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lie période amorphe. Et bien que Baiimès ne parle que (le symptômes névrosiques simulant la phthisie, il s'étend plus généralement sur toutes ces diathèses névrosiques qui ne sont le plus souvent, suivant moi, que le prélude de ces terribles affections chroniques qui se terminent elles-mêmes presque infailliblement, soit dans le cancer, soit dans la tuberculose.
Car, si téméraire que cela puisse paraître, on pourrait, je pense, achever la pensée de Baumès et continuer l'observation qu'il eût complétée, j'en suis sûr, s'il eût toujours pu suivre la terminaison de toutes ces névroses, et il nous eût appris alors que ceux qui offraient les traits de la diathèse névrosique au plus haut degré dans les viscères, les voies gastriques, etc , avaient trouvé la fm (le leur existence, soit par un cancer développé dans l'abdomen, soit par des tubercules mésentériques; que pour ceux qui présentaient des névroses dans la poitrine, avec toux opiniâtre simulant la phthisie, une granulation tuberculeuse avait peu à peu envahi les poumons; et enfin que les derniers chez lesquels on trouvait cette grande impressionnabilité et ce quelque chose d'étrange dans les facultés intellectuelles, ceux-là avaient été frappés d'aliénation mentale; et que cette aliénation s'était terminée elle-même en dégénérescence tuberculeuse ou en dégénérescence cancéreuse du système cérébro-spinal.
Voilà ce que Baumès n'eût pas manqué de dire, car voilà ce que trente années de médecine pratique m'ont
CONSIDl'RATIONS GÉNÉRALES
appris; et lorsqu'aujourd'hui, je me vois en présence de ces diathèses névrosiques à symptômes multiples, portées au plus haut degré, rebelles à toutes médications, contre lesquelles toute la puissance thérapeutique vient échouer, je ne manque pas de m'écrier, plein de désespérance et de tristes pressentiments.: lalet anguis in herbâ; et en efTet comme dernière scène de dénoûment, apportant la lumière fi un diagnostic resté longtemps obscur et confus, je ne manque pas de voir apparaître on le cancer, ou le tubercule.
Dans le no32 de la Tribune médicale, 1869, M. Marchai (de Calvi), si apte dans cette question et dont l'observation pénétrante a été mise en éveil, s'exprime ainsi : « Le fait considérable que signale M. Burdel, et tout l'honneur doit lui en être réservé, m'avait frappé depuis longtemps (comme je suis frappé de l'imminence tuberculeuse dans les lignées diabétiques à la seconde génération). Lugol, le médecin de son temps qui connaissait le mieux le tubercule et la scrofule, et l'un des hommes les plus bienveillants que j'aie jamais rencontrés, était pénétré de l'idée que le tubercule et le cancer sont de la môme famille. Eu 1842 ou 1843, je le priai en môme temps que je demandai à Marjolin de m'éclairer au sujet d'une jeune personne qui avait un cancer encéphaloïde de l'extrémité supérieure du tibia. La malade était très-amaigrie et toussait un peu ; on dut rechercheisi l'état des poumons n'était pas une contre-indication à l'amputation. A cette occasion, Lugol dit familièrement
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que le tubercule et le cancer, <■< s'ils ne sont pas frères^ sont pour le moins cousins germains » . Marjolin le regarda fixement, rédéchit un bon moment, et ne dit pas non.
