‹ Le Canal impérial: étude historique et descriptiveChapitre 2 sur 25 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

GENERALITES.

Ainsi que Tobservaient au commencement du dernier siècle les anciens missionnaires de la Chine, «si cette contrée jouit d'une «heureuse abondance, elle en est redevable non seulement à la «profondeur et à la bonté de ses terres, mais encore plus à la «quantité des Rivières, des Lacs, et des Canaux dont elle est ar- «rosée. Il n'y a point de Ville, ni même de Bourgade, sur-tout «dans les Provinces Méridionales, qui ne soit sur les bords ou «d'une Rivière, ou d'un Lac, ou de quelque Canal (1).»

Baignée au sud et à Test par l'Océan, la Chine est traversée par de nombreux fleuves dont plusieurs rivalisent avec les plus fameux cours d'eau du globe. Ses lacs sont des réservoirs d'une immense capacité, et ses rivières sont innombrables. Non content des ressources que lui offraient les cours d'eau naturels, le Chinois, dans la lutte opiniâtre pour la vie que lui a imposée la fécondité de sa race, a par son industrie, multiplié les ressources que lui offrait la nature, et développé au moyen de canaux artificiels, les voies d'eau servant aux transports et à l'irrigation. Le nombre des canaux que ce peuple canalisateur a creusés est incalculable. Les uns iacilitent ses voyages et le transport de ses marchandises (2), d'autres fertilisent ses rizières et ses campagnes, tous lui procurent en abondance des poissons de toute espèce.

(1) Description de Vempire de la Chiney par du Halde, T. II.

(2) Depuis que les vapeurs ont facilité les relations par mer, on n'use plus pour le voyage de Koang-tckeou jR jHl (Canton) il Pé-king 4fc M? de la voie d'eau qui relie ces deux villes, presque sans interruption, du Sud au Nord de la Chine. Elle n'en reste pas moins, pour les communications intérieures, un précieux avantage.

IjC p. du Halde dans sa Description de Vernpire de la Chine (Paris 1735) indique trois itinéraires de cette longue voie d'eau :

Le plus connu comjwrtait une seule journée par terre, «par le mont Mci-ling f^ 'Sî , d'où sort la rivière du Kiang-si ÎL W-» On remontait en barque de Canton à Nan-hiong ^ *fl» pnis on faisait une journée de marche jusqu'à Nan-ngan \^ 3C» oii l'on s'embarquait sur le Kan-kiang ^ jX^et l'on descendait jusqu'au lac P^o-yang ^ W ^^ ^^ fleuve Bleu. C'est le chemin que suivaient ordinairement les missionnaires, se rendant de Macao à la Cour. (Op, oit. T. I. p. 32. et T. II. p. 156). Cf. Mart. Martini. Novus Atlas sinen9i$. p. 4. — P. Le Comte, Nouveaux mémoires. Paris. 1696. T. I. p. 229. — Et (U. pas*

La province du Kiang-^ou ft ^ est uqe des plus riob^^l du royaume. Après le Tçhé^kiang ^ jx ^11^ ^st la plus petite en superficie, mais la densité de sa population, qui atteint peut-être 360 habitants par kilomètre parré, Télève au-dessus de toutes les autres. La fertilité de ses rizières, la richesse de ses salines et beaucoup d'autres de ses produits, lui proviennent incontestablenient de l'abondance des eaux qui Varrosent par des milliers de canaux de toute grandeur.

Des huit grands départements de cette province, celui du Yang^ tcheou fou iSk M ftf ®3^i J^ pense, le plus favorisé par la distribution des eaux. Sa position géographique en est la cause. A Test la mer de Chine baigne de ses flots la sous-préfecture de Tong^ t'ai hien ]£ S^ jH et lui envoie ses marées sfilées qui occupent une nombreuse population de paludiers. Au midi le Yang^tse ki&ng ^ •? tt (1) fertilise les sous-préfectures de Kiang^tou hien iL$HBk et de J'tcheng hien ^ ^ J^\ trois autres sous-préfectures, Paoyng hien Hf ift JUt Hing-hoa hien S^ itM ^^ Kao-yeou tcheou j|[ iE >Wt o^^ peine parfois à contenir dans leurs trente -trois lacs, leurs étangs, Içurs marais, leurs vastes canaux et leurs innombrables rigoles, les eaux du ciel et celles que leur envoie la riviè-

«m. — C'est aussi celni que prirent au 17* Bièclc et on 1794 les ambaspades hollandaises (L'ambassade de la Comimgnie orientale^ par J. NicuboiT. Tx'yde. 1065. — Voyage à Pékin par M. de Guignes. Paris. 1808. T. I. — Journal publié par Moreau de Saint-Méry. Philadelphie, 1797. T. I) ; en 1793 et 1816 les ambassades anglaises (Foyo/yc^» C/i/wr, par J. Barrow. Paris, an XIII. T. III. ^Journal de H. EUis. Tx)ndrf's. »817.); etc.

Le second itinéraire indiqué par le P. du îlalde (T. T. pp. .^2, 34, 85), est à trayerale Koang-si ;JÇ H ^'t le Hou-konng g^ gf- L'auteur donne â'inlvreasantfi détails sur cette voie qui ajoint enbenible et le Fleuve qui va à Kanton se jeter dans la mer, et celui qiii après avoir tru versé la Province du Uou-quang, entre enfin dans le Yang-Ue kiang J0 ^ iH.» Cette voie, qui permet aux barques de communiquer d'un versant à l'autre, est établie au moyen de biefs superposés, pratiqués dans les montages à la hauteur de Hing^

nganhien ^ ^ J||*

Un dernier itinéraire (1. cit. p. 3.5 >, par Chao-icheou fou JSt ?n ni ®t I-tchang hien y jP JBP, présente un portage de «sept do nos lioui*R et demie, de cette dernière ville }uaqvL*k Tcking tcheou ^fi >N|.»

