‹ Le Canal impérial: étude historique et descriptiveChapitre 12 sur 25 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

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Le lecteur qui aura ieu la patience de me suivre jusqu'ici, doit naturellement se poser plusieurs questions sur Tëtat actuel du Canal impérial. Je v-slis essayer de le satisfaire sur quelques points.

1** Le Canal actuel est-il fréqenté? — Même envisagé comme Yun-liang^hô, ou Canal des transports, il ne laisse point de rendre à notre époque, et malgré l'importance plur grande qu'a reprise la voie de mer, de véritables services pour le transport du tribut.

L'Annuaire impérial fixe encore à 1.432.273 piculs de riz le tribut que le Kiang-nan doit payer à la cour de Pé^king. Quatre à cinq mille barques, divisées en 65 flottilles le transportent par le Canal impérial. D'après le même ouvrage, 24 flottilles transportent aussi 670.832 tan de riz, tribut de trois départements du Tchà'kiang; 13 flottilles 795. 063 ' faîi, tribut du Kiang-si; 12 flottilles, 96.934 tan, tribut du Hou-hoang; 35 flottilles, 221.342 tan, tribut du Ho^nan et 353.963 tan, tribut du Chan^tong (1).

,Cet exposé montre clairement que c'est encore le Canal impérial qui doit fournir à Pé-king la majeure partie de ses approvisionnements. Chacune des barques aflectées à ce service et nommées Liang^mUtch'oan ^Hl ^ ^) ®^* chargée de deux à quatre cents tan seulement. Le Zao-pan ^ ;K, chef de la barque, reçoit du gouvernement huit cents sapèques pour fret par picul, et il lui est loisible de compléter son chargement avec ses propres marchandises qui sont exemptes des droits de douane, et qu'il revend au nord avec grand bénéfice. Le P. Gain qui me donne ces renseignements, a vu maintes fois ces longues files de bateaux partant vers le nord avec les chalands qui les suivent, portant des bois de charpente, du papier, ou de l'huile Vong^yeou jj^ Jgf, produits destinés aux constructions de la Capitale. Au retour, ces barques jouissent des mêmes immunités et parfois elles se char-

(1) On a déjà vu et on verra plus loin encore, que ces chiffres de VAnnuaire^ coraTOP plusieurs autres indications du m^me ouvrage, sont plutôt une donnée théorique que l'expression d'une pratique actuelle,

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gent à tel point, qu'elles ralentissent la marche dans le Canal à moitié desséché, au grand mécontentement des mandarins charges du convoi. Annuellement elles ne font au plus qu'un voyage : chaque année, le 2* jour de la deuxième lune, une de ces flottilles lève l'ancre à Fan-choei fH 7|c, dans le Kao-yeou, et n'arrive pas à Pé T'ong-tcheou avant la huitième lune.

Descendent aussi le Grand canal, comme je l'ai dit plus haut, depuis Lou-lcha près de Chno-pé jusqu'à I-tcheng, tous les gros bateaux chargés de sel qui viennent de (Nan) T'ong^tcheou et de T^ai'-tcheou ; et ils sont très nombreux.

Le Canal impérial est la route qui mène à la Capitale. Autrefois tous les mandarins la suivaient. Aujourd'hui ils se divisent; les uns prennent le steamer à Chang-hai pour T'ien^tsin ; les autres font encore leur voyage sur le Canal. Une jonque mandarinale. vrai palais flottant, les conduit de Yang^tcheou à Ts'ing^ kiang-p'ou (1).

Les mandarins supérieurs à partir du degré d'Intendants (Tao^Vai ^ ^) jouissent du privilège 4'y faire remorquer leur embarcation par une chaloupe à vapeur.

