas les frais de distribution.

Dans le courant de juin, un traité fut passé par la Compagnie avec un grand propriétaire de barques du lac, Mohamed Gayar, pour tous les transports, à la tonne, sur le lac Menzaleh, y compris les transports d'eau douce. L'article du traité relatif à ces derniers transports était ainsi conçu :

« Le sieur Mohamed Gayar s'engageait à faire le service de l'eau au prix de

son gré de 5 à 6 mille hommes composant la population du lac et de 500 barques de pêche et de transport. Enani Bey s'était montré désireux d'aider la Compagnie et s'était mis entièrement à la disposition du Président, s'engageant à fournir à la Compagnie tout ce qui pourrait dépendre de lui. L'entrepreneur général, avec qui il fut alors mis en rapport, conclut immédiatement avec lui un accord par lequel il s'engageait à faire apporter journellement au pied du phare, dans des caisses qui lui seraient fournies par l'Entreprise, 6 mètres cul}es au moins d'eau du Nil au prix de 6 francs le mètre cube. (On rappelle que le mètre cube d'eau fourni par les machines distillatoires revenait à environ 20 francs.)

50 piastres tarif courant de Damiette (environ 7 francsl par tonne sur les différents points du lac Menzaleh, notamment à Port-Saïd en face du magasin, à la Dahabieh, à Kantara, et à tous les campements et dragues situés dans le lac. L'Entreprise lui fournirait les barils et les caisses. Le nettoyage de ces récipients serait à ses frais. 11 serait prévenu à la fin de chaque mois de ce qu'il aurait à fournir sur les divers points pendant le mois suivant. »

Par suite de ce marché le prix de revient de Teau du Nil se trouva abaissé à environ 10 francs le mètre cube.

On allait chercher Teau, suivant l'époque de Tannée, soit dans Tancienne branche Tanitique (Bahr Mo^z) en amont du barrage de S&né, soit dans l'ancienne branche Mandésienne, à Matarieh.

La consommation d'eau journalière était de 16 h 17 mille litres. Mohamed Gayar ne pouvant pas encore, au moment de son marché, faute d'un nombre suffisant de barils ou de caisses à eau, apporter à Port-Saïd toute la quantité d'eau nécessaire, on continua pendant un certain temps h faire fonctionner les machines distillatoires. En août, une commande fut faite en France de 150 caisses à eau, pouvant contenir ensemble 200 mètres cubes, et de deux citernes flottantes.

La distribution d'eau à domicile se faisait par l'intermédiaire de Sakas porteurs d'eau) que payaient les particuliers à raison de fr. 85 iaguirbeh (1/15 de mètre cube), soit sur le pied de 12 fr. 75 le mètre cube.

 partir du mois de septembre, la quantité d'eau livrée par Mohamed Gayar fut assez abondante pour permettre d'arrêter complètement la machine distlllatoire n* 3 et de ne faire fonctionner qu'à intervalle les deux autres machines.

La pompe élévatoire destinée à desservir le réservoir du château d'eau ne fut installée qu'en novembre.

Chantiers du lac Menzaleh. — Pendant les premiers mois de l'année, les chantiers du lac Menzaleh (section de Ras-el-Ech) furent alimentés d'eau douce par six barques qui allaient chercher l'eau à Matarieh. Chaque barque portait environ 1.800 litres, et il en arrivait deux par jour, ce qui donnait 3.600 litres, quantité bien strictement suffisante pour une population d'environ six cents personnes. L'eau apportée par les barques était transbordée dans des chalands qui la portaient sur les dilférents points. Elle revenait, rendue à destination, à environ 15 francs le mètre cube.

Mohamed Gayar, en vertu de son traité avec la Compagnie, fut chargé de ce service à partir de juillet. Les abords de l'ilot de Ras-ei-Ech étaient toujours difficiles à cause du manque de profondeur, et la Compagnie resta chargée du transport des caisses depuis le mouillage des barques jusqu'au campement même de Ras-el-Ech et aux divers chantiers du canal dans le lac. Le transbordement des caisses à eau qui, en septembre, n'était revenu qu'à 3 francs le mètre cube, atteignit 8 francs en novembre.

Chantiers de Kantara. — Pendant la majeure partie de l'année 1861, l'alimentation en eau douce des chantiers de Kantara se fit principalement au moyen de caravanes de trente à cinquante chameaux allant prendre l'eau dans le canal .\bou l'Ardar (ancienne branche Pélusiaque) à Tell Daphné, en amont du barrage construit l'année précédente. Le mètre cube revenait à 25 francs. L'eau destinée aux animaux provenait du puits d'Abou Erouq situé à une distance un peu moindre. En août, on découvrit, dans des dunes situées à une distance de 7 kilomètres seulement, au sud du campement de Kantara, un puits d'eau potable, dit puits d'Abou Sheinon, qui remplaça très avantageusement le puits d'Abou Erouq ; le nouveau puits fut blindé et fermé ; on y puisait l'eau au moyen d'une pompe ; les troupeaux ne pouvant aller s'y abreuver, l'eau se maintenait toujours claire et fraîche.