Si à ces voies qui relient le Sud et le Nord de la Chine, on joint l'immense artère du YAng-tae kiang et de ses affluents, qui font communiquer ensemble les provincet de l'Est et de l'Ouest, on voit combien était fondée l'admiration des anciens missionnaires.

(1) Ce fleuve a reçu des Européens le nom de fleuve Bleu, pent-^tre à cause de la limpidité de ses eaux comparées à celles du Hoang-ho j( (9 «fleuve Jaune, auxqueUes le limon qu'il churie donne cette couleur.

Le P. Fr. Jacinto de Deus dans son Vergeï de Plantas et Flores ^1690^ A accepté l'étymologie de «Fils de la mer» donnée également par les premiers missionnaires Jésuites. An chap. IV de son œuvre, il parle en effet de ce agrand rio, que corta e rega muitaa provindas do sol, a que os chinas pelo caudalosq e impctnoso rigor oom que corre chaman t^^VL Yang-t^u-ehiang^ id est, filho do mar.»~Le Père du Halde relève ainsi (Tom.

4 LB aRAND CANAL.

re Hoai */io fH fpf. La sous-préfecture de T'ai tcheou ^ i|tj (1) participe à la fois aux irrigations maritimes et fluviales ; aussi c^est une des plus florissantes ; le sel fait sa richesse. Enfin la sous-préfecture du Kan'ts'iuen hien "^ j^ J|^, dont le territoire est plus élevé et muni de moins de canaux, voit souvent ses campagnes stérilisées par la sécheresse, et ses habitants obligés de chercher des sites plus fortunés. L'immense plaine du Yang-tcheou fou, très peu accidentée et entrecoupée par une infinité de canaux, est une conquête faite sur l'Océan qui chaque jour lui cède quelques pouces de terrain et lui procure de précieuses salines.

Incontestablement les eaux peuvent être une source féconde de richesses, encore faut-il se donner la peine de les utiliser. Qui pourra jamais redire les immenses travaux qu'elles ont demandés aux Chinois, les sommes fabuleuses d'argent qu'elles ont exigées et les affreux malheurs qu'elles ont causés? La suite de ce travail le fera quelque peu connaître. Une autre observation préliminaire bonne à consigner ici, c'est que d'incessantes modifications et parfois les plus brusques catastrophes changent l'hydrographie de toute une contrée, de sorte qu'en géographie ce qui était vrai il y a vingt ans peut ne l'être plus aujourd'hui. Nous verrons plusieurs exeniples frappants de ces bouleversements. Il faut donc se défier des ouvrages composés dans le cabinet avec le secours d'anciennes publications ou des manuscrits de vieille date, tours renseignements de seconde ou de troisième main.

. Du moins dans cette étude que nous consacrerons au Canal impérial, le lecteur ne trouvera que des renseignements pris sur les lieux ou tirés des auteurs chinois (2), plus sûrs dès lors que

II. pag. 175) cette erreur: <(I1 paraît que les Chinois se trompent lorsqu'ils traduisent Yang Ue par le fils de la Mer : carie caractère dont on se sert pour écrire Yang \Jf§} est différent de celui qui signifie la Mer, quoique le son et l'accent soient les mêmes. Parmi plusieurs significations qu'il a, celle qu'on lui donnait autrefois, appuyé cette conjecture: du temps de l'Empereur Fu -jË , il signifiait une Province de la Chine, que ce Fleuve borne au Sud, et il est croyable qu'on lui a donné ce nom, parceque cet Empereur détourna dans ce Fleuve, les eaux qui inondoient cette Province.» Cette note est extraite littéralement d'une lettre du P. Le Comte au Comte de Crécy. (Nouveaux Mémoires. T. I. pag. 234).

(1) Kao-yeou tcheou et T^ai tcheou dépendent de la préfecture jj^ fou comme de simples JH hien^ quoiqu'ils aient le titre de Jn tcheou^ ou de villes de 2* ordre.

(2) Outre les ouvrages généraux d'histoire et de géographie consultés par nous et dont nous croyons inutile de rapporter ici les titres, nous nous sommes aidé dans la rédaction de nos notes, des Chroniques spéciales et des Traités qui suivent :

9f /H W * Yang-tcheou-fou tche. Chroniques de Yang-tcheou. — Jj^ W^ jt] î^ Kao-yeou-tcheou tche. Chroniques de Kao-yeou. — iB fi ™ ® Hoai-ngan-foti tch^. Chroniques de Eoai-ngan — iff 7^ JIb îS TsHng-ho-hden tche. Chroniques de TsHngho-hien. — fH Hf ^ tI ^ H Hoai Yang choei-îi ta^iuen-tou. Bienfaits des eaux du Hoa/i ho et du Yarig-tae kiang. — S /M ^ tS K Yang-tcheou choei tao ki. Voies navigables dans le Yang-tcheou fou.

OiNiRALITÉS.

ceux qui se lisent dans certains écrivains ou compilateurs trop vantés (1).

(1) Ces dernières paroleH ne visent rjue certains ouvrages do vulgarisation, dont les auteurs n'ont point choisi leurs documenta avec une critique assez sûre. Nous rendons justice au contraire, aux vovAiL^trurs sérieux, inibsionnaires et autres, qui d<*imis tiois siècles ont décrit ce qu'iU* ont vu. Bii-n que la préH»>nte étude soit surtout his torique, nous ferons dans ces notes de larges emprunts à ces descriptions consciencieuses.

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