Arrivés à Ts'mg-kiang-p'ou, les voyageurs 'à destination de la Capitale se partagent encore. Cetlx qui se sentent pressés pat le temps ou le besoin d'économiser, louont un char k deux roues qui les cahote jusqu'à Pé-hing ; c'est un ruban d'environ mille huit cents H (2). Comme un chemin de fer leur serait là bien uti-

(1) T^siuff-kiatiffp'ou reste h ôpoqu*» i^efnjmriiijn le j^ltis ootisidérablc U* loiiff du Grand canal :1.\ résident lo Taao-rai^^ M SU ■ » "" Tchrnraif^ vk^W avec de nombreux camps établis dans la campapfue cnvironnaTitc,un Trio-^'iri, Intendant réponaidu fH g^ jff^» Là fut établi un des premiers postas téléprrapbiqnes; c'est lA qu'aboutissent toutes les barques desceudues de la ffoai, A l'Ou.'st, celles venus du Nord parle Chan-tong, ainni que* du Sud pivrla voi.» du Kinvg. Au lîourg de Sipa \S JH) » situé à C ou 7 H Nord de T'ning-Jnnng^ se trouvent les imnienaes entrepôts de sel apportés de la plape de HifitirhroH par le Ynn-yen-ho du Nord : chaque année, en Juillet et en Août, ce canal est mis en commuication avec 1»* Canal impérial, pour lo déchai-per de s<»n trop plein : iL cette époque les barques ont libre accès à travers le barrage ,qui durant le reste de Tannée cmpAche la communication entr.» les deux canaux.

Do T''swg»kiang, en toute caison, et surtout on hiver, |3.iHent dant; la din*ction du Nord etduNoid-oueKt, v<»'*3 \q Gh an-ton g et le Ilo-nan^ de nombreux convois de chars et do brouettes: il n'est pas rare de renconti*er su:- et s routes une suite de cinquante chars, louéa par un mandarin, pour «ec ^zuk et ses bagages.

L'importance exceptionnelle de cette station, est tellement notoire que depuis plusieurs années, on parle, :\ toi-t ou à rAhoiijtVmxaettlement sollicité parles Allemands et les Américains.

(2) L'n de ces chars attelé de deux mules peut conduire un voyapeur de Taing-kiang à Pf-king avec bagaffc-s ordinaiiV.^, en quinze ou Aingt jours 'selon le temps et la baison),à raison d'une vingtaine de taels, nourriture du voyageur comprise, 2 repas par jour avec un luxe de six plats (san-noii 9nn-horn ^ ^ ^ J$J'

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le ! Mais Confucius n'a point enseigné à en faire. Et aujourd'hui les habitants du Chan^si meurent de faim, parce qu*il n'y a point de route pour leur expédier des vivres promptement et économiquement. Le journal du jour publie qu'un chansinois vient de mourir, après s'être nourri de la chair de sept hommes décédés.

Les heureux du siècle, qui ont à leur disposition le temps et l'argent, continuent leur voyage à Pé-king par le Yun-ho sur leur palais flottant. Ils se procurent la jouissance de sensations diverses dans les péripéties de leur long voyage ; ils auront de nombreuses écluses à passer.

Il y en a quatre dans le Kiang-sou. La première est tout proche de la porte orientale de Ts'ing-ho-hien jj^ {pf S|- Elle iS'appelle TsHng-kiang^tcheng-tcha fljf Jï JE WB- Elle remonte au règne de Yong^lo ^ |J| de le dynastie des Ming. Plusieurs fois réparée, elle changea souvent de nom; K'ienAong lui a donné celui qu'elle porte aujourd'hui. Tao~koang a fixé la largeur de son ouverture à vingt-deux pieds.

La deuxième est connue du peuple sous le nom de Lao-euitcha ^ ZI W- Les livres l'appellent l'écluse de l'heureux passage, Fou^hing^tcha j@ ^ ^. Elle fut construite la 2" année de K'ien^ long avec une ouverture de même dimension que la précédente.

La troisième T'ong-tsi-tcha K j^ R| a été construite la même année et ressemble aux deux autres.