« La dés^énération ou transformation tuberculeuse ne serait point la seule, en effet, que puisse subir le cancer, ajoute M. Marchai. Il peut de l'ascendant au descendant se ressembler à lui-même, aussi exactement que possible, par les caractères extérieurs de son produit, et n'être plus lui-même. »
Pour terminer cette note bibliographique, sorte de résumé de tout ce qui a pu être dit et écrit sur cette question, il me reste à indiquer que Bayle qui a traité tout spécialement de la phthisie, et qui en avait admis six espèces, en avait dénommé une phthisie cancéreuse ; PU égard (disent les auteurs du Dictionnaire de Nysten) aux diverses tumeurs dites cancer du poumon, qui donnent lieu quelquefois à des symptômes de phthisie. Entendait-il indiquer par là, ainsi que les auteurs veulent l interpréter, le développement de noyaux cancéreux dans le parenchyme des poumons et déterminant, par les troubles fonctionnels qu'ils apportent dans ces organes, une phthisie pour ainsi dire spéciale et propre aux produits morbides qui avaient pris naissance dans les poumons? Ou bien, avait-il entrevu cette dégénérescence qui lait le sujet de ce travail V Je ne le suppose pas, car Valleix lui-même, qui reproduit dans son ouvrage la division de Bayle et de Franck, ajoute : « Les
CONSIDÉRAI IONS GÉNIÎRALRS
médecins sont aujourd'hui trop familiers avecla pathologie et l'anatomie pathologique des voies respiratoires, pour qu'il soit nécessaire de faire ressortir tous les défauts de celles-ci : La phthine cancèreme ri est qu'une complication.
Au moment où je termine ce chapitre, un de mes honorables confrères du département du Cher (le docteur Vigouroux) me communique le passage suivant, tiré de l'article Cancer du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ,iomÇ}W\ , page2/!|2, signé Lnton, que je n'avais pas encore lu :
« On a dit enfin qu'elle était (la tuberculose) le résultat de la transformation , sous l'influence de l'âge, de l'une des diathèses que nous venons de nommer (herpétisme, goutte, rhumatisme, scrofule), cette discussion appartient à l'histoire générale du cancer; tout ce que nous pouvons dire ici, c'est qu'elle n'a pas même pour elle un commencement de démonstration. »
Voilà certes, et on le pensera comme nous, un jugement bien sonnnaire, rendu, sans autre forme de procès, sur une question capitale, étudiée et traitée par des praticiens de la valeur de M. Pidoux, dont l'existence entière peut se résumer dans l'observation quotidienne de ces faits auxquels on refuse même un commencement de démonstration.
Quelle signification donnerons-nous donc à tous ces faits qui se sont passés tant de fois sous les yeux de ces observateurs, dont la vie scientifique, toute de probité,
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n'a pu être môme uu instant soupçonnée? dont la lâche (juotidienne a été de noter, depuis plus d'un tiers de siècle, chacun des événements pathologiques auxquels ils ont pu assister, enregistrant le pour et le contre avec l'impartialité d'un juge qui ne veut que découvrir la vérité?
Et plus loin on lit encore : « Le rapport entre le tuhercule et le cancer ont été envisagés de plus prés
» Une filiation étroite a même été établie entre
elles parBurdel (de Vierzon). Mais dans cestermes,quele t ubercule émane du cancer et se manifeste dans la descendance des cancéreux au môme titre que s'il procédait d'ascendants phthisiques
» Mais ces questions échappent encore à tout contrôle vraiment scientifique, elles ne sauraient être tranchées par l'arbitraire des statistiques ; et rien ne prouve d'ailleurs que le môme individu ne puisse pas être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois (1), »
Oui, cela nous semble juste, cette question a besoin
(1) « Pour ma part, ajoute mon honorable confrère, quand je connus votre travail, il y a plusieurs années, je ne lui fis qu'un seul reproclie, c'était d'arriver trop tard et de nous démontrer une vérité incontestable; voyez combien je me trompais : votre travail, qui avait l'énorme mérite de bien préciser et poser la question, ne reçut que des éloges, seul peut-être je trouvais qu'il ne généralisait pas assez.
» Est-il donc vrai que ces questions, qui me semblaient résolues depuis longtemps, sont encore discutables? Ce serait un malheur; votre travail était un degré d'étude de la grande question de l'hérédité morbide, question qui me semble très en retard, et que je voudrais voir à l'ordre du jour. Mais, pour y voir clair, il ne faut pas laisser passer de pareilles erreurs. » (Docteur Vigouroux, de Duu-le-Roij Cher.)
