tonneaux
Parmi les mouvements de la rade, on pouvait citer l'arrivée à Port-Saïd, en avril, d*un radeau parti de Galatz et comprenant 1.300 mètres cubes de bois de charpente. Ce radeau, formé de pièces de bois d'une longueur moyenne de 25 mètres et de 0",3o de diamètre, était remorqué par un brick turc chargé lui-mâme de madriers.
D'autres arrivages de même nature étaient attendus.
Cette navigation hardie permit d'approvisionner les chantiers de pièces de bois de dimensions qu'il eût été difficile d'obtenir autrement.
1. En conformité d'un vœu exprimé par la Commission internationale de 1856, le capitaine Philigret avait, pendant l'hiver de 1857, stationné avec une corvette égyptienne sur la rade foraine du futur port de Port-Saïd. Là. malgré un temps d'une Inclémence exceptionnelle, il avait pu rester mouillé sur une seule ancre, sans chasser, et avait reconnu que la plage était praticable ; il avait maintenu, presque sans interruption, la communication avec Damiette par le boghaz de Gemileh et le lacMenzaleh.
Accidents de rade. — Une violente tempête du nord-ouest régna sur toute la côte d'Egypte dans la journée du 24 février.
Quatre navires étaient sur rade à Port-Saïd : le Saint-Louis^ appartenant à la Compagnie, sur lest et attendant au large une embellie pour gagner Alexandrie ; le Beufa, navire français de 209 tonneaux appartenant à un armateur de Marseille, sur lest ; VAnnetta, navire turc de 300 tonneaux appartenant à la Compagnie, chargé de blocs du Mex et de bois et dont le déchargement était commencé ; enfin, VAnnette, sous pavillon français, de 140 tonneaux, appartenant à la Compagnie et chargé de blocs du Mex et de chaux.
Le Saint-Louis ne subit aucune avarie.
Le Beufa^ mouillé près de la côte et amarré court, eut ses amarres et ses «haines brisées. Entraîné à la dérive, il dut couper son grand mât pour résister au vent et alla enfin s'échouer à la hauteur de la tour d'Oum-Fareg, à 15 kilomètres de Port-Saïd. On envoya une grande embarcation chercher ù bord les hommes qui furent reçus sains et saufs dans le campement mobile par lequel on avait fait suivre parallèlement sur le rivage la marche du bâtiment en détresse qui fut définitivement perdu.
L'Annella^ dès le début de la tempête, avait perdu son gouvernail, et, bientôt, sa chaîne s'étant probablement brisée, elle se mit en dérive. Malheureusement, dans sa manœuvre pour jeter une deuxième ancre, sa chaîne s'enfourcha sur celle qui retenait CAnnette. Sous cet effort, les chaînes des ancres des deux bouées furent rompues et VAnnette et VAnnetta commencèrent à dériver de conserve, leurs chaînes embarrassées les unes dans les autres. Les deux navires parvinrent enfin à se dégager et à reprendre la liberté et Pindépendance de leurs manœuvres. Alors, on vit VAnnette descendre rapidement, en suivant à peu près la même route que le Beufa; mais, arrivée au-delà d'Oum-Fareg, et le vent s'étant un peu calmé, elle mit à la voile, et, s'éloignant parallèlement à. la côte, elle disparut dans Tobscurité du soir, et alla finalement se perdre sur la côte de Syrie, à 30 milles de Port-Saïd.
VAnnetta ne fut pas plus heureuse. Après avoir lutté avec la plus grande énergie contre tant de circonstances fatales, ayant 5 pieds d'eau dans sa cale, le capitaine résolut de se jeter à la côte afin de sauver son équipage. Cette résolution fut exécutée; à 400 mètres du rivage, le navire toucha et fut bientôt brtsé. Sur neuf hommes dont se composait Téquipage, cinq, dont le second du navire, se sauvèrent à la nage ; un sixième fut recueilli et rappelé à la vie; le capitaine, le mousse et un matelot ne furent pas retrouvés.
Ce triste événement et les divers incidents relatés ci-dessus n'infirmaient en rien les preuves déjà recueillies précédemment sur la sécurité de la rade : de mauvaises dispositions, un amarrage trop court, Taccident causé dans les manœuvres de VAnnette par celles de VAnnetta^ expliquaient suffisamment les désordres et le grave accident qui s'étaient produits.