La quatrième est de beaucoup la plus importante. C'est T'ienfei^tcha 5^ ^ H l'écluse de l'Épouse du ciel. Les géographes l'appellent aussi Hoei^tsi-tcha |î IH R|- Plusieurs fois elle a changé de place et a été souvent réparée et même reconstruite à neuf. Elle se trouve à une vingtaine de H de Ts'ing-kiang, sur /la rive droite de l'ancien lit du fleuve Jaune. Sa principale destination était de régler le cours des eaux de la Hoai au passage du fleuve ; c'est le point de jonction de ces deux grandes artères fluviales. La Hoai donnait au fleuve Jaune le;s trois dixièmes de ses eaux, le reste alimentait le Canal du transport : aujourd'hui elle s'y déverse entièrement ; mais comme son niveau est plus élevé que celui du Canal, il faut le service des quatre écluses pour l'abaisser peu-à-peu. Dans le Chan-toug il y a encore deux fameuses écluses. C'est Fen-tchoei-tcha à Tsi-ning^tcheou iff ^ jil\ et Lin-teingf-fca Q| if| ^ dans le Tong^tch^ang-fou HH ^ f^- Ce n'est pas une petite affaire pour les jonques que franchir ces écluses. En voici une en présence de T'ien-feUtcha: quatre-vingts à cent individus se présentent pour remonter l'embarcation ; les uns portent des gaffes: les autres des câbles pour les cabestans; tous crient beaucoup. Il faut s'entendre avec le chef et convenir des milliers de sapèques qu'il faudra payer. Tout est prêt : de l'un et l'autre côté les cabestans sont armés ; les uns tirent, les autres poussent, les fervents dévots parmi les passagers sont dans la pagode T'ieri'fei'-miao ^ j& M^ priant le T'ié-niou ^ ^ bœuf de

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fer, de les assister. Malgré tant d'efTorts 4e bateau monte lentement ; souvent la violenco du courant le fait reculer. Enfin un cri suprême se fait entendre, le tam-tam redouble et précipite ses sons aigus, la barque est à moitié passée. Encore un coup et la voilà dans le bief supérieur. Ce coup est donné et tous ces gens en guenilles de jeter leurs instruments et de courir à la distribution des sapèques. La descente est plus facile et plus rapide, il faut moins d'hommes pour retenir le bateau. Néanmoins il arrive assez souvent que le pilote maladroit heurte et brise son navire contre la paroi de Técluse. Tout n'est pas plaisir à voyager.

Sur le Canal impérial il y a des barques à louer pour tous les goûts et pour toutes les bourses, grandes et petites, riches et pauvres. Vous aimez la solitude, prenez une barque pour vous seul; elle ne vous coûtera ]*as un millier de sapèques pour toute la journée. La batelière vous offrira son riz et ses herbes moyenmant trente-trois sapèques par repas, et vous cuira aussi vos propres provisions. Si vous voulez y passer la nuit, étendez votre lit et vous dormirez biea tranquille. Vous préférez voyager en compagnie, montez sur cette barque diligence; tout le monde y peut prendre place à raison d'une sapèque par H. Vous avez des marchandises à transporter, cherchez Tembarcation qui vous couvient, assurément vous la trouverez.

Des barques sur le Canal impérial ! On en compterait par centaines de mille. Rien qu'à Yang-tcheou^ à Tépoque du nouvel an, on en voit une file de douze à quinze H, toutes ancrées au rivage. Il en est de même, proportion gardée, le long des autres villes et des très nombreux bourgs situés sur les bords du Liangho. Si, aux embarcations de transport, on ajoute celles des pécheurs et autres petites gens qui vivent sur le Canal : on arrivera à un chiffre dont rien ne donne l'idée dans les contrées d'Europe.

2. La navigation sur le Canal est-elle facile (1)? — La sèche'

(1) Avant réuumération d«s ciiiisi'.s <iui peuvent retarder ou mémo emprcber moin t*ntanénietit la navigation du Canal, je citerai uu exemple récent, qui complétera et rectifit-ra les informations précêd'titos et servira dt* ty^ie pour ce voyage au long cours.

