RENC | AE
mac, que des signes négatifs ; peu ou pas de troubles digestifs, pas de tumeur, pas de ganglions : le cancer est latent.
Mais en regard de cette absence de signes, un fait se dresse, qui plus que tout attire l'attention, et peut précisément par son intensité conduire à des erreurs de diagnostic : c’est l'anémie, non pas une anémie légère, mais une anémie sérieuse, grave, allant jusqu’au type de l’anémie pernicieuse vraie, avec laquelle elle a pu être confondue.
Cette anémie, n’est pas l’anémie cancéreuse, altération notée à une période plus ou moins tardive de l’évolution des tumeurs, inhérente au tableau classique de la cachexie cancéreuse : c'est une anémie de début. c'est même le premier signe qui attire l'attention du malade et dont l'inquiétante intensité provoque son entrée à l'hôpital, on l’amène dans le cabinet du médecin.
Ce que nous avons dit de la modicité ou de l’absence de troubles digestifs suffit à montrer qu’une telle anémie ne peut-être rattachée à des troubles de l’alimentation, à un état de dénutrition plus ou moins marqué. L'observation de M. Ménétrier, à ce point de vue, à la netteté d'une démonstration: chez ce malade qui se nourrissait comme tout le monde, mangéait de la viande avec un appétit normal, il existait un degré extrême d'anémie, des vertiges, et une faiblesse telle que cet homme, au moment même de son entrée, ne pouvait déjà plus se promener, ni même se lever.
Une telle anémie, outre les modifications sanguines sur lesquelles nous insisterons, présente des signes
faciles à constater : Les téguments sont décolorés d'une facon générale et leur teinte cireuse, plus ou moins comparable à celle de la chlorose, moins verdâtre cepen: dant, est tout à fait distincte de la teinte jaune paille habituelle des cancéreux cachectiques.
Les muqueuses sont blanches, exsangues, et l’aspect du malade fait réellement impression.
A ce degré l’anémie ne peut qu'entrainer avec elle une grande faiblesse musculaire, un notable amaigrissement quoique ce dernier signe infidèle, puisse parfois manquer complètement. Le malade de Blanc, qui était d'une ( pâleur effrayante » n'avait pas maigri et mangeait d’ailleurs fort bien. Dans l'observation de M. Hayem (VIT), il en était de même : le malade extrêmement pâle ne présentait pas d’émaciation nette, ses masses musculaires étaient encore d’un volume presque normal.
Par contre il existe d'une façon constante des signes dûs à l’anémie : les malades ont des vertiges, des étourdissements quand ils se lèvent ou changent brusquement de position (obs. VI), des lipothymies même, assez fréquentes et marquées pouf qu'on ait dû « plusieurs fois faire respirer au malade de l’éther ét de l'oxygène. » (Obs. IT). Dans les cas extrêmes, le malade arrive à ne plus pouvoir marcher, ni se lever sous peine de défaillances et de syncopes. (Obs. I et VIT).
Si on ausculte le cœur et les vaisseaux du cou, on n'a pas en général de souffles äanémiques : c’est là un phénomène sur lequel M. Hayem a attiré l'attention, et cette absence de souffles, de bruit de rouet et de diable,
PTE
PSE. PR
de frémissement des jugulaires distingue ce type d’anémie de celui de la chlorose vraie, ou de tels bruits Sont si marqués. Dans l'observation IV pourtant, il existait des souffles anémiques au niveau de l'artère pulmonaire, et dans les vaisseaux du cou ; mais c’est le seul cas où ces bruits soient notés, et les observations récentes mentiofinent toutes la même absence de souffles anémiques. Le pouls est régulier, assez Souvént facile à déprimer.
Voilà donc le signe caractéristique de l'affection qui nous occupe: l’anémie, et on ne saurait trop insister | sur ses deux traits particuliers, d'une part sa précoctté, puisqu'elle est souvent le premier signe en date, et celui qui attire le premier l'attention et du malade et du médecin, d'autre part son intensité, qui la fait émerger dans le tableau clinique, et dominer si nettement le cortège symptomatique qui l'entoure et auquel elle paraît se suraJouter.
M. Hayem, dans sa clinique du 14 novembre 1903, insiste Sur ces constatations, et fait remarquer à juste titre combien il importe de distinguer une telle anémie,
de l’anémie terminale d’un cancer vulgaire — anémie en général bien moins intense d'apparition toujours tardive — d’un faible apport par conséquent à un diagnostic, déjà le plus souvent posé. La caratéristique de la forme anémique du cancer de l'estomac est précisément dans cette distinction: Aussi pourrait-on peut-ètre émettre quelques doutes sur la valeur de l'étiquette de formé änémique donnée à la malade de MM. Sergent et Lemaire qui he présenta qu'une anémie progressive abou-
— 19/4 ie
tissant peu à peu à la cachexie jaune paille banale, accompagnée pourtant d'anasarque.
L'analyse des observations ne nous montre pas de particularités intéressantes sur les autres viscères. L’exploration du poumon, de la rate, ne révèlent rien digne de remarque.
Par contre, il est trois ordres de recherches qui ont une grande importance : deux surtout sont capitales, et leur intérêt croit, semble-t-il. dans de grandes proportions à mesure qu'on étudie mieux cette forme si Sp4ciale de cancer: Nous voulons parler de l'examen du sang, du chimisme gastrique, et accessoirement de l’état des urines.
Examen des urines. — L'examen des urines peut rendre quelques services pour le diagnostic du cancer de l'estomac, services assez médiocres en général. Contrairement à l'opinion de Rommelære pour qui l'hypoazoturie serait un signe de cancer, M. Hayem a montré que cette hypoazoturie n'indiquait qu'une dénutrition due à l’absence d'alimentation ; et de fait,dans l’observation IL, l’hypoazoturie manque et l’urée augmente dans les urines avec un régime plus substantiel.— Néanmoins, une hpyoazoturie,surtout si elle s’accompagne d'’urobilinurie et d’indicanurie, pourra constituer un assez bon signe de présomption en faveur du cancer et fait important, éliminer même l'idée d’une anémie pernicieuse vraie, affection ou le chiffre de l’urée serait toujours très élevé.
Examen du sang. — Lorsqu'on pratique l'examen du sang, on se rend compte, dès la piqüre du doigt, de l’ex-
DR Ter
ms D)
trême fluidité et de la pâleur anormale de ce liquide, indices premiers de l’anémie soupçonnée.
La coagulation est normale et, comme l’a démontré M. Hayem, le caillot est rétractile, signe important pour cet auteur, et qui serait très utile pour distinguer cette anémie du cancer de l’anémie pernicieuse protopathique, essentielle, où la non-rétractilité du caillot est constante.
La teneur en hémoglobine est diminuée, quelque soit le nombre des hématies, dans de grandes proportions.
Enfin le nombre des globules rouges est diminué dans des proportions variables peut-être, mais toujours fortes.
Il descend à 1.054.000, Hayem (Obs. III).
Dans les dernières observations, nous trouvons les chiffres de :