CE QUE PEUVENT L’HYGIÈNE ET LA THÉRAPEUTIQUE
peu trop d’importance, eu égard au point de vue où F on se plaçait.
Ce n’est pas du fond de son cabinet que le médecin peut traiter ce sujet ; il faut qu’il ait vieilli dans les familles, qu’il ait pu lui-même assister les aïeux et la descendance; il faut qu’il ait été témoin de tous les actes dramatiques que la maladie et la mort font naître éternellement , pour pouvoir apprécier cette question comme elle mérite de l’être. Triste mérite quelquefois, sans doute, mais qui parfois aussi n’est pas sans compensation par rapport à la science et à l’humanité.
Car on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière.
Ainsi que Fa si bien dit M. Marchai (de Calvi), et en effet, ce n’est pas dix ans ni vingt ans qui suffisent pour que cette observation soit complète et puisse devenir un témoignage irréfutable, c’est la vie tout entière, c’est la vie longue et active qu’il faut, car a dit le père de la médecine, au commencement de ses aphorismes : Vita brevis , ors longa , afin d’indiquer aux jeunes néophytes qui embrassent la carrière, que sur beaucoup de points ils ne sauraient rien s’ils n’observaient longtemps. Et encore, la vie a beau être longue, surtout eu égard à ce sujet , souvent le médecin qui a pu être spectateur attentif de toutes les premières scènes, disparaît du théâtre alors seulement que va se jouer le dénoûment. Et tandis qu’il emporte avec lui la moitié
du secret, il est remplacé par un autre médecin qui voit bien les dernières scènes, mais qui, ne sachant rien des premiers actes, se trouve face à face avec le dénoûment, lequel demeure souvent pour lui une énigme indéchiffrable .
Pour nous, qui avons pu suivre de près et pendant longtemps cette question héréditaire dans beaucoup de ses phases et dans un grand nombre de familles, que de choses nous avons pu voir et que de choses se dévoileront plus tard à nos yeux, s’il nous est donné d’assister quelque temps encore au développement de ce drame interminable de l’humanité aux prises avec les affections nécrobiosiques !
Ce que nous pouvons dire, c’est que chaque fois qu’il n’existe aucun vice diathésique héréditaire dans les familles, ces familles ont pu s’unir entre elles sans que nous ayons vu de dégénérescence se produire, ni aucun vice organique apparaître et entraîner le développement de quelques-uns de ces produits hétéromorphes.
Mais si, au contraire, un vice diathésique existe, les alliances consanguines, au lieu de l’affaiblir, ne font que l’étendre et le perpétuer jusqu’à extinction. Par opposition, nous avons pu observer la disparition et X atténuation de quelques-unes de ces diathèses, lorsque des alliances avaient pu s’établir avec des familles relativement saines et indemnes de ces vices diathésiques.