Les voyageurs sont-ils en sûreté sur le Canal impérial
Il est bien rare d'entendre dire qu'une barque ait été dévalisée dans le Canal. Le jour personne n'oserait attaquer : les gens s'y pressent comme dans un quartier populeux d'une grande ville; les brigands qui tenteraient un mauvais coup ne pourraient s'esquiver. Pour la nuit laissez faire votre tch'oan-lao-'pan ^ ^ j^, chef de barque : il connaît les bons mouillages. A peine aura-t-ii jeté ses ancres, que le ta^keng fl* H, veilleur de nuit, viendra lui demander ses sept sapèques de salaire et s'engagera à annoncer les cinq veilles au son de 'ses deux bambous retentissants. De plus, le long du CanaK sont échelonnées des barques militaires qui elles aussi tambourinent toute la nuit pour annoncer qu'elles sont toujours prêtes à voler au secours de quiconque en aurait besoin, Tout voyageur peut donc reposer doucement sur son oreiller.
5. Y a-t-il au nord du fleuve Bleu des arroyos, canaux ou rivières secondaires, débouchant dans la mer et permettant aux bateaux de communiquer avec l'intérieur des terres? •
Il y en a plusieurs, mais je ne pense pas qu'aucun puisse communiquer avec le grand Canal : ils en sont trop éloignés. Ils sont peu larges et peu profonds, fréquentés seulement par les barques du pays qui font le transport des marchandises venues par les bateaux de mer. Dans le Kiang^sou il y a cinq de ces arroyos.
Le premier se jette à. la mer à la distance de trois cents H de Yeri'-tch'engj chef-lieu de sous-préfecture dans le Hoai-ngan^fou.
(I) Il n'est pas rare de voir des bandes de marsouins y prendre leurs ébats.
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Les grands navires ne pouvant entrer dans le chenal, s'ancrent au rivage et transbordent leurs marchandises; les barques ordinaires continuent leur route et arrivent à la porte orientale de la susdite cité ; là. il se fait un très grand commerce. Trois ou quatre jours plus tard on sert sur les tables de Yang^tcheou les châtaignes, les poires et autres fruits arrivés du Chan^tong . .
Les .quatre autres arroyos du Kiang-^sou se trouvent dans Tarrondissement de HaUicheou ^ j^. L'un a son embouchure à Yen^choei-h^eou 9| ^ D» À la distance de plus de trois cents li de cette ville. On ne voit guère là que des barques de pêche.
Le deuxième a son embouchure à Lm-hong-ft'eoic B^ ^ Di distant de cent quatre-vingts h* de HaUtcheou. Là aussi les bateaux de mer ne peuvent entrer; c'est un simple entrepôt de sel.
Sin-'p'ou-k'eou ^ f^ Di embouchure du troisième, est à cent soixante li de Hai-tcheou : on peut s'y embarquer pour Chang-hai. Les navires abondent au rivage ; le commerce y est très actif au printemps et surtout à Tautomme, époque de la vente des céréales. Plus au norci, à T'sing-k'eou ^- P, distant de douze li de Kan-yu jj|^ ;|D[, cheMieu de sou s- préfecture, se trouve Tembouchure du quatrième arroyo du Hai-icheou, On y fait comme a Siri" p'ou'h'eou, un grand commerce de poissons, de porcs salés et de céréales. On y trouve aussi des bateaux pour Chang-hai. 6. Y a-t-il quelques curiosités le long du Canal? Les Chinois admirent, après Tavoir beaucoup redoutée, la ligne du télégraphe qui longe presque partout le Canal, impérial. Les fils et les poteaux furent posés par un agentd'une compagnie danoise en 1881. L'année suivante, le télégraphe mettait en communication Chang-hai, Sou-tcheou, Tchen-kiang, Yang-tcheou, T'fiing'kiang', Tsi-ning, T'ien-tsing et T'ai^kou. Chaque jour on apprend à apprécier davantage ses services; aussi les stations télégraphiques se multiplient et se rapprochent de plus en plus.
Les petits remorqueurs qui sifllent dans le mofiillage de Yang-tcheou, attirent aussi beaucoup l'attention des Chinois (1). Plusieurs grands commerçants ont déjà tenté d'établir un petit service de navigation à vapeur de Tchen-kiang à Yang-tcheou^ mais la politique du gouvernement persiste à s'y opposer comme à la construction des chemins de fer. Le colosse chinois avance lentement dans la voie du progrès et de la civilisation. Remontez le grand Canal de Hang-tcheou k Pé-king, visitez les cités, examinez bien et vous trouverez la Chine intérieure telle qu-elle a été dépeinte, il y a deux cents ans. Je me trompe, elle a beaucoup dégénéré.
Les ruines faites par les Rebelles à longs cheveux Tc^hangmao ^ ^1 se relèvent difficilement. A part les pagodes dont
(1) J'en ai vu remonter au delà du THen-fei-tchay la plus difficile à franchir de tontes les écluses.
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quelques-unes ont repris un air coquet, et quelques upuveaux hôtels, bâtis par des mandarins supérieurs en retraite, vous ne trouverez aucun monument qui mérite votre attention. Voyez bien cette tour située au midi de Yang^tcheou. C'est un emblème : à son origine elle faisait la gloire de la cité ; elle excitait la verve des poètes de la localité et la curiosité de tous les passants. Aujourd'hui, objet de honte et de tristesse, ce n'est plus qu'un squelette. Les T^chang^max) ont brisé tous ses ornements, et depuis trente ans on n'a pas dépensé une sapèque pour la réparer. L'opium est un poison lent qui produit soa effet : il ne tue pas subitement les individus, mais il éteipt souvent les familles. Un jour, la vieille Chine pourra bien en mourir, mais elle ressuscitera et se développera ensuite admirablement au soleil du divin Rédempteur des hommes et des nations. Déjà le Seigneur du Ciel est adoré dans de nombreux temples le }ong du Canal impérial.