‹ Le Cancer de l'Esophage: Technique de la Curiethérapie ModerneChapitre 10 sur 14 · RER RER · texte numérisé non relu

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ladie, comme cela a été le cas dans presque toutes les observations citées dans notre travail. Les premiers six mois bien passés on a surmonté les premiers obstacles. Mais nous connaissons des cas où la tumeur encore existante était en repos relatif pendant longtemps pour brusquement un jour s’agrandir et envahir le terrain. La rechute peut toujours survenir et la fin est sans doute toujours fatale. ;

Nous apportons à la fin de cette thèse les observations détaillées de deux malades, les deux seuls que nous avons rencontrés qui, après examen approfondi, semblaient pouvoir être très améliorés, peut-être même guéris par le radium.

OBSERVATION 1re.

Monsieur P.…. Joseph, 48 ans, est entré le 1°7 mars 1923, à la clinique chirurgicale A (Professeur Sencert) pour dysphagie. Antécédents héréditaires : sans particularité.

Antécédents personnels: il n’a jamais été sérieusement malade, il est marié, sa femme et ses trois enfants sont en bonne santé. Il n’est pas un grand fumeur, il n’a pas l’habitude de manger ses aliments trop chauds.

Depuis une année environ, le malade se ressent d’une certaine gêne pendant la déglutition. Cette gêne se porte surtout sur les aliments consistants. Actuellement cette gêne s’accentue, le malade ne peut plus avaler ni viande, ni pain, seuls les aliments comme purée de pomme de terre ou pain trempé passent encore, mais avec difficulté. Le malade ne se nourrit qu’à l’aide de liquides qu'il doit avaler avec précaution et lentement. Il n’éprouve pas de douleurs, il n’a pas de régurgitations. On ne sent pas de ganglions. Quoique en état de nutrition satisfaisante, il prétend avoir beaucoup maigri, fait explicable par le peu de nourriture substantielle qu’il prenait.

Dès son entrée, on est à peu près fixé sur son état. On procède aux différentes épreuves.

Radioscopie. On fait avaler au malade une pâte au bismuth qui ne montre pas grand’chose. La pâte passe néanmoins avec difficulté à un certain point situé entre la cinquième et la sixième vertèbre dorsale, mais sans retrécissement net. Cette place est néanmoins suspecte. On ne distingue pas d’ombre œsophagienne proprement dite, ni aucune ombre hilaire.

2 mars 1923, Œsophagoscopie : D'après l'épreuve précédente, on devait situer le cancer probable dans la partie thoracique. Après cocaïnisation de proche en proche, le tube fut introduit sans mandrin et sous le contrôle exact de la vue. Tout en se débarrassant des sécrétions et en explorant avec le porte-coton, nous aperçûmes après avoir dépassé l’hiatus aortique encore bien pulsatil à 24 ctm. de l’arcade dentaire, un déplissement moins facile de la muqueuse. La vue était troublée par un amas de sécrétions qu'on dut enlever par la pompe aspiratrice. Par une pression douce du porte-coton, on sentait l’induration de la paroi. Le tube était arrêté et nous constations un rétrécissement néoplasique à 25 cm. de profondeur. Sur tout le côté bas et sur une étendue de 1 à 2 ctm. de la grandeur d’une pièce de r fr., on distinguait des boursouflements de teinte rougeâtre saignant peu. La lumière œsophagienne était rétrécie ; le cathétérisme de la sténose ne permit de passer que la sonde n° 15.

