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La coagulation sanguine est ici anormale: comme l’a démontré M. Hayem, il n°v a pas de rétractilité du caillot, il n’y a donc pas non plus de production de sérum, et en corrélation avec ce fait, les hématoblastes diminuent considérablement de nombre et peuvent même manquer complètement.
Voilà certes des signes distinctifs de la plus haute importance. Mais ces idées qui sont celles de M. Hayem, ont été combattues, et dans le cas qui nous occupe. MM. Sergent et Lemaire tendent à rapprocher la forme anémique du cancer de l’estomac, de l’anémie pernicieuse.
Ils trouvent en effet chez leur malade, des altérations des globules rouges, comme dans l’anémie pernicieuse, ils notent la présence de globules rouges à noyau, très rares pourtant, et d'éléments qui témoignent d’une réaction de la moelle osseuse, gros mononucléaires granuleux, eosinophiles abondants, formes de transition entre les polynucléaires, et les mononucléaires.
M. Hayem, dans sa clinique du 14 novembre 1903, revenant sur la question. combat cette opinion et s’appuie sur une recherche qui ne fut faite, il est vrai, ni par MM. Menétrier et Aubertin, ni par MM. Sergent et Lemaire : celle des hématoblastes, et des phénomènes normaux de la coagulation.
Comme ce sont là pour M. Hayem les deux caracteres distinctifs essentiels entre les deux affections, cet auteur ne croit pas qu’en l’absence de ces recherches, on soit | en droit de faire entre la forme anémique du cancer de
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l'estomac et l’anémie pernicieuse essentielle, un rapprochement réel.
Dans l’anémie pernicieuse, en effet, il serait constant pour M. Hayem, de ne trouver que peu ou pas d’hématoblastes, de n'avoir pas de caillot rétractile. Dans les anémies symptomatiques, au contraire, il y a des hématoblastes, de fortes poussées d’hématoblastes même ; le caillot est franchement rétractile et laisse transsuder une quantité abondante de sérum.
D'autre part, M. Hayem fait remarquer que la malade de MM. Sergent et Lemaire fut observée seulement dans les derniers jours de la vie, et que même des caractères sanguins analogues à ceux de l’anémie pernicieuse, observés à cette époque, ne permettent pas le rapprochement qui fut fait. A la période extrême de la cachexie cancéreuse, en effet, chez des agonisants, tout comme dans l’anémie pernicieuse, un même processus : l’anhématopoièse, peut produire les mêmes modifications diminution des hématoblastes, absence de rétractilité du caillot, apparition d'érythrocytes) sans que dans ces cas pourtant, il soit question d’anémie pernicieuse vraie.
Il y a donc, pour M. Hayem, différence capitale entre ces deux états anémiques ; dans l'un, il y aurait anémie de formation, c'est l’'anémie pernicieuse ; dans l’autre il y à anémie de destruction, c'est l'anémie secondaire.
Quoiqu'il en soit, c’est avec cette anémie pernicieuse que le diagnostic présente le maximum de difficultés, et tout doit être mis en œuvre, en cas de doute, examen du suc gastrique, examen du sang frais et sec. examen
des urines même, où un chiftre faible d’urée fera plutôt penser à l’anémie du cancer, qu'à l’anémie pernicieuse essentielle où ce chiffre est presque toujours élevé.
Lorsque des signes anormaux, l’anasarque par exemple (Obs. V), viennent encore dérouter le diagnostic, des erreurs peuvent être commises avec des affections hydropigènes; dans le cas de MM. Sergent et Lemaire la malade fut d’abord considérée comme atteinte de mal de Bright, et comme telle, saignée.
Dans tous les cas un examen, qui paraît avoir été un peu trop négligé, est celui des selles.
Les hémorrhagies sont, somme toutes, assez constantes dans le cancer. M. Hayem a insisté sur l’intérèt diagnostique de leur présence; même superficiellement remarquée. En effet, à côté du mælena véritable, qui ne passe pas inaperçu le plus souvent, il paraît exister des déperditions sanguines légères, caractérisées par de petits grains noirâtres dans le contenu stomacal, et même des suintements sanguins assez légers, pour ne colorer que très faiblement les selles et ne pouvoir être décelés que par des examens physico-chimiques portant sur la recherche des dérivés de l’hémoglobine.
Telle est l'opinion de M. Hayem, et pour lui, dans l’anémie qui nous occupe, l'importance de ces hémorrhagies insoupçonnées, serait grande à la fois pour le diagnostic et pour la pathogénie de l'affection.