Visite du Vice-Roi à Port-Saïd. — Le 12 avril une petite escadre était en vue de Port-Saïd : c'était la frégate du Vice-Roi, suivie de plusieurs bâtiments d'escorte. Son Altesse était partie d'Alexandrie pour faire une excursion en mer et aller visiter le nouveau port. A son débarquement inattendu, un wagon de terrassement, disposé à la hâte, vint prendre Son Altesse et la conduisit, par les divers tronçons de voie ferrée se reliant entre eux, aux ateliers et aux magasins installés sur les différents points de la ville.
Régime de la plage. — La plage de Touest derrière Tappontement, avait continué à avancer en même temps que s'exécutaient les enrochements de consolidation de l'ouvrage. A la fin de Tannée, elle avait atteint la palée n* 25. L'avancement, depuis l'origine des travaux, était donc de 96 mètres.
TRANSPORTS A l'iNTÉIUEL'R
Les transports entre Damiette, Port-Saïd et Ras-el-Ech étaient faits à la tâche en vertu du marché — dont il a été parlé préréderament h rarticle «concernant ralimentation en eau douce des chantiers — passé avec Mohamed, (iayar, propriétaire de barques du lac Menzaleb possédant iiO barques d'un jaugea^re ensemble de 500 tonnes. Le service confié au tâcheron, indépendamment de Tapprovisionnement en eau douce des chantiers, avait pour objet le transport des dépêches, des voyapeurs, de tout le matériel et d'une partie des contingents de la province de Mansoiira que les barques allaient prendre à Matarieh. Dans les tarifs arrêtés pour le transport des voyageurs, les marchands de légumes étaient traités très favorablement.
Le marché passé avec Mohamed-(îayar permit de supprimer le service des deux petits bateaux à vapeur qui avait été organisé Tannée précédente entre Damietle et Port-Saïd : on avait, du reste, reconnu que le transport par les barques arabes était plus économique et souvent plus rapide. L'existence du >ervice avait eu l'avantage de faciliter la conclusion du marché avec Mohamed- Gayar. Les deu.x petits bateaux j\ vapeur furent remplacés sur le lac par des barques, dites dahabiehs-poste, aménagées pour les transports réguliers de la poste, des voyageurs et des marchandises; ces barques avaient une longueur île 9", 80 et 2~,.s.*> de lar;reur. La Compagnie utilisa les deux bateaux à vapeur sur le Nil UH'me p<mr un service entre Damiette et Samanoud, tète de ligne du chemin de fer sur la branche de Damiette : les deux villes n'avaient eu jusjfualors d'autre moyen de romnmnication que les barques à voile du fleuve. Mais les deux bateaux à vapeur, c(mstruits en vue d'une navigati(m sur un lac. laissèrent à désirer sur le Nil, où le courant, en certains points, était très rapide pendant la saison des hautes eaux, d'août à février. Ils ne rendirent pas moins de sérieux services pendant tout le temps du séjour à Dauiiette de la direction générale des travaux et du service central de l'Entreprise.
A l'intérieur de risthme, les transports pendant l'année 1861, continuèrent de se fain* à dos de chameau comme les deux années précédentes.
Au commencement de l'année, pour la facilité des relations entre le Delta et Timsali. avait été établie, en six semaines, sur la berge du canal de l'Ouady, entre la gare du chemin de fer de Zagazig et le pont de Tel-el-Kébir, une route carrossable rejoignant ainsi l'excellent chemin du désert praticable aux voitures.
Pendant les eaux basses du Nil, un matériel considérable, amené par le chemin de fer, et consistant principalement dans les engins et appareils des toiles sans fm destinées au sr4]il d'Êl-Guisr et dans un fort approvisionnement de bois, se trouvait en dépôt à Zagazig, attendant le retour des eaux pour pouvoir être transporté aussi loin que possible sur le canal de l'Ouady. La présence de cette énorme quantité de matériel accumulée à une grande distance des travaux montrait clairement combien il importait de porter tous tes efforts sur l'amélioration et le prompt achèvement de la voie de communication par eau entre Zagazig etTimsah.