HISTORIQUE DU TRAITEMENT
Nous ne saurions aborder ce chapitre de thérapeutique sans faire tout d’abord un rapide Historique du traitement du cancer de la base de la langue. Ce rappel historique nous montrera comment ont apparu et ont évolué les deux moyens thérapeutiques dont on dispose actuellement pour s’attaquer aux cancers linguaux :
la chirurgie et les agents physiques.
La première en date de ces deux méthodes thérapeutiques, est évidemment : la chirurgie.
La CHIRURGIE du cancer de la langue est née vers le milieu da xvur siècle ; ce n’est, en effet, qu’à la suite du beau mémoire que Louis présenta, en 1774, à l’Académie Royale de Chirurgie, que les chirurgiens commencèrent à s'attaquer à la langue : la glossectomie partielle ou totale était née.
Mais, si le principe de la glossectomie était adopté, de grandes difficultés techniques apparurent aussitôt : ce fut d’abord l’hémorragie, qui emportait presque toujours les opérés, ce fut ensuite l’impossibilité où se trouvait le chirurgien d’atteindre par la seule
béance de l’orifice buccal les cancers de la partie postérieure de la langue.
Pour pallier à l’hémorragie, Mirault, Flaubert, Roux, exécuütèrent la ligature préalable des artères linguales ; d’autres tels que Recamier pratiquèrent la ligature progressive de la langue qui provoquait un sphacèle de toute la partie ischiémiée.
Pour obvier à l’étroitesse du vestibule buccal, Joeger en 1831, fendit la joue dans le prolongement de la commissure labiale ; Roux et Sedillot sectionnèrent le maxillaire inférieur.
Tous ces procédés sont exposés dans la thèse de professorat de Maisonneuve, en 1848.
Mais, avec la seconde moitié du xix° siècle, apparaît avec Virchow, Broca, Lebert, l'anatomie pathologique qui succède à la médecine opératoire.
La cytologie du cancer apparaît — on découvre l’envahissement ganglionnaire par les éléments néoplasiques, et un nouveau problème se pose : celui du traitement de l’adénopathie.
Michel (de Nancy), puis Kocher eurent les premiers, l’idée du curage systématique des loges ganglionnaires du cou.
Puis apparaissent les discussions entre les partisans des larges exérèses et ceux des opérations économiques. En France, Verneuil et ses élèves préconisent les ablations larges par voie trans-maxillaire ou sushyoïdienne, permettant d’enlever d’un seul bloc : espaces lymphatiques et lésion initiale. Au contraire, les Anglais, avec Whitehead et Butlin recommandent les opérations par voie buccale, préférant s’abstenir en cas de lésions étendues.
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Trelat fait ressortir l’extrême gravité de ces glossec- ‘ones combinées qu’il attaque violemment : «ce ne sont pas, dit-il, les grosses opérations qui conviennent au cancer de la langue, ce sont au contraire, les petites opérations, car les petites opérations sont celles du début ».
Et la discussion se poursuit au début du siècle actuel, pour atteindre son apogée en 1919, au XXVIIT Congrès Français de Chirurgie, où Vallas, partisan convaincu des larges exérèses par voie transmaxillaire s’oppose à Sebileau, qui préconise depuis longtemps les opérations plus bénignes par les voies naturelles, accompagnées de curage ganglionnaire cervical.
En effet, le traitement chirurgical de l’adénopathie est alors définitivement admis, surtout depuis les travaux de Poirier et de Morestin, qui dès 1913, avaient mis au point la technique de l’évidement des gîtes ganglionnaires du cou. Technique qui sera perfectionnée ultérieurement par de nombreux travaux, entre autres ceux de Roux-Berger, Monod, Duval et Ducuing.
Mais ce qui caractérise surtout le début du xx° siècle c’est l’apparition de la seconde méthode thérapeutique dont nous parlions au début de ce chapitre :
LES RADIASTIONS. — C’est à 1904, en effet, que remontent les premiers essais de traitement par les rayons X des cancers de la langue. Bisserié, paraît être le premier praticien qui ait utilisé cette thérapeutique.
Puis, Pautrier, en 1905; Gaston et Decrosas, en 1906; Beclère, en 1907, utilisent également les rayons de Roentgen, sans résultat d’ailleurs.
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En 1910, Dominici et de Martel décrivent la technique de l’aiguillage des tumeurs malignes de la 1angue par le radium.
Dès lors, de nombreux auteurs vont essayer de mettre au point cet emploi des radiations :
Oudin et Zimmern, en 1913, utilisent les rayons X ; Stevenson emploie le radium ; en 1917, Duane et Grenough présentent 19 cas traités sans succès par radiumthérapie. Forsell préconise l’aiguillage à travers la peau.
Mais c’est surtout Regaud qui va mettre au point dans de nombreux ouvrages la technique de la radiumpuncture.
En 1921, Regaud fait des essais de radiumthérapie par foyers extérieurs ; en même temps, il perfectionne les techniques roentgenthérapiques.
En 1923, ce même auteur, dans son rapport au Congrès de Strasbourg, préconise le traitement des adénopathies par le radium, mais lui reconnaît moins de valeur que vis-à-vis des localisations cancéreuses cutanéo-muqueuses.
Cependant, les travaux se multiplient, les lois de la radiologie se précisent, et les techniques s’améliorent avec Regaud, Roussy, Lacassagne, S. Laborde, Nabias, Berven, Perussia.
Enfin, la méthode des « doses fractionnées » de Coutard acquier! bientôt dans le traitement du cancer des voies aéro-digestives supérieures une place prépondérante, qu’elle conserve toujours aujourd’hui.
Telles sont les nombreuses vicissitudes qu’a subie la thérapeutique du cancer de la langue depuis sa nais-
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sance, au milieu du xvur siècle jusqu’à nos jours : après une longue période où la chirurgie fut toute puissante, car malgré des résultats désastreux, surtout en matière de base de langue, elle était la seule arme qui permit alors de s'attaquer au cancer ; la découverte de l’action des radiations sur les tissus néoplasiques fît naître de nouveaux espoirs au début de ce siècle. Dès lors, chirurgie et agents physiques se compinent, se complètent, ayant chacun leurs défenseurs et leurs détracteurs.
