OBSERVATIONS GÉNÉRALES
L'entreprise comprenait :
L'ouverture du canal maritime entre Port-Saïd et Suez; l'exécution des ports de Saïd et de Suez ; la création d'un <;anal d'eau douce entre le Caire et le lac Timsab, se bifurquant, à ce dernier point, pour se diriger sur Port-Saïd, d'une part, sur Suez, de l'autre.
La réalisation de ce programme impliquait comme disposition préalable la création de bâtiments et d'abris pour le nombreux personnel d'agents et d'ouvriers destinés à prendre part au3t travaux et pour les approvisionnements de toute nature en matériaux et matières, dont il était d'autant plus indispensable de se pourvoir sur une large échelle que le pays à traverser par un grand canal et à féconder était le désert, c'est-à-dire la négation absolue de toute espèce de ressources.
Elle réclamait en outre la mise en œuvre d'un matériel considérable et par conséquent la création d'ateliers importants susceptibles de pourvoir à l'entretien et à la réparation de ce matériel.
Klle exigeait, eu égard à l'immense tonnage de matériaux et matières de toutes sortes que l'on devait tirer des côtes deTliurope, de l'Egypte et de la Syrie, l'acquisition d'une ÛoUe destinée à garantir la Compagnie contre les prétentions exagérées des aiïréteurs et à concourir avec eux dans des condilions équitables au mouvement des transports maritimes. Elle obligeait enlin la Compagnie à organiser un service d'intendance pour les approvisionnements et les transports à l'intérieur, un service postal, un service télégraphique, un service religieux pour les cultes chrétiens et le culte musulman, un service médical, un service hospitalier de Sœurs de charité, des écoles pour les enfants des ouvriers, etc.
L'installation de la Compagnie dans le désert laissait actuellement peu de choses à désirer.
248 HISTORIQUE DE l'eXÉCDTION DES TRAVAUX
La ville d'Ismaïlia, fondée sur les bords du lac Timsah, et qui n'avait encore aucune habitation lors de la dernière Assemblée générale, possédait depuis trois mois des constructions assez multipliées pour que la Direction générale des travaux, son nombreux personnel, ses archives, le bureau central de Tingénicur en chef, le personnel de la division, aient pu s'y installer. De larges rues bordées de trottoirs, des maisons abritées par des vérandas sur chacune de leurs façades contre les ardeurs du soleil, la place Champollion, qui se couvrait de verdure, le canal d'eau douce avec ses barques venant du Nil, donnaient déjà à ce centre de population un aspect satisfaisant.
Les ateliers de Port-Saïd étaient maintenant complètement installés et pouvaient rivaliser comme dispositions d'ensemble et de détails avec les bons établissements métallurgiques de TEurope. La création de ces ateliers se justifiait parla nécessité impérieuse où se trouvait la Compagnie d'avoir au début, sur les lieux mêmes, des moyens puissants de réparer son matériel sous peine de le voir péricliter au grand préjudice des travaux.
L'exploitation des ateliers de Port-Saïd avait eu pour objet principal pendant le cours de l'année : l** le maintien en bon état de travail des dragues précédemment montées; 2^ le montage des dragues nouvelles, dans l'installation desquelles l'expérience du passé avait été mise à profit; la construction d'un nombreux matériel de transport ; un ensemble de travaux pour les bâtiments.
D'autres ateliers moins importants que ceux de Port- Saïd avaient été organisés à Ras-el-Ech, à El Guisr et à Ismaïlia.
Quels que fussent les résultats obtenus par la vigoureuse installation des ateliers de Port-Saïd, on ne pouvait méconnaître pourtant que si leur création avait été une condition indispensable à la mise en train des travaux, maintenant que tout le matériel approvisionné dès l'origine était à peu
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près monté, que Ton n'avait plus d'incertitude sur la nature des appareils qu'il convenait d'employer et sur la force à donner à leurs organes, que l'œuvre du canal, mieux connue et mieux appréciée, était l'objet de sollicitations de grands établissements d'Europe désireux de prendre part aux travaux, la Compagnie devait, en raison du prix élevé de la main-d'œuvre des Européens en Egypte et des conditions onéreuses de travail qui en résultaient, tendre moins à développer qu'à restreindre la fabrication directe dans les ateliers pour faire intervenir le plus possible le concours de Tiadustric privée.