Les chillns et les détails que je vais donner sont tirés de la Gazette de Pé-king, et nous donnent le mouvement du riz du tribut sur le Canal impérial pendant Tannée 1892

Laditf année, le Kiaut/son Sud a envoyé 105.700 piculs, par 370 barques, divisées »«n 8 détachements, et le Kiang-suic Nord 115.800 pic. par 451 barques, formant 10 sections. En tout 827 barques portant 221.500 pieuls. — J'ipfnore quel fut cette m^me année le montant de; t«nv()is du Chan-touff, mais pour Tannée précédente, 1891, je trouve mention d'un départ de 1G0.332 pieuls. déduction fait»' des remises accordées par Tempereur, pour n'eoltos insuffisantes.

C'i'St donc un effectif de plus de niillv barques voyageant de couservc, et rappelant encore, quoique d'as.mz loin, les bi aux jours du Canal.

Cf.> chiffres indiquent une reprise dans IV'tivité du Canal, qu'on avait uégligé d'uti-

resse et la glace Ta rendent quelquefois impossible. Le 30 juin 1876 j'ai vu à Ma-t'eou ^ ^ \e Canal à sec dans la branche Tchong-yun-ho 4* tS M* ^* partie méridionale n'avait qu*un filet d'eau d'un à deux pieds; encore les campagnards le disputaient aux voyageurs. Ils travaillaient à lui faire passer la digue pour arroser leurs rizières desséchées. Leurs norias placées en étagères, fonctionnaient le jour et la nuit sous les pieds de vingt à trente individus en caleçons courts. Quelques femmes étaient mêlées à eux. Pour leur rendre le jarret plus alerte^ un homme de la bande frappait en mesure du tam-tam et chantait un refrain

User pendant plusieurs années pour le transport du riz. Dans la Gazette du 26 Mai 1891, nous lisons un mémoire du Vice-roi de Nan-kimg, annonçant le départ par le- Canal de 136.3S0 pic. Grandes difficultés pour trouver des barques, i\ cause : 1® du peu de profondeur des eaux dans le Canal ; 2** do la difficulté de traverser le fleuve Jaune ; 8** de l'abandon partiel des transports pendant plusieurs années. — C'est assez dire qu'à notre époque, les conditions du transport du tribut varient d'une année à l'autre. En 1874, suivant M. H. Playfairf?. sup. cit.)^ de 1.302.356 piculs de grains arrivés à Pé-king et To7igtcheou^ il n'était venu par le Grand canal que le chargement de C70 bateaux. On peut voir du moins que, dès cette époque, la section du Canal située au Nord du fleuve Jaune, et trouvée en 1868 par M. Elias hors d'état de service, avait été réparée et rendue à la circulation.

En 1892, toujours d'après le king-pao M %) le Kiang-sou complétait par la voie maritime, le transport des son tribut en riz : 129 jonques, réparties en 3 escadrkles, partaient de Ou-Bong pour T'im-taiu, les 3, 8 et 23 Mars, chargées de 326.591 piculs, et la compagnie Tchao-cliang portait en outre 381.000 piouls. — Quant ii la province du Tchéhia/ngy elle expédiait partie sur des voiliers, partie sur des vapeurs, les 499.000 pic. dont elle était redevable à la capitale. — D'autres provinces, comme le Kiong-si (1853), ont vu depuis longtemps leur tribut en nature converti en une taxe d'argent.

Voici maintenant l'état des travaux extraordinaires entrepris la mCme année le long du Canal pour faciliter le passage de cette flotte : 1° Vers Tsi-niug tcheou W -9^ Jn' le Canal a été curé sur une longueur de 140.520 pieds. Coût 35.844 Taëls, payés par la Trésorerie du Chantong. 2* Vers Lin-ts*ing tcheou |qS jff /M» section de plusde'JOO/* h. draguer ; travaux considérables à cause de la quantité de dépôts faits parle fleuve Jaune qu'on y laisse entrer : digue il refaire A, Tac-tch^mg-pou ; à Lin-ts^itig tcheou, bief de 6.200 pieds de longueur il développer. Coftt 49.814 Taëls.