Dans les derniers mois de l'année, ralimentation du campement se faisait

avec dix chameaux seulement allant chercher Teau à Tell Daphné et cinquante chameaux allant puiser Teau au puits d*Abou Sheinon. Le prix de Teau venant de Tell Daphné, s'était abaissé à environ 17 francs ; le prix de Feau du puits d*Abou Sheinon n'était que d'environ 8 francs.

Dans les premiers mois de Tannée, en présence du prix élevé auquel rêvenait le transport par chameaux de Teau prise à Tell Daphné, on fit Tétude d'un projet de rigole d'alimentation d'environ 20 kilomètres de longueur, qui, psirtant d'un point de l'ancienne branche Pélusiaque, à quelques kilomètres en amont de Tell Daphné, aboutissait h Kantara.

On était alors à un moment où la Compagnie était vivement préoccupée de la recherche des moyens d'assurer l'alimentation en eau douce des chantiers du seuil d'El Guisr où l'on espérait pouvoir réunir à bref délai plus de 20.000 ouvriers.

D'après le projet, l'eau amenée par la rigole jusqu'à Kantara, indépendamment de la quantité nécessaire à Talimentation du campement et des chantiers voisins, devait en outre être utilisée de la façon suivante : d'une part, l'eau arrivée à Kantara devait, au moyen de barques portant des caisses k eau, ou au moyen de barques citernes, être conduite par la rigole maritime jusqu'à El Perdane, puis, de là, être transportée par des chameaux sur les chantiers nord du Seuil ; d'autre part, on se proposait de construire à Kantara un établissement hydraulique avec une conduite d'eau allant jusqu'à Port- Saïd, en desservant sur son parcours tous les chantiers du lac Menzaleh. [On verra plus loin, au chapitre concernant l'établissement hydraulique d'Isniailia et la distribution d'eau d'Ismaïlia à Port-Saïd, les motiTs qui ont amené la Compagnie à abandonner la rigole après un commencement d'exécution.]

Le projet comprenait la construction à Tell Daphné d'un barrage déversoir destiné à emmagasiner les eaux de la branche Pélusiaque et à en exhausser le niveau : cet ouvrage était jugé indispensable quelle que dut être la solution à intervenir au sujet de la rigole. Le barrage, construit dans le courant d'août, résista bien pendant plusieurs mois. Indépendamment de ce barrage principal, des barrages secondaires durent êlre construits sur différents branchements par lesquels s'échappait l'eau retenue dans la branche principale. Pendant les trois mois d'aoftt à octobre, la construction des ditTérents barrages exigea 3.350 mètres cubes de remblais et 413 mètres carrés de fascinages. Dans le courant de novembre, 500 journées d'ouvriers durent être employées à la consolidation du barrage principal et à des réfections des barrages secondaires. Enfin, en décembre, par suite de la rupture d'un barrage supérieur de la branche Pélusiaque, le barrage déversoir de Tell Daphné fut en partie démoli et dut être refait à deux reprises.

La construction de la rigole ne fut entreprise que dans le courant de décembre, sur une longueur de 2 kilomèlres.

Chantiers du seuil iVEl Gnisr. — L'eau du lac Maxama fut introduite dans la rigole allant du lac à Bir-abou-Ballah au début de l'année 1861. Après quelques incidents, presque inévitables dans de pareils travaux, l'eau finit par arriver jusqu'à Bir-abou-Ballah. On la fit alors monter dans le réservoir du premier château d'eau et on l'introduisit ensuite dans la conduite forcée en tuyaux de poterie. Des fuites se produisirent dans les joints que l'on eut soin de réparer au fur et à mesure, et l'eau put s'avancer de proche en proche; à la fin de février, elle était parvenue à franchir la moitié environ de la distance totale qu'elle avait à parcourir pour arriver au bassin du pied du Seuil d'El Guisr,

Malheureusement, par suite d'un abaissement prématuré des eaux du lac Maxama, la rigole cessa, à partir d'avril, d'être alimentée d'une manière suffisante pour permettre à l'eau d'arriver jusqu'à Bir-abou-Ballah. La situation était inquiétante. Grâce pourtant à d'importantes mesures récemment prises

