‹ Le cancer de la base de la langueChapitre 11 sur 33 · HU VU · texte numérisé non relu

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hyoïdienne elle-même qui est bientôt pénétrée par les éléments cancéreux; tandis que l’œdème péritumoral, les troubles circulatoires, l’intensité de la diapédèse, témoignent de l’envahissement du tissu conjonctif et de l’ardeur de la réaction de défense de l’organisme, qui essaie de limiter le processus can-

céreux.

Envahissement ganglionnaire

Le cancer de la langue se propage par voie lymphatique et uniquement par cette voie.

Les métastases par voie sanguine sont en effet exceptionnelles au cours de l’évolution de ce cancer. Etienne Martin, dans sa thèse, n’a observé qu’une métastase peritonéale sur 209 observations.

Guernez, Breton et Baury rapportent également une observation de cancer du cœur secondaire à un épithélioma spino-cellulaire de la base de la langue chez un homme âgé : l’autopsie montra dans le myocarde un épithélioma de même formule histologique que le néo de la langue.

On trouve parfois quelques observations de métastases pulmonaires ou pleurales de cancer de la langue, mais ces cas sont excessivement rares et, nous le répétons, c’est avant tout par voie lymphatique que le cancer de la langue se propage.

Dès 1896, Regaud et Barjon signalent la fréquence considérable des propagations ganglionnaires des cancers de la langue par rapport à ceux des téguments, et l’interprètent comme étant due à l’essaimage des

cellules cancéreuses, résultant des contractions incessantes des muscles linguaux.

De tous les muscles de l’organisme à contraction volontaire, la langue est, en effet, celui dont le mouvement est le plus fréquent et le plus incessant; aussi les cellules cancéreuses sans cesse malaxées par ces contractions, vont progresser rapidement dans les espaces conjonctifs séparant les faisceaux musculaires, ainsi que dans les lymphatiques, pour aboutir précocement dans leurs groupes ganglionnaires récepteurs où elles vont rapidement reproduire la tumeur initiale.

« Les contractions incessantes de la langue « pompent » les cellules cancéreuses dans les lymphatiques », écrit Fitzwilliams en 1927, dans un article sur le traitement du cancer de la langue.

Certains auteurs admettent que l’envahissement ganglionnaire se fait par le mécanisme de l’embolie cancéreuse, et que, par suite, le réseau lymphatique qui relie la base de la langue, où siège la lésion initiale, à ses groupes ganglionnaires récepteurs, est exempt de cellules cancéreuses; il suffirait donc de stériliser d’une part la lésion primitive, d’autre part la métastase ganglionnaire, sans toucher au réseau iymphatique intermédiaire, pour obtenir une destruction complète de tous les éléments cancéreux.

Mais cette manière de voir nous semble erronée : en effet, si, du point de vue physio-pathologique, le mécanisme de l’embolie cancéreuse est parfaitement admissible, du point de vue thérapeutique on aurait certainement tort de ne pas essayer de stériliser les

voies lymphatiques, intermédiaires à la lésion initiale et au groupe ganglionnaire récepteur principal; car ces voies lymphatiques peuvent présenter, comme nous l’avons vu en anatomie, de petits ganglions intercalaires, microscopiques, qui sont certainement infesiés par le néoplasme; d’autre part, Cunéo et Sebilleau ont montré que dans les chaînes adéno-lymphiques cervicales, il existait, en dehors des gros ganglions classiques, un nombre incalculable de microganglions, non décelables à l’état normal, mais qui sont révélés accidentellement par les injections naturelles qu’y produisent certaines maladies, comme la tuberculose à forme lymphadénique; micro-ganglions qui sont évidemment le siège de métastases cancéreuses, et que l’on est obligé de détruire si l’on veut que la thérapeutique soit complète et efficace.

D'ailleurs nous verrons au chapitre du traitement qu’en ce qui concerne la base de la langue, le problème est assez facilement résolu du fait que la lésion initiale, les ganglions principaux et le réseau Ilymphatique intermédiaire, sont pris dans le même champ d'irradiation et par conséquent traités en même temps.

FRÉQUENCE DE L'ADÉNOPATHIE.

Parmi toutes les localisations du cancer lingual c’est certainement le cancer de la base qui s’accompagne le plus souvent d’adénopathie.

Regaud a pu écrire: « Je crois qu’il n’y a pas d’exemple qu’un cancer postérieur au V lingual n’ait pas une adénopathie cancéreuse ».

Les statistiques de Roux-Berger et Monod donnent le pourcentage de 93, 43 % d’adénopathies perceptibles cliniquement dans les cancers de la base.

Dubois-Roquebert les constate dans 94 % des cas.

La statistique de Ménégaux est légèrement plus faible.

Quant à celle d’Etienne Martin pour le Centre Anticancéreux de Lyon, elle est de 88,88 % : sur 54 cancers de la base, 6 seulement n'avaient pas donné d’adénopathie.

Tous ces auteurs, dans leur statistique, n’envisagent que l’adénopathie cliniquement perceptible; mais en réalité, même non perceptible cliniquement, ’envahissement ganglionnaire existe à peu près toujours anatomiquement, comme le montrent les examens histo-pathologiques pratiqués dans les cas de curage cervical systématique.

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