Suivons enfin l'itinéraire du convoi. Vers le commencement d'Avril, toutes les barques du Kiaug-aou (827) sont arrivées à Ts'ingkiang, des différent.*; points de départ; le S, toutes avaient franchi les quatre écluseç proclies de cette ville. — Du 28 Mai au 5 Juin, le convoi arrivait sur le territoire du Chan-tong. Eaux basses, voyage difficile. — Du 11 au 17 Juin, il passait devant Tui-ning tchaou. — Le 3 Juillet, il atteignit Che-U-poUy où l'on traverse farcilement le fleuve Jaune, dont le niveau d'eau était plus élevé que celui du Canal. — Le 18 Juillet, toutes les barques sont sur l'autre rive t\ Tao-ich^cng-pon. — Le 9 Août, on double Té-tnheou ^ t\ • Beaucoup d'eau dans la rivière IVei ; aussi y entre-t-on facilement.

Un mot sur le retour des mômes bateaux : le 30 àSept., ils atteignaient Lin-tsHng ; eaux de la TV ci* plus basses que olles du Canal ; passage pénible achevé le 17 Oct. — Lei Nov. le fleuve Jaune est passé, et le convoi gagne le Sud.

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connu, auquel tous répondaient en cadence. C'était bon pour distraire le voyageur, mais le Canal se vidait, et les barques ne pouvaient plus avancer. A Fan-c/ioei il y en avait une longue file, envasées. Un missionnaire envoya sa carte au directeur de Técluse, le priant de la fermer; un filet d'eau permettrait à ces nombreux voyageurs de continuer leur route. L'écluse fut fermée, mais pas longtemps ; les ménagères du Hia^ho vinrent crier qu'elles n'avaient point d*eau pour faire cuire leur riz. Les nacelles purent se frayer un passage, mais les barques un peu grandes n'avancèrent pas loin. Celle des missionnaires dut être traînée par trente-neuf hommes vigoureux Tespace de trois lu Une drague creusait le Canal.

Cette année 1893. en janvier et février, le Canal fut pris par la glace durant quinze à vingt jours ; les piétons le traversaient en toute sûreté. Les brouettiers et les âniers garnèrent de quoi payer leurs dettes, mais les pauvres bateliers se serraient les flancs et brûlaient de Tencens pour faire soufTler le vent du midi. Ces cas de sécheresse ou de froidure extrême sont rares : ' ici généralement la glace de la nuit se fond au soleil de midi et la navigation sur le Canal est rarement interrompue. En janvier, les eaux sont basses, mais partout elles ont au moins deux ou trois pieds de profondeur. Leur niveau s'élève au mois de juin, lorsque la fonte des neiges des montagnes a grossi les rivières et les lacs. Il s'élève quelquefois, comme nous l'avons vu, jusqu'à quinze et vingt pieds, et même davantage.

Lorsque le vent enfle la voile, la route, qui n'offre presque aucun détour, se fait comme par enchantement; les bateliers dans la jubilation se reposent et dorment d'un œil ; mais souvent il faut naviguer contre le vent et le courant. A moins de pluie et de grands vents, le bateau doit marcher. Sur la digue, soit à droite, soit à gauche, il y a paatout, à l'exception de cinq H dans le lac de Chao-pé qu'il, faut traverser à la rame, une route de halage. Les gens de la barque, hommes et femmes, jeunes et vieux^ tous, à quelques exceptions près, tirent tour à tour la galère depuis quatre ou cinq heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. On a parcouru du 80 à 90 H.

Ce qui ennuie surtout les mariniers tirant à la cordelle, c'est de dépasser les bateaux à l'ancre et munis de leurs .hauts mâts. Quand ils sont très nombreux, comme auprès des villes et des gros bourgs, les matelots remontent tous à bord et manœuvrent avec les gaffes ou les rarmes. Il est rare que le voyageur ne puisse continuer sa route. Cependant si son navire est chargé de marchandises, il doit s'attendre à être arrêté aux douanes.

