ETUDE CLINIQUE
Etiologie
Tout d’abord, quelle est la fréquence de la loca- Jisation du cancer à la base linguale par rapport aux autres localisations ?
Une statistique de Sekoulitch, faite à la Clinique OR.L. de Bordeaux, signale que sur 1.034 tumeurs malignes ressortissant à cette spécialité, observées en quarante ans, il y a 61 cas de cancers de la base de la langue.
Dans sa thèse de 1924, Dubois-Roquebert constate qu’à l’Institut du Radium, sur 150 cancers de la langue, 31 sont localisés strictement à la base, soit 20 % environ.
Au Centre Anticancéreux de Toulouse, sur 178 cancers de la langue, 45 siégeaient sur la base, soit 25 %.
Au Centre Anticancéreux de Lyon, sur 209 cas de cancers de la langue rapportés par Etienne Martin dans sa thèse de 1931, 54 siégeaient au niveau de la base, soit environ 26 %.
Nous n’envisagerons évidemment que les cancers fixés d'emblée sur la portion pharyngienne de la ian-
ti
gue, c’est-à-dire en arrière du V lingual, et non ceux qui auraient pu secondairement s’y propager.
Par conséquent le véritable cancer primitif de la base linguale est une tumeur relativement peu fréquente.
A quel âge le cancer de la base est-il le plus fréquent ? C’est certainement autour de la cinquantaine. Zuppinger et Ducuing l’ont observé de préférence entre 55 et 65 ans. Il est en tout cas excessivement rare chez le jeune, et Berker estime à moins de 3 % la proportion des hommes frappés avant 30 ans.
Quant au sexe, il est certain que le sexe masculin est atteint beaucoup plus souvent que le sexe féminin, puisque Sébileau a pu écrire : « qu’il est nombre de chirurgiens d’âge mûr, à qui il n’a jamais été donné d’observer le cancer de la langue chez la femme ».
Pour cet auteur, la proportion est de cinq femmes pour cent hommes.
Les autres statistiques varient également entre 5 tar
Quel est maintenant le rôle de la syphilis dans Pétiologie du cancer de la base de la langue ?
« Pas d’épithélioma de la langue sans leucoplasie, pas de leucoplasie sans syphilis », écrit Sébileau.
Quant à Fournier il écrit que : « les cancers iinguaux sont de véritables dérivés de la syphilis. La syphilis acquise fait le lit du cancer et la syphilis héréditaire le lègue parmi tant d’autres tares, à sa descendance ».
Il est certain que beaucoup d’auteurs sont moins
nd
affirmatifs que Fournier et Sébileau sur la fréquence de la syphilis dans l’étiologie du cancer lingual, de la base en particulier ; car la leucoplasie est infiniment moins fréquente à la base de la langue que sur la partie antérieure de l’organe ; et parmi les cancers de la base soignés au centre anticancéreux de Toulouse, Ducuing n’a relevé une sérologie sanguine syphilitique positive que dans 13 % des cas.
Il semble donc bien que si la syphilis joue certainement un rôle étiologique important pour certains cancers linguaux, il est très souvent impossible de déceler la moindre tare spécifique (sérologique ou clinique), chez nombre de porteurs de cancers de la base de la langue.
Quant aux causes d’irritations chroniques, elles jouent leur rôle habituel dans la genèse du cancer ; mais il est facile de concevoir que la base de la langue est beaucoup moins exposée aux irritations, 1rritalions dentaires en particulier, que les bords et la partie antérieure de l’organe.
En ce qui concerne le tabac, il peut être irritant soit par l’action de la nicotine, soit par l’action de la fumée chaude, mais on a certainement tort d'appeler le cancer de la langue : « cancer des fumeurs », car les plus grands fumeurs ne sont certes pas les plus atteints, et bon nombre de cancéreux de la langue n’ont jamais fumé.