II. La fréquence du cancer ne varie pas
Pour apprécier les variations du taux de la mortalité par cancer depuis cent ans, Ménétrier a compulsé les multiples observations que contient le «Traité des Maladies cancéreuses», que Laurent Bayle terminait en 1816, mais qui ne fut publié qu’en 1833 (tome I) et en 1839 (tome IT). Ce sont les résultats de ces recherches que Ménétrier a communiqués à l’Académie de Médecine dans sa séance du 23 février 1926.
Sur 2.556 malades ayant succombé à diverses maladies, Bayle notait que 14 % étaient atteints de cancer, soit un pour sept.
Or, Ménétrier a établi que dans son service de l’hôpital Tenon, la mortalité par cancer se fixait depuis une vingtaine d’années à 10-12 % des décès. Il ajoute que cette proportion ne varie pas sensiblement d’une année à l’autre. La statistique actuelle de Ménétrier s’accorde parfaitement avec celle publiée pour la Suisse dans la «Revue médicale de la Suisse romande » par À. Renaud qui fixe à 9 le pourcentage des décès par cancer. D’autre part, le «Bulletin démographique de
RE
Paris » fixe à 8, 8 % le taux des décès par néoplasme. La mortalité par cancer était de :
14 %... en 1816 dans les hôpitaux de Paris 10 20e en1F920 — — con oren 1992 à?Paris 9 % en 1928 en Suisse Aïnsi donc la progression du cancer est infirmée par ces statistiques. Et l’on peut dire que l’on ne meurt pas plus du cancer en 1920 qu’en 1816.
Il importe de faire remarquer que les chiffres et la proportion cités par Bayle ont été établis après autopsies. Bayle écrivait en 1816 :
Le cancer de l’estomac est encore plus fréquent à Paris que le cancer de sein. Le cancer de l’estomac est tellement fréquent qu’il
cause le mort de près de 1 /25° des individus qui succombent à Paris.
Ce qui est particulièrement curieux c’est que cette proportion de un cancer de l’estomac sur 25 décès est à peu près exactement la même que celle fournie par la statistique suisse de Renaud.
Mais, dira-t-on, est-ce que Bayle n’a pas inscrit sous la rubrique « Cancer » des affections différentes qui ont enflé et faussé sa statistique ? C’est possible. Cependant Bayle a le soin de préciser ce avec quoi on ne doit pas confondre le cancer. C’est ainsi qu’il cite l’ulcère perforant que décrira plus tard Cruveilhier. Il mentionne les polypes muqueux (polyadénomes gastriques d’aujourd’hui) et les distingue des polypes cancéreux. Pour différencier le squirrhe simple du <quirrhe cancéreux, il montre dans ce dernier que la pression fait sourdre un liquide lactescent, qui imbibe comme une éponge le tissu aréolaire fibreux du cancer. C’est donc avec raison, et avec une assurance parfaitement justifiée, qu’il plaçait en tête de son livre l’aphorisme suivant :
C’est l’anatomie pathologique qui est la véritable pierre de touche des maladies cancéreuses.
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Les précisions que nous rapportons nous prouvent la haute valeur des chiffres cités par Bayle. Et nous sommes ainsi obligé de constater qu’il y a cent ans le cancer était globalement aussi fréquent qu'aujourd'hui. Fait curieux, le cancer gastrique avait, il y a cent ans, un chiffre de fréquence exactement semblable à celui que nous donne la statistique contemporaine la plus chargée. Ceci est en complète opposition avec ce qu’affirment de nombreux auteurs d’après lesquels, si les cancers externes demeurent à peu près stationnaires comme nombre, la fréquence des cancers viscéraux augmente indiscutablement.
En Suisse, où les conditions de la vie sociale et l’organisation administrative permettent une grande rigueur dans l'élaboration des documents démographiques, Carrière, directeur du service fédéral d'hygiène à Berne, a publié une statistique portant sur les années 1901 à 1920. Les proportions pour 10.000 habitants eten envisageant quatre périodes de cinq années chacune sont les suivantes :
LOULAEIOD SE RER 12,900 CR0IL EE EE PE 11,9 LIOCGLILOES 2 PEER 12 LOL LOZERE ren 12,4
Sur les vingt années considérées, la proportion reste sensiblement la même.
Dans un tableau comparatif donnant la mortalité par cancer du sein et de l’utérus en Angleterre, en Italie et en Hollande, nous trouvons sous la signature de Boudreau et Tomanek, les taux suivants pour 10.000, en Italie : ;
Sein Utérus Sein Uterus RE Re 0,68: 148 ALERTER 0,59 1,51 EE PAR TS ru 0,061 -1540 MENT ER RRErS 0,56 1,49 FOIS SR ER 0:09: Æ,00%" TITRES Re 0,56 1,49
Les deux taux ne traduisent pas d'augmentation de 1911 à 1917, mais nous sommes en présence ici de cancers dits cancers de diagnostic facile.
F5. es