«t qui vont être indiquées, on pouvait espérer qu'elle aurait un terme prochain :

Le Vice-Roi étant devenu acquéreur, après la mort d'El Hamy Pacha, du domaine de l'Ouady, avait donné l'ordre d'ouvrir le Cherkaouié afin de permettre aux eaux de s'introduire dans le canal de Zagazig, et, de là, dans le canal de l'Ouady ; on devait exécuter en môme temps tous les travaux nécessaires pour assurer la libre circulation de l'eau jusqu'à l'extrémité de l'Ouady : ces travaux furent exécutés au compte du Vice-Roi par les soins de la Compagnie qui, en outre, eut à exécuter à son propre compte certains travaux pour conduire les eaux de l'Ouady jusqu'au lac Maxama sans en laisser perdre par des canaux secondaires ; notamment, une rigole spéciale fut creusée, en avril, entre l'extrémité du canal de l'Ouadv et le lac : à la date du 1" août les eaux de l'Ouady n'étaient encore parvenues qu'à une distance de 3 kilomètres du lac qui était alors presque complètement à sec. Pendant que ces travaux s'exécutaient, les ouvriers des contingents égyptiens employés à la construction du canal d'eau douce, lorsqu'ils furent parvenus au lac Maxama, furent employés tout d'abord à la réparation des éboulements qui s'étaient produits dans la rigole de Maxama à Bir-abou-Ballah et à un curage généraP.

Malgré toutes les mesures prises, l'eau du lac ne commença à entrer dans la rigole que dans les premiers jours de septembre; la rigole était alors en bon état et Teauput arriver de nouveau jusqu'à Bir-abou-Ballah. En octobre, pendant la crue du lac, quelques avaries se produisirent dans la première partie de la rigole, faute d'une écluse do garde à son origine. Le mois suivant, une vanne régulatrice fut construite à la tète de la prise d'eau. Nonobstant la construction du canal d'eau douce, qui devait résoudre d'une manière satisfaisante la grave question de l'alimentation en eau douce des chantiers du Seuil, on comptait continuer d'utiliser la rigole pour les essais de culture à Bir-abou-Ballah.

On voit par l'exposé ci-dessus que, pendant la plus grande partie de l'année, la rigole de Maxama ne put être utilisée pour l'alimentation en eau douce des chantiers du Seuil.

On dut aller chercher l'eau à des puits plus ou moins éloignés de la ligne des travaux. L'eau était apportée à dos de chameau dans des barils : un chameau payé 2fr. 60 portait deux barils contenant chacun 70 litres.

Le puits principal était celui d'Abou Souer, situé dans le voisinage de Makfarà 13 kilomètres environ du Seuil : c'était ce puits qui fournissait de l'eau à tous les chantiers ; le prix moyen de l'eau, compte tenu de tous les faux frais, <}tait d'environ 20 francs le mètre cube, ce qui, par homme, en supposant une consommation de dix litres par jour, représentait une dépense de 20 centimes. Non loin du puits précédent, se trouvait l'ancien puits de Néficbe qui fournissait une eau saumàtre acceptée par les animaux et bonne pour les constructions. On construisit sur le même point un nouveau puits dont on espérait une eau meilleure. Tout près de Néfiche se trouvait le puits de Sabafiiars qui donnait une eau douceâtre. Le puits d'Abou Erouq, situé à l'Est du «anal maritime, non loin du chantier I du Seuil, fournissait une eau saumâtre acceptée par les animaux. Il y avait un puits d'eau très saumàtre dans chacun des chantiers I, II et III. Enfin, pendant les hautes eaux du lac Maxa-

i i. Nous rappellerons (Voir t. IV, p. 347) que les travaux du canal d'eau douce

deGassassine à Ismaîliaont été entrepris dans le courant d*avril 1861 et que, à partir de Maxama, ce fut la rigole allant à Bir-abou-Ballah et qui courait à pea près parallèlement au canal, à peu de distance, qui servit à l'alimenta-

! tion en eau douce des ouvriers employés aux travaux du canal. Pendant le

i longétiage du lac, la rigole dut être alimentée au moyen de nombreuses

\ chadoufs.

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ma, Teau de la rigole arrivant jusqu'au bassin réservoir de Bir-ahou-Ballah servait en outre h Talimentation du campement d'El Guisr.

En présence de moyens si précaires et si coûteux d'alimentation d'eau douce, et de leur insuffisance en prévision d'une grande agglomération d ouvriers, on avait naturellement grand désir de pouvoir utiliser la rigole de Maxama et la conduite en tuyaux de poterie. De grands efforts furent donc faits pour mettre la conduite en bon état de fonctionnement. Os efforts restèrent malheureusement infructueux.

