‹ Le cancer de la base de la langueChapitre 16 sur 33 · TAC · texte numérisé non relu

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Symptomatologie

Période de début.

Si les cancers de la partie antérieure de la langue, se manifestent assez précocement par des phénomènes douloureux et de la gêne de la mastication, au contraire, les cancers de la base de l’organe, comme d’ailleurs beaucoup de cancers du pharynx, ont une période de début essentiellement latente.

Pas, ou peu de symptomes fonctionnels à cette période ; parfois cependant le malade éprouve une sensation de gêne, de corps étranger, ou d’écorchure au niveau de l’arrière-gorge. Ces phénomènes l’inquiètent d’ailleurs peu, car il n’a aucune gêne de la mastication ; protraction et mobilité linguales ne sont pas modifiées.

Il est donc bien rare que le malade vienne consulter à ce moment.

Cependant, il peut arriver pour différentes raisons, que le laryngologiste ait l’occasion de voir un cancer à cette phase initiale :

Soit que l’exploration pharyngée soit faite de manière fortuite, ou à l’occasion d’une autre maladie, soit qu’il s’agisse de sujets névropathes, qui s’alarment au plus léger trouble fonctionnel, et consultent alors volontiers le spécialiste.

Que va montrer cette examen précoce de la base linguale ?

Soit une petite nodosité encore recouverte d’une muqueuse d’apparence normale ;

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Soit une plaque d'infiltration avec légère altération de la muqueuse sus-jacente ;

Soit une petite fissuration de cette muqueuse, eniourée d’une zone œdématiée.

Quant à la plaque de leucoplasie en voie de dégénérescence qui est le mode de début le plus fréquent des cancers antérieurs de la langue, nous avons déjà vu qu’elle était rare au niveau de la base linguale.

L’examen au miroir laryngoscopique terminé, on palpe la lésion, et ce toucher permet déjà de sentir ce signe capital de l’envahissement néoplasique : l’induration et l’infiltration, toujours plus marquées, plus étendues que ne le laissait prévoir la simple inspection.

Période d'état.

Et le malade s’achemine progressivement vers la période d’état de son affection.

A ce moment apparaissent un certain nombre de symptômes importants qui vont fatalement conduire le malade au chirurgien ou au laryngologiste :

Les douleurs se précisent et s’intensifient ; ce sont rarement des douleurs spontanées dues à l’irritation du glosso-pharyngien par le cancer — mais plus souvent des douleurs provoquées par le passage des aliments chauds, froids ou acides.

Les douleurs se propagent vers l’oreille — et cette otalgie est parfois si intense qu’elle peut au début, aiguiller le médecin sur une fausse route.

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Mais à l’inverse de ce qui se voit dans les cancers antérieurs : mastication, déglutition et protraction de la langue sont encore peu gênées. La parole est peu modifiée. Mais souvent la salivation est abondante — quelques filets de sang peuvent apparaître dans les crachats.

Enfin le sphacèle du néoplasme, r’état saburral des voies aéro-alimentaires supérieures vont ‘entrainer une fétidité de l’haleine qui ira dès lors en s’accentuant de plus en plus.

Si l’on pratique alors l’examen au miroir laryngoscopique, on verra la lésion sur la base linguale, à droite ou à gauche de la ligne médiane, rarement au milieu.

Nous avons vu en anatomie les différents aspects inacroscopiques du cancer :

c’est babiluellement le type ulcéro-végétant auquel on a affaire : tumeur à bords épais et saillants, à fond grisâtre, parsemé de bourgeons exubérants ;

d’autres fois, ce sera une perte de substance de forme ellipsoïdale, à bords taillés à pic, à fond plat ;

ou une « large faille dont les berges et le fond sont recouverts de détritus grisâtres, noirâtres, de caillots désagrégés et de pus » (Sebileau), c’est la forme fissuraire.

Parfois, enfin, c’est un noyau assez volumineux, surélevé et percé de nombreux clapiers, comme une pomme d’arrosoir.

Induration de la tumeur, infiltration de voisinage et dans la profondeur, seront appréciées au toucher digital.

Quant aux adénopathies qui sont à peu près constantes à cette période, nous les avons décrites en anatomie. Explorer soigneusement tous les gîtes ganglionnaires du cou des deux côtés.

