OBSERVATION VII
M. R.. François, 38 ans, boucher, entre dans le service
envoyé par le Dr Bouchut, pour douleurs gastriques, le 30 Octobre 1926.
On ne note rien d’intéressant dans ses antécédents, si ce n’est un éthylisme marqué pendant sont service militaire, mais il en serait corrigé actuellement.
En interrogeant le malade, on apprend, que depuis 1915, il
est sujet à quelques troubles gastriques légers, sans caractères bien nets.
En 1921, il présente subitement une hématémèse brutale et très abondante ; puis tout rentre dans l’ordre et le malade ne souffre plus que de temps à autre, après des excès éthyliqu£s. Ces douleurs surviennent alors deux heures après les repas, sont de courte durée et calmées par le bicarbonate de soude. Les accalmies sont de quinze jours. Cet état digestif persiste sans changement, depuis 1921 jusqu’ au mois d’avril 1926. A cette date, les douleurs, bien que sans horaire, deviennent plus violentes ; les périodes d’accalmie s’espacent ; le bicarbonate devient inefficace ; le malade commence à maïigrir, Cependant, on ne note ni vomissements, ni hématémèses, ni troubles du transit.
Enfin, nouvelle phase dans cette histoire digestive, le malade signale que depuis le mois d'octobre, ‘c’est-à-dire depuis une quinzaine de jours environ, il ne souffre plus, mais dès qu’il a mangé, les aliments lui pèsent au creux épigastrique ; il les rejette aussitôt et tout rentre dans Pordre. Les vomissements, dont se plaint le malade, ressemblent à des vomissemnts du type œsophagien, car ils se produisent sans æffort, et les aliments liquides passent normalement alors
EG
que les solides descendent avec peine. C’est pourquoi, bien que son appétit soit intact, le malade est très amaigri.
A l'entrée, le malade est affaibli et apyrétique.
A l'examen du tube digestif‘: la langue n’est pas saburrale. Le creux épigastrique est indolore, mais la palpation révèle un bruit de clapotage. On ne sent pas de tumeur. Le foie dépasse légèrement les fausses côtes.
Le reste de l’examen est négatif.
Le 3 novembre 1926 l’examen radioscopique montre : une descente œophagienne normale avec un certain degré de siase temporaire au niveau du cardia, surtout dans la déglutition un peu abondante. On assiste parfois à des mouvements anti-péristaltiques.
L’estomac, du type canaliculaire; se remplit lentement, avec peine,, &t présente au niveau de la grande courbure des irrrégularités en dents de scie, qui font admettre à ce niveau la présence: d’un néoplasme bourgeonnant.
Une demi-heure après Fexamen, l'évacuation gas'rique est à peu près complète ; il doit exister incontestablement une insuffisance pylorique.
Cinq réactions de Weber ont é.é pratiquées dans les selles du 2 au 6 novembre ; trois ont été positives, deux négatives.
Deux autres examans radioscopiques ‘ont été pratiqués et ont montré une image absclument identiqua à celle du 1° examen, malgré une série d’injections d’atropine.
Une œsophagoscopie a fait voir un œsophage et un cardia absolument normaux.
En résumé, si l’on tient compte des douleurs tardives présentés autrefois par le malade et de l’hématémèse abondante survenue en 1921, il faut admettre qu'il é:ait porteur d’un ulcère de l'estomac relativement latent et que celui-ci a subi d‘puis quelques temps une dégénérescence néoplasique, En <ffet, rien ne permet de s'arrêter au diagnostic de syphilis gastrique, ni à celui d’ulcére chronique avec périgastrite.
A, Je
Il s’agit donc actuellement, à n’en pas douter, d’un néoplasme diffus, avec réduction considérable de la cavité gastrique et syndrôme œsophagien symptomatique.
Le 21 novembre 1926, le malade, dont l’état est stationnaire, demande à quitter le service.