Les douanes en Chine sont très nombreuses; à chaque dix ou quinze li il y en a une ou plusieurs sur le Canal. Les unes sont impériales, les autres sont mandarinales. Le produit des premières est destiné au trésor de l'empereur. L'Annuaire de

l'empire répartit les revenus de ces douanes de la manière suivante: aux portes de Pé-king les droits d'entrée et de sortie s'élèvent à 103.480 taëls, qui sont perçus par un Commissaire impérial KHn^tch'ai H ^.

La douane de Lin-ts'ing'tcheou dans le Chan^-tong rapporte 29.600 taëls. C'est le Fou-itai de la province qui l'administre par un mandarin qu'il qu'il délègue.

Le produit de celles du Kiang-sou monte à 457.994 onces d'argent. Les deux du Hoai^ngan-fou, situées l'une à Pan-tefeahoai-koan 4K M ffl Mi l'autre à Sou-ts'ien |§ ^, sont confiées à un Commissaire impérial qui verse annuellement à la cour 201.960 taëls.

Dans le Yang-tcheou-fou, la douane de Tch'aO'hoan^men ^ gg P^ paie au gouvernement 55.722 taëls et les deux de I-tcheng et Koa-tcheou, seulement 7.656. C'est l'Intendant Tch'ang^tchen-tao i^ ^ ^ qui les administre. À Sou'-tcheou le mandarin administrateur des soies impériales, Tche-tsao ifjî jg, cumule la direction de la grande douane. Chaque année il doit verser à l'empereur 192.660 taëls.

Le mandarin du même titre, Hang-tcheou Tohe^tew iffî jf\ IJHt jg, administre aussi la douane de cette cité qui produit un revenu de 122.660 taëls.

Telles sont les principales douanes impériales qui se trouvent le long du Canal. Ces douanes mandarinales ne relèvent que des mandarins locaux. 'Souvent établies pour un motif temporaire, elles ne devraient subsister que temporairement, mais on les fait durer en vertu de l'habitude ; les nouveaux mandarins veulent parfois ajouter de nouvelles charges, jusqu'^ ce que le peuple en révolte chasse les douaniers et brûle la chaumière qui les abritait. L'œil exercé du gabelou distingue facilement les bateaux qui doivent stopper et payer les droits.

Tous les mandarins grands et petits passent en toute liberté. Souvent même le chef de la douane doit venir en habits de cérémonie présenter ses hommages à son supérieur en voyage.

Combien de personnages, pi-us ou moins renommés, envoient leur carte au Lao-yé ^ ^ du poste et passent sans être arrêtés ! Autrefois toutes les barques qui conduisaient les candidats universitaires aux examens étaient affranchies, mais les douaniers s'aperçurent que beaucoup de faux lettrés n'allaient à Nan-king, à l'époque des examens, que pour faire un commerce plus lucratif; le privilège fut retiré il y a quelques années. Néanmoins, qui oserait aujourd'hui empêcher un vrai lettré de se charger comme auparavant des marchandises qu'il vendra, pour payer son écot? Il est une autre classe de voyageurs que les douaniers laissent aussi passer tranquilles, ce sont ceux qui montent des bateauxdiligences à raison d'une sapèque par li. Leur valise ne vaut pas rinspeotion. Mais voici une barque lourdement chargée; elle porte

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du riz, du bois, de la paille, du sel ou n'importe quelle marchandise : tout est soumis aux taxes douanières. Elle doit stopper au rivage et se laisser visiter. Ici, arrêtez-vous un moment et faites une étude de mœurs : voyez comme chacun s'industrie. Le commerçant cache une partie de sa marchandise; le gabelou retient une partie des droits perçus; le chef de la douane ne fait entrer dans ses comptes qu*une partie des recettes, et le mandarin receveur général ne verse au trésor que ce qu'il ne peut conserver. Pour ne rien perdre de leurs droits pendant la nuit, les douaniers vers huit ou neuf heures du soir jettent un barrage en bois en travers du Canal; on ne Tenlèvera que le lendemain vers le lever du soleil. Si quelque personnage important demande h passer, on Tentr'ouvrira seulement pour sa jonque; tous les autres voyageurs devront attendre et parfois assez tard que les douaniers aient fait leur toilette et commencent leurs fonctions. Comme ils sont soumis, ces bons Chinois!