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de contrôle; mais si ces questions, ainsi que le dit M. Luton, échappent jusqu'à présent à tout contrôle scientifiqve , elles n'échappent pas au contrôle clinique que nous avons appelé depuis si longtemps et que nous appelons chaque jour de toutes nos forces. Car nous faisons une très-grande distinction entre ce que l'on nomme le contrôle scientifique qui s'établit le plus souvent dans le cabinet avec le concours de ce que peut fournir une bibUothèque, et le contrôle clinique qui nés' établit sérieusement, non pas même à l'hôpital, qui n'est peuplé que de malades nomades qui passent rapidement devant nos yeux et dont on ne connaît jamais les antécédents exacts, mais dans les familles. Et à la condition encore, que par notre probité et notre valeur pratique, nous aurons pu, pendant notre vie médicale, être admis à l'intimité du foyer. Voilà où le contrôle clinique peut s'établir, et c'est de lui seul que peut émaner un jugement sérieux et irrévocable.
Nous comprenons que lorsque l'on parle du contrôle scientiflque établi simplement dans le cabinet et dans les hôpitaux, on émette des doutes comme ceux-ci, et que l'on dise : « rien ne prouve (f ailleurs que le même individu ne puisse être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois. »
Mais alors nous répontlrons : Si vous doutez de la véracité des hommes honorables qui ont pu voir, pourquoi ne vous mettez-vous dans les conditions qui vous fassent voir ce que les autres ont vu ? Et alors si vous ne voyez
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pas, c'est qu'il faut désespérer de la bonne foi des hommes de science, ou s'écrier avec le roi psalmiste : Oculos habentet non videbiint.
Moins que tout autre, nous nierons cette possibilité que peut avoir un individu d'être affecté de plusieurs dispositions morbides à la fois ; puisque nous-mêmes avons recueilli parmi nos observations plusieurs faits dans lesquels nous avons pu constater, marchant à la fois, ou isolément, ou l'un après l'autre, le cancer et le tubercule.
Hier encore, je fus consulté par une jeune femme des environs de Vierzon, atteinte d'une tumeur cancéreuse au sein droit, laquelle offrait le volume d'un œuf de poule avec ganglions au fond de l'aisselle, et j'allais lui proposer l'ablation de cette tumeur, lorsque, l'entendant tousser, j'eus la précaution d'écouter la poitrine et que je découvris des râles huileux abondants avec gargouillements au sommet du poumon gauche. Je suspendis le conseil que j'allais lui donner, et m'informant des antécédents desa famille (car elle m'était inconnue), j'appris que son père était mort d'une affection de l'estomac, qu'elle nommait une gastrite, et que j'ai tout lieu de supposer être un carcinome de cet organe, car gastrite est le nom que le monde donne aux carcinomes de l'estomac.
Bref, voilà deux alfections hétéroplastiques regardées comme de natures différentes, qui cependant marchent et se développent ensemble.
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Mais encore une fois, bien que ce contrôle soit pour un certain nombre de praticiens un acte pour ainsi dire desurérogation, puisque pour quelques-uns nous semblous avoir démontré une vérité incontestable, nous nous efforcerons néanmoins de renouveler notre pressant appel, disant aux jeunes praticiens : observez et notez avec une scrupuleuse attention tous les faits de ce genre qui se révéleront à vous, car vous n'en aurez la solution définitive qu'après bien des années.
A ceux au contraire qui ont vieilli dans la carrière, nous disons : fouillez dans vos souvenirs, revenez un peu sur vos pas, et vous qui sans doute avez assisté dans leurs dernières maladies quelques-uns des aïeux de ces enfants ou petits-enfants qui succombent aujourd'hui à la tuberculose, en vous rappelant à quelle affection ces aïeux ont succombé, voyez si vous n'avez pas devant vos yeux la conséquence de cette loi nosologique que j'invoque aujourd'hui. Et malgré tout, notez avec soin ce qui se passe actuellement sous vos yeux, afin que pour vous aussi, l'avenir, en apportant sa lumière, dissipe vos doutes et vous aide autant par vos soins que par vos conseils à anéantir cette diatbèse funeste.