Biopsie : La biopsie fut pratiquée aussitôt avec des pinces fenêtrées qui, malheureusement, ne purent saisir un fragment important, vu.le peu d’étendue de bourgeons vraiment proéminents. Aussi la réponse de l’Institut de l’Anatomie pathologique donnée par M. le professeur Masson fut assez laconique : « Pièce trop exigué, quelques cellules à type pavimenteux atypiques dont une en mitose, suspecte de cancer. Pas de trace de la musculeuse ». Cette réponse arrivée le 4 mars, on Soumit le malade au traitement. D'après la réponse de la radioscopie et de l'œsophagoscopie, nous pensions à un cancer d’un développement peu rapide, d’une étendue maximum de 2 à 3 ctm., localisé vers le côté postérieu ; sans indice d’indu-

ration trop ne de la paroi, somme toute un cancer qui re donner des résultats.

6 mars, 9 heures du matin : Après un jour de repos, on refait l’ œsophagoscopie, on dilate l’orifice par des sondes successives juqu’à concurrence de la sonde n° 18, nécessaire comme porte-radium. Une première application de 27 mgr. de br. de rad. placé dans cette sonde n° 18 fut faite. Le filtrage consistait en 1 mm. d’or platiné plus 1 mm 1/2. de gomme pour les rayons secondaires. Placé sous bonne vue dans la sténose, la sonde fut fixée autour du cou et des oreilles par un fort fil de soie. Pendant cette première application une forte sialorrhée, suivie d’un écoulement sanieux étaient assez désagréables au patient. Six heures plus tard un examen aux rayons permit de constater que la sonde était bien en place.

7 mars, 9 heures du matin : Après 4 heures on retire le radium, le patient a de véritable vomiques de détritus. Il se sent assez courbaturé. Température 38°. On l’alimente à J'aide d’un régime semi-liquide.

8 mars : Nouveile phone nge de même façon 27 mgr. pendant 24 heures.

9 mars : On retire la sonde.

1o mars : Troisième application sous œsophagoscopie. La plaie est assez propre, d’un rouge foncé ainsi que l’entourage. Le retrécissement s’est desserré, on passe facilement la sonde n° 21. Ce sera elle qui sera chargée du radium.,

11 mars : On retire la sonde. Le malade se plaint de quelques picotements, mais se sent très soulagé ; il mange du pain et de la viande sans difficulté.

14 mars : Après deux jours de repos, on fait une dernière application de 27 mgr. pendant 20 heures.

Ainsi le malade a recu en tout trois fois mgr. en 27 24 heures plus 27 mgr. en 20 heures égalant une dose de 12 milli-curie détruits.

17 mars : Le malade rentre chez lui.

28 mai : Le malade est très satisfait. I1 peut avaler même les aliments solides. Ceux-ci, il est vrai, avec un peu de difficultés. Il se trouve en bon état général. Le malade travaille comme avVant sa maladie.

29 mai : Œsophagoscopie: L'instrument est arrêté par un obstacle serré, il s’agit d’un retrécissement cicatriciel, recouvert d’une muqueuse lisse, rose pâle; celle-ci repose sur un tissu induré fibreux. Il n'y a plus trace de bourgeons ou d’ulcérations. La paroi est mobile, les battements aortiques se transmettent suffisamment. La sonde n° 25 passe justement avec un peu de difficultés. Les n°$ en dessous passent très bien. Par des dilatations successives on peut lui passer la sonde n° 29. On a l'impression de passer dans un canal serré à parois dures et épaisses. (Voy. figure 3.)

Figure 3

1e7 juin : Le malade rentre chez lui.

En mars 1924, on lui demande de ses nouvelles. Il écrit que, s'étant retiré en Auvergne, il ne peut revenir. Du reste il aurait encore quelques difficultés à avaler, mais son médecin ne juge pas la situation comme dangereuse.

OBSERVATION Il.

Monsieur Bat, 52 ans, garde-forestier, notable fumeur, s’est présenté à la clinique chirurgicale A Je 2 mars 1923 envoyé par son médecin pour cancer de l’œsophage. Il a de la dysphagie depuis une année, mais depuis trois à quatre

mois environ apparaissent des douleurs à l’intérieur de la poitrine pendant la déglutition et en dehors des repas. Son état général en souffre, il a maigri sans toutefois montrer le teint jaune des cancéreux.