C'était dans cet esprit que la Compagnie avait conclu des marchés avec la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée et avec la Maison Gouin et C' de Paris, pour la fourniture de 20 dragues puissantes et de 20 grues à vapeur, destinées à compléter les dragues en leur fournissant le moyen de porter jusque sur la berge les produits des dragages; et c'était dans le même esprit que se préparaient des projets de marchés pour la fourniture du plus grand nombre des pièces de rechange de ces machines.
Il importait de mettre la Direction générale des travaux, établie à Ismaïlia, en communication rapide avec toute la ligne des travaux, avec Alexandrie, siège social de la Compagnie, où résidait l'Agence supérieure, et avec le Caire où se trouvait Tlntendance générale. La prompte connaissance des besoins de toute nature et la non moins prompte exécution des ordres constituaient en effet un des moyens les plus efficaces et les plus puissants d'assurer la bonne marche d'un travail. Dans ce but, une ligne télégraphique avait été établie entre Ismaïlia et Zagazig, extrémité des lignes télégraphiques du Gouvernement égyptien communiquant avec le Caire et Alexandrie. Deux autres lignes télégraphiques partiraient d' Ismaïlia pour se diriger, l'une sur Port-Saïd, en suivant le Canal maritime, l'autre sur Suez, en suivant le Canal d'eau douce.
250 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
11 était pourvu au service des approvisionnements et des transports à Tintérieur par une Intendance générale à la tête de laquelle avait été placé M. Angot, ancien intendant militaire de l'armée française.
La Compagnie avait à Port-Saïd, à El Guisr et à Ismaïlia des chapelles et des mosquées consacrées aux cultes chrétiens et au culte musulman, et desservies par des prêtres latins, grecs et arabes. Les imans faisaient l'office de juges de paix pour les indigènes, faisaient les actes et contrats de mariage ou de divorce, et relevaient du grand muphti du Caire.
(Suivaient des renseignements sur le service des magasins et des transports à l'intérieur et sur le service de santé. Ces renseignements sont donnés avec plus de détails au chapitre ci-après de la description des travaux.)
Résiliation de f Entreprise générale. — La modification suivante avait eu lieu dans les services de l'exécution des travaux :
Le personnel de l'Entreprise générale se trouvait en présence d'une seconde administration, celle des ingénieurs de laCompagnie chargés du contrôle. Ce dernier personnel qui, chaque année, prenait naturellement plus d'importance, de force et d'expérience, avait paru suffisant à laCompagnie, en le fusionnant avec une partie de celui de l'Entreprise, pour assurer la bonne marche des travaux.
La Compagnie avait voulu par là éviter les graves inconvénients d'un antagonisme de direction qui commençait à se produire et elle avait eu aussi pour objet d'opérer avec une plus grande économie de personnel.
La proposition fut faite en conséquence à M. Uardon de transformer les bases de son contrat. A cette proposition, M. Uardon répondit : « Avant tout, l'œuvre du canal à laquelle je resterai toujours dévoué ; je ne veux pas que ma personne cause des embarras à la Compagnie. »
Après avoir étudié plusieurs combinaisons qui ne purent aboutir, la Compagnie avait linipar appliquer Tarticle 24 du
traité du 29 février 1860 (article relatif à la résiliation du traité).
La liquidation se faisait pour le classement et l'application des dépenses; car, en ce qui concernait la réalité de ces dépenses, les pièces justificatives avaient été produites à la Direction générale des travaux.
M.Alfred Feinieux (le fondé de pouvoirs de Tentrepreneur général), qui avait été un des meilleurs collaborateurs de l'œuvre aux époques de l'activité première et des grandes difficultés du travail, était à la tête de cette liquidation, à laquelle donnaient exclusivement leur temps les chefs de campement ou d'ateliers qui avaient fait les dépenses. Avant la clôrture de ce travail, personne ne pouvait se prononcer sur la régularité des comptes.
Quant aux chefs et employés de M. Hardon, la Compagnie avait été heureuse, avec le concours de leur patron, de les faire passer dans ses rangs autant qu'il lui avait été possible, d'abord pour les services qu'ils pouvaient rendre dans l'avenir, ensuite, pour montrer à tous que, dans les modifications que des intérHs supérieurs lui imposaient, la Compagnie ne perdait jamais de vue le souvenir des services passés.
Organisation des services des travaux pendant l'année 1862 *
MODIFICATIONS A l'oRGANISATION DE l'aN.NKP: PRKCKDENÏE
8, 11 février. — Nomination dt» M. Viller, ingénieur des Ponts et Chaussées, comme ingénieur de la Compagnie en Kgypte, en renipla-