3. Y a-t-il des ponts sur le Canal? — Un pont exige toujours des dépenses considérables pour sa construction et son entretien et retarde la circulation des barques. Pour ce double motif on a évité de les multiplier sur le Yun-liang ho, et même on n'en rencontre aucun du fleuve Bleu à la limite du Kiang-sou,

A toute minute on trouve des bacs pour traverser le Canal ; beaucoup d'entre eux sont entretenus par des sociétés de bienfaisance ; alors tout voyageur peut passer gratis avec sa mQnturc et ses marchandises. Ailleurs il devra donner une ou deux sapèques pour prix de son passage. A quatre H au nord de Yang-tcheou, il y a pour bac un pont de bateaux : c'est surtout pour le service des cinq cents militaires qui habitent la caserne de Ou-i'ai-c^an 3£ 2 tll- Quatre hommes de service Touvrent et le ferment toute la journée selon le besoin des barques ou des piétons. Sur les écluses qui commencent à Ts'ing-kiang, se trouve un pont mobile de quinze à vingt pieds. Ou le tire lors du passage des bateaux à haute mâture. Dans le Yun-yen ho et autres canaux fréquentés par de grosses jonques, on a aussi construit des ponts dont le milieu est mobile : il se compose de deux poutres sur lesquelles glisse un plancher. Lorsqu'une barque veut passer sans abaisser son mât, elle s'annonce au son du tam-tam; quelques personnes arrivent, tirent le plancher, puis les poutres, et le passage se fait sans difiiculté moyennant quatorze sapèques; si vous les refusez, quand vous repasserez, le pont restera en place. Dans le l'angtcheou fou le nombre des ponts est très considérable, mais il n'y a guère de remarquable que le Wan^fou^k'iao % H ^ «Pont des dix mille félicités». Entre Yang-tcheou et Sien-niu-miao tlll ]^ JK preiîiier bourg du département, coulaient depuis nombre d'anées de petits ruisseaux formés des eaux qui s'échappaient par les écluses Fong-hoang IL )E et Pi-hou ^ ^. Chaque année ils grossissaient; sous le règne de K'ien^long Tun d'eux avait déjà

quatre cents pieds de largeur. Les inondations de Tao^koang lui en donnèrent jusqu'à mille quatre cents; souvent les barques qui faisaient le bac étaient emportées par la violence du courant e1 disparaissaient dans le gouffre. La population effrayée demanda un pont. I es mandarins locaux, autorisés par la cour, imposèrent les contribuables et les barques.de sel. On commença la construction du pont la 23" année de Tao-koang (1843) et on la termina seulement en 1852, la deuxième année de Hien-fong. Peu de tçmps après, les Rebelles s'emparaient de Yang-tcheou; pour leur fermer la route de T'ai-tcheou, on rompit le pont «des dix mille félicités». On le reconstruisit la 6* année de T'ong-tche (1867). Sa longueur ^eule le rend remarquable; il mesure cent cinquante deux toises divisées en soixante-dix arches. A peu de distance, coulent dans la même direction deux autres fortes rivières sur lesquelles sont jetés les ponts appelés Che^yang k'iao ^ ^ ^ et K'ong-kia^keou k'iao 7t ^ Jll W- ^®^ trois courants et d'autres encore réunissent leurs eaux en aval de Tchen-kiang ^ ^ et forment le Siao-kiang h]\ Ùl «Petit Kiang (1).»

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