Faire un toucher pharyngé, endo-buccal, pour essayer de déceler l’envahissement des ganglions rétro-pharyngiens ; mais il faut bien savoir que ces ganglions sont souvent très difficiles à percevoir à la palpation, et que d’autre part, ils ne sont certainement pas toujours envahis.

Période de terminaison.

Et le cancer arrive à la troisième et dernière période de son évolution, la « période de consomption » de Sebileau.

Tous les signes fonctionnels s’accentuent : douleurs intolérables, mastication impossible, sialorrhée incessante et abondante, hémorragies, fétidité de l'haleine, parole incompréhensible, gêne de la respiration, constituent le lamentable tableau clinique qui précède la fin de ces cancéreux de la langue.

L’inspection et la palpation permettent de constater l’extension de la tumeur dans toutes les directions, ainsi que les grosses masses ganglionnaires adhérentes au plan profond, aux organes voisins et à la peau.

Puis, la cachexie, souvent accompagnée d’œdème des membres inférieurs, accentuée par la déshydratation, la carence alimentaire, la douleur, les hémorragies répétées, la broncho-pneumonie, ne tardent pas à mettre fin à l’existence misérable du malade.

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De nombreuses complications peuvent survenir au cours de l’évolution de ce cancer de la base linguale : du point de vue mécanique, on peut avoir une Gysphagie si intense que le malade est rapidement plongé dans un état d’inanition et de cachexie, où il sera le jouet de la moindre infection ou d’une hémorragie un peu abondante.

Rarement les troubles respiratoires seront très intenses, sauf dans le cas d’œdème de la glotte surajouté.

Mais la flore poly-microbienne qui pullule au niveau de l’ulcération néoplasique, pourra donner parfois des complications infectieuses, telles qu’adéno-phlegmons cervicaux, souvent très graves.

Quant aux métastases à distance, nous avons vu qu’elles étaient ure rareté.

Quelle est la durée approximative de l’évolution d’un cancer de la base linguale abandonné à luimême ? Elle est difficile à préciser, en raison de la période de début, souvent silencieuse ; cependant, la plupart des auteurs sont d’accord pour la fixer entre 12 et 15 mois.

Quant au pronostic, bien qu’il puisse quelque peu varier avec la radio-résistance de la tumeur, avec la précocité du diagnostic, avec l’état des ganglions, on peut dire, d’une manière générale, qu’il est extrêmement sombre ; le cancer de la base de la langue pouvant se ranger sur le même plan de gravité que les tumeurs du pharynx.

Nous ne décrirons pas les nombreuses FORMES CLI- NIQUES du cancer de la base linguale, que l’on peut individualiser suivant la localisation, la propagation,

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ou la prédominence de tel ou tel symptôme : respiratoire, alimentaire, douloureux, etc...

Mais il est une forme sur laquelle nous voulons insister plus longuement. c’est la forme avec adénopathie premier symptôme : Certains auteurs, comme Zuppinger, Menegaux, passent cette forme sous silence, estimant qu’elle est très rare.

Par contre, Ducuing signale qu’il l’a observée dans 20 %, des cas.

Hautant, dans un article du Monde Médical, en 1937, insiste beaucoup également sur la fréquence des cancers latents du pharynx et de la base linguale, et sur l'importance de leur diagnostic précoce.

Pour nous, bien que n’ayant pas rencontré cette forme latente aussi souvent que Ducuing, nous esti mons qu’elle est quand même très importante à vom naître, en raison des intéressants problèmes de dia: gnostic et de thérapeutique qu’elle pose. Ce sont des malades qui viennent consulter parce qu’ils ont cons taté le développement d’une adénopathie dans leur région cervicale ou sous-angulo-maxillaire. Ils n’accusent par ailleurs aucun trouble fonctionnel endo-buccal ou pharyngé, et si l’on se contente d’un interrogatoire et d’un examen superficiels, la plupart du temps. on passe à côté du diagnostic. Si, au contraire, on questionne soigneusement ces malades, on peut parfois mettre en évidence quelques légers troubles fonctionnels, tels que gêne, sensation de corps étrangers au niveau de l’arrière-gorge ; si, enfin, on fait un examen soigneux de l’hypopharynx et de la base linguale, en s’aidant du miroir laryngoscopique, d’un bon

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