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ETUDE ANATOMO-PATHOLOGIQUE DU CANCER DE LA BASE LINGUALE

Nous étudierons d’abord les variétés histologiques de cancer, rencontrées à ce niveau; puis l’aspect macroscopique des lésions, enfin les réactions ganglionnaires.

VARIÉTÉS HISTOLOGIQUES. — En pratique, le cancer de la base d2 la langue est presqe toujours un épithélioma spino-cellulaire, beaucoup plus rarement un épithélioma baso-cellulaire. Il est certain que d’autres variétés histologiques de tumeurs malignes ont été rencontrées à la base de la langue ; c’est ainsi que l’on a pu observer certaines tumeurs provenant de vestiges embryonnaires, tels que le canal thyréo-glosse ; même parfois des tumeurs d’origine osseuse.

Dans le Lyon Médical du 23 mars 1924, le Professeur Rebattu rapporte une très belle observation de tumeur thyroïdienne de la base de la langue; mais ce sont là des cas excessivement rares.

Il en est de même des sarcomes, nés très vraisemblablement aux dépens du tissu lymphoïde de lamygdale linguale; c’est à peine si l’on en trouve une soixantaine de cas dans la littérature médicale,

Le carcinome ou cancer alvéolaire, le squirrhe atrophique, le cylindrome, se rencontrent dans des proportions infimes.

On peut donc dire que le cancer de la base de la langue est toujours un épithélioma spino-cellulaire, ou très rarement baso-cellulaire.

Nous allons rappeler en quelques mots les différences histologiques essentielles qui existent entre ces deux formes : Trois caractères essentiels distinguent histologiquement l’épithélioma spino-cellulaire du baso-cellulaire :

1° La qualité même des cellules qui constituent l’élément noble du cancer : l’épithélioma baso-cellulaire, est formé par la prolifération atypique des cellules de l’assise basilaire de l’épithélium ; le spinocellulaire, par la prolifération des cellules du corps de Malpighi, sus-jacentes à l’assise basilaire — c’està-dire par la couche intermédiaire, couche dont les cellules sont fortement unies entre elles par des fibrilles intercellulaires.

2° Le deuxième caractère différentiel vient de ce que dans l’épithélioma baso-cellulaire les cellules n’ont pas encore subi l'intervention de la kératohyaline, et ne portent aucune trace d’évolution cornée, tandis que dans le spino-cellulaire les cellules se chargent d’éléidine granuleuse, se kératinisent et forment de véritables cellules cornées pouvant se réunir en globes ou masses épidermiques.

3° Le troisième caractère différentiel tient à l’agencement des éléments cytologiques : dans le basocellulaire, les petites cellules ovales de l’assise basi-

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laire pénètrent dans la profondeur sous forme de prolongements grêles, de tubes étroits et allongés, d’où le nom d’ « épithélioma tubulé » donné à cette variété; dans le spino-cellulaire la prolifération dans la profondeur se fait sous la forme de gros boudins, bourgeonnants en lobules, qui reproduisent la structure de l’épiderme normal : la couche basale en dehors, l’épineuse au milieu, la cornée en dedans, d’où le nom d°’ « épithélioma lobulé » donné à cette variété.

Telles est la formule histologique des deux variétés les plus fréquentes d’épithélioma de la base de la langue.

Il est capital de les différencier nettement, car nous verrons tout à l'heure en thérapeutique que la forme baso-cellulaire, qui est malheureusement la plus rare, est plus radio-sensible que la forme spino-cellulaire.

L'examen histologique doit toujours être très complet et porter non seulement sur la forme cytologique de l’épithélioma, mais encore sur l’état de son stroma et sur l’existence de mitoses plus ou moins nombreuses; nous verrons en effet, au chapitre du traitement, l’influence de ces faits sur le pronostic radiothérapique de la tumeur.

Regaud lini-même divise, du point de vue radiothérapique, les épithéliomas pavimenteux épidermiques en deux variétés histologiques :

1° « Ceux dans le tissu propre desquels les cellules génératrices forment une couche bien distincte, surtout quand, par son épaisseur, cette couche est prédo-

minante sur les autres; — ce sont les plus favorables à la roentgenthérapie.

2o Ceux dans lesquels le type spino-cellulaire se rencontre jusqu’au contact du tissu conjonctif, c'està-dire où la multiplication s’effectue dans des cellules déjà différenciées; — ce sont les moins favorables, ils nécessitent des doses beaucoup plus fortes de Rayons X où gamma. »

On conçoit ainsi aisément l’importance d’un bon examen histo-pathologique, portant sur tous les éléments constitutifs du néoplasme, pour l'orientation de la thérapeutique, de même que pour le pronostic de lPaffection.

VARIÉTÉS MACROSCOPIQUES. — L’aspect macroscopique des épithéliomas de la base de la langue se ramène à trois formes principales : infiltrante, ulcérante, ulcéro-végétante, suivant que dans le parenchyme tumoral domine le processus de destruction ou, au coniraire, le processus d’hypergénèse. Mais ces trois formes sont de fréquence très inégale.

La forme infiltrante, en particulier, formé par une nodosité plus ou moins volumineuse recouverte de muqueuse apparemment saine, tout au moins au début, est assez rare, puisque Ducuing ne l’a observée que dans 20 % des cas.

Au contraire, les formes ulcérantes et ulcéro-végéiantes, qui peuvent d’ailleurs être l’aboutissant de la forme précédente, se rencontrent beaucoup plus fréquemment.

Presque toujours le cancer de la base de la langue,

ra.

à sa période d'état, se présente en effet sous la forme d’une ulcération creuse, cratériforme, qui prend j'arfois laspect d’une fissure large et profonde, dont les bords épais et renversés ne laissent pas voir le fond; c’est la « forme cancroïde » de Darier, caractéristique de l’épithélioma spino-cellulaire à globe corné, qui se recouvre de « vermiothes », lorsqu'on presse le pourtour de la tumeur — qui évolue rapidement, donne des métastases ganglionnaires précoces, et Jont le caractère dominant est linfiltration, l’extrême dureté de son fond et de ses bords.

Extension. — Quelle est l’évolution anatomique locale du cancer de la base de la langue ?

Son point de départ est médian, latéral, ou très souvent latéral para-médian; mais le cancer ne reste que peu de temps strictement localisé à la base linguale — rapidement il s'étend :

— soit en avant vers le V lingual;

— soit en dehors vers les sillons amygdalo-glosses, la loge amygdalienne et les piliers du voile du palais;

— seit en arrière vers le sillon glosso-épiglottique, la face antérieure de l’épigotte, le sinus piriforme.

De plus linflltration en profondeur est toujours assez précoce et plus étendue que ne le laisse supposer la simple inspection de la tumeur au miroir laryngoscopique : les cellules néoplasiques s’infiltrent dans la profondeur à la faveur des espaces intermusculaires, des fentes lymphatiques; pénétration favorisée par les contractions incessantes des muscles lingaux ; le muscle lingual supérieur, les génio-glosses ne tardent pas à être envahis, puis c’est la sangle mylo-

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