Une radiographie avait été faite le 5 janvier à Nancy.

- Une ombre de 2 cm. de hauteur se montre vis-à-vis de la septième vertèbre dorsale et indique une sténose irrégulière dans le parcours du canal. En même temps on pouvait distinguer un certain épaississement de la paroi de l’œsophage, quoique à peine indiqué, pas d'ombre hilaire.

3 mars, Œsophagoscopie : A 29 cm. de profondeur on remarque une sténose assez serrée, et il semble bien exister à une place une petite ulcération, mais trop cachée par un recoin de la sténose. La paroi paraît fortement injectée. L'étendue de la sténose n’est pas considérable, la sonde douce passe juste encore; pour les applications ultérieures du radium on dilate jusqu’à la sonde n° 16.

On pratique une biopsie difficile à réussir dans un tissu dont on ne voit pas bien les véritables traces du cancer. La réponse fut: soupçon de néoplasme. Fragment de muqueuse normale. Infiltration inflammatoire.

Néanmoins les séances de radiothérapie ont été commencées.

7 mars : Sous œsophagoscopie et après dilatation jusqu’à la sonde n° 18 on pratique une première application de 27 mgr. pour 24 heures. :

8 mars : Le malade ne se sent pas bien, il a comme des crises d’étouffement et de fortes douleurs.

9 mars : A l’œsophagoscope on ne remarque rien de particulier, sauf des détritus bien plus nombreux que la première fois qui sont enlevés. On refait une application de 27 mgr. de 9 heures seulement.

1o mars : Le malade est encore toujours très éprouvé, il faut lui laisser un certain temps de repos.

14 mars : On pratique une œsophagoscopie, on voit une contrée affaisée, mais ulcérée, un fragment est happé et envoyé au laboratoire d’Anatomie pathologique. Cette œsophagoscopie est très désagréable au malade.

16 mars : Réponse de la seconde biopsie: épithélioma

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basocellulaire. La pièce, quoique irradiée, laissait voir sa Structure, On remarquait une infiltration cancéreuse d’une partie de la musculeuse prise dans ce fragment. Signe de dégénérescence des cellules. Le stroma conjonctif était en à pleine réaction inflammatoire. : | :

Avec une sonde plus large on refait une application de < 27 mgr. de 6 heures seulement. Le malade la supporte assez à bien. È s

20 mars : On voit nettement à l’œsophagoscope que les parois semblent être redevenues lisses. On applique 27 mgr. ‘ de radium pendant 24 heures.

À Le malade reste à la clinique jusqu’au 24 mars. Ses forces È et son appétit reviennent. L: sonde n° 23 passe bien. ra

Le malade à donc reçu en tout: 27 mgr. de bromure de radium pendant 2 fois 24 heures, une fois 6, une fois 9 heures pendant une durée de 15 jours, égalant 14 millicurie détruit.

Hs Le 15 mai 1923, M. Bat. revient. Il se plaint de difficultés d’avaler, mais sans douleurs.

Œsophagoscopie : L'œsophagoscopie ne montre aucune trace de cancer, mais bien un véritable rétrécissement lisse et blanchâtre couvrant trois quart de toute la circonférence. 11 s’est resserré et ne laisse plus passer que la sonde n° ro.

On rassure le malade, mais pendant tout son séjour jusqu’au 23 Mai on procède au cathétérisme dilatateur de sa sténose par la méthode dite aveugle, car le pertüis est bien au milieu et la sténose résistante, pour n’avoir pas à craindre d'accidents.

En séances successives on lui fait passer les sondes jusqu’à 22, 25 et 30. On lui remet deux sondes 29 et 31, on lui apprend à s’en servir pour pouvoir une fois à la maison se dilater luimême une fois par semaine.

Le malade est perdu de vue, mais nous apprenons qu'il est mort le 15 novembre 1923.

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