L*idée d'utiliser Tancien approvisionnement de tuyaux en poterie & rétablissement de la conduite forcée destinée à Talimentalion en eau douce de« chantiers du Seuil avait été malheureuse ; cet ancien approvisionnement de tuyaux était devenu ainsi un très fâcheux héritage. On ne put parvenir, en effet, à rendre étanches les joints de la conduite forcée allant de Timsah au Seuil. D'ailleurs, y fut-on parvenu, que par suite de Ténorme perte décharge résultant du frottement de l'eau dans les tuyaux et dont on ne s'était pas rendu suffisamment compte, l'eau n'aurait pu arriver jusqu'au pied du Seuil. Tout au plus parvint-on à la faire arriver régulièrement jusqu'à Timsah.

Dans ces conditions, on dut finalement se résigner à abandonner complètement la conduite.

L'alimentation en eau douce des chantiers du Seuil continua donc, pendant toute l'année, de se faire de la manière indiquée ci-dessus. Le chantier du lac Ballah et le chantier d'El Ferdane (chantier I du Seuil) étaient principalement alimentés par le puits d'Abou Erouq ; l'eau revenait à iO francs le mètre cube. Les chantiers IV, V et VI (chantiers sud du Seuil) étaient alimentés par le puits d'Abou Souer ; 40 chameaux étaient employés journellement au transport de l'eau ; Teaa revenait à environ M francs le mètre cube. La moyenne de consommation par homme et par jour dans les différents chantiers était de 15 litres.

Par suite des dispositions que Ton était obligé de prendre pour assurer l'alimentation d'eau douce en prévision d'un nombre annoncé d'ouvriers des contingents égyptiens, les mécomptes que Ton éprouvait chaque mois sous ce dernier rapport occasionnaient un grand surcroît de dépense dans la fourniture de l'eau douce comparée au travail exécuté.

[On songeait, depuis un certain temps déjà, à un mode d'alimentation consistant à construire à l'extrémité du canal d'eau douce, à Timsah, une pompe à vapeur qui enverrait l'eau sur le Seuil au moyen de conduites en fonte et qui, plus tard, servirait à alimenter une distribution d'eau dans la ville d'Ismallia. L'idée, avec des extensions successives, rei^ut, comme on le verra plus loin, un commencement d'exécution dès le milieu de l'année 1863.]

Dans le courant de décembre, en prévision de la prochaine arrivée d'un important contingent d'ouvriers promis par le Vice-Roi, on construisit une série de bassins réservoirs distribués sur toute l'étendue du Seuil. Le grand réservoir en tôle du Seuil qui était destiné à recevoir l'eau de la conduite en tuyaux de poterie fut démonté et transporté à El Ferdane pour y recevoir l'eau que l'on comptait amener de Kantara par la' rigole maritime au moyen de radeaux chargés de caisses à eau. De là, l'eau devait être prise par des chameaux et distribuée dans les bassins réservoirs pour l'alimentation des chantiers de la moitié nord du Seuil. Les chantiers de la moitié sud devaient, de leur côté, être alimentés avec l'eau du canal d'eau douce qui serait amenée par rigole jusqu'à proximité du chantier VI.

TRANSPORTS MARITIMES

Flotte de la Compagnie. — Dès les premiers mois de 1861 , la flotte créée Tannée précédente ayant paru encore insuffisante, eu égard surtout au grand développe-

ment que Ton espérait pouvoir donner aux transports de pierres du Mex pendant le cours de la dite année, l'Entreprise décida l'acquisition de nouveaux navires. A la fin de Tannée, la flotte, indépendamment du vapeur le Joseph et dun remorqueur à vapeur, V Albert, acheté en juillet pour le senrice du port du Mex, se composait de 18 navires & voiles présentant ensemble un tonnage de 2.368 tonneaux.

En raison de Timportance croissante des opérations maritimes de TEntreprise, un service de contrôle de ces opérations fut créé au commencement de 1861. Ce service, installé à Alexandrie, fut confié au capitaine Philigret qui avait déjà donné à la Compagnie des preuves de capacité et de dévoûmenti. En 1863, à la suite de la résiliation du traité Hardon, le service de contrôle fut transformé en service de la marine ou service maritime, lequel fut supprimé vers octobre 1864, après la vente de la flotte.

La possession d'une flotte ~ ainsi que l'observation en a déjà été faite — n'était qu'un moyen d'assurer les transports dans des cas urgents; elle permettait en même temps de peser sur le marché pour obtenir des prix de fret plus avantageux ; mais, considérée en elle-même, elle constituait par ses fortes dépenses d'exploitation une obligation très onéreuse pour l'Entreprise.

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