‹ Le Canal impérial: étude historique et descriptiveChapitre 3 sur 25 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans les temps les plus reculés, à Tépoque de Yao ^, qui vivait, si nous en croyons la chronologie chinoise, 2357 ans avant J. G., il y eut en Chine, au dire des Annales, un afireux déluge qui submergea tout Tempire. Cent cinquante-deux ans plus tard les grandes eaux s'étaient retirées, mais elles avaient laissé de nombreux lacs et marais, et les fleuves, n'ayant point encore leurs cours bien réglés, inondaient souvent les terres ensemencées. Tout était en souffrance, à cause du chaos qui existait encore dans ces vastes contrées. La divine Providence suscita alors le «grand Yu» ^ ^' Ce puissant génie, disent les Annales des Ilia ^ |[f, coupa leç arbres, fixa les hautes montagnes et les grands fleuves et partagea le territoire chinois en neuf grandes provinces ji )t\, YanQ'^tcheou ^ ji{ était la plus importante de toutes. Elle comprenait le Kiang^si ^ J§, le Tché-kiang JJf ùl» ^^ Fou^kien jg .}J, une partie du Ho-nan ^ ^, du Koang-iong jK ;$, du Flou^koang jjJS jHÎ et le Kiang^nan ^ î^', moins^ la partie située au nord du Hoai /lo ft )pj (1).

Après un travail acharné de huit années consécutives, le «grand Yu» rentrait dans ses foyers; il avait bien mérité de la patrie. Les rivières et les fleuves coulaient dans leurs lits. Le Kiang f£ avait fait précéder son nom générique de Yang-tae ^ ^, nom de la plus vaste province qu'il arrosait, et allait se jeter dans r Océan pacifique ainsi que le Hoai ho. Nous verrons plus bas que ce dernier fleuve a renoncé à son cours primitif et que maintenant il vient par divers canaux grossir le Yung-tse kiang. Le Hoang ho ^ fj^, fleuve Jaune, avait alors choisi son embouchure dans le golfe du Tche-li j|[ ^ (2). Dans la suite des siècles il en changera souvent remplacement, car saturé de limon il en remplira peu à peu son lit et devra alors s'en chercher un autre ailleurs.

Bien des siècles s'étaient succédé et le cours ancien des

fleuves avait subi de profondes modifications. Ici la vase avait

(1) Voir les !«' et 2* Volumes da Cur$u9 lUt, tiniem du P. ZottoU, ainsi qus sas oartes géograptûqoes.

(S) A&nales de 1» dynastie des Sia \SL V/*

fait dévier le cours primitif; là s'était formé un nouveau torrent. De nombreuses campagnes restaient encore couvertes de mares croupissantes et la terre arable ne pouvait suffire à nourrir ses habitants dont le nombre croissait chaque jour. Il fallait donc chercher les moyens de se procurer des vivres. La nécessité rend ingénieux. Le peuple se ât canalisateur.

Confucius qui vivait (551-479 av. J.C.) sous la dynastie des Tcheou ^ fQ, est le premier auteur qui ait consigné dans ses écrits ce genre de travail. Dans son ouvrage intitulé Tch'oents'ieou ^ flic il dit que nNgai kong ^ ^, marquis de Lou, à la 9* année de son administration (l'an 486) ayant construit la ville Han tch^eng f|J jj^, et ouvert le canal Han keou tlî j)|) le Kiang 2£ fut mis en communication avec la Hoat f{|».

Les nombreux commentateurs du grand écrivain sont loin d'être d'accord sur Texplication de ce texte. Qui voudrait les suivre dans leurs conjectures diverses, n'aurait qu'à lire le Yangtcheou choeUtao ^i jft ^41 pfC ^ lË «Mémorial des voies navigables dans le Vang-fc/ieou». Voici ce qui semble le plus certain.

La nouvelle ville Han tch'eng, située à quatre H au midi de Koang^ling ^ ^ n'était pas fort éloignée du Yang-tse kiang. Le canal Han^heou f\\ jf| s'ouvrait dans ce fleuve, baignait les murs de la nouvelle cité dans laquelle on entrait en passant le pont appelé Lo kHao j^ i^. Il continuait son cours vers le nord, laissant à sa droite et à sa gauche les lacs de Lou^yang ^ ^ et de Ou-^koang ^ Jî, traversait les lacs Fan-liang US, Po-^tche •{# j|^, Chè-yang ^ 1^ et se jetait dans le Hoai ho à Mo-k'eou i^lï p. Ce n'était que la liaison de trois lacs par une série de canaux. Pour un premier essai, c'était un beau travail.

L'ingénieur avait relié, par une belle voie navigable, deux grandes artères fluviales, distantes de plus de 30 lieues, qui communiquèrent ainsi facilement entre elles. Dans ces temps anciens le Kiang refluait vers le nord et alimentait le canal jusqu'à la Hoai. C'est le phénomène contraire qui s'observe aujourd'hui.

Ce premier canal servit de modèle; dans la suite des âges, on en creusa une infinité d'autres de plus ou moins d'importance. Ils assainissent les terres voisines qui deviennent aptes à la culture, et ils sont de précieux réservoirs pour arroser le riz qui naît, croît et mûrit les pieds dans l'eau. Ils sont aussi les grandes voies de communication. Dans ces pays maritimes, le principal, l'unique véhicule c'est la barque. Il y a en effet des régions dans le Hia-ho où Ton ne peut faire route, visiter son voisin sans une embarcation.

Dans cette contrée fort basse, le gros bétail est extrêmement rare. Le fermier nourrit tout au plus un buffle et un âne pour labourer ses terres ; il n'est pas rare de voir les serviteurs du petit propriétaire traîner eux-mêmes la charrue, dans l'eau jusqu'aux genoux. La rudimentaire brouette supplée la barque dans les

Xoedlu

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sous LA DYNASTIE TCHEOU (1122. S49 *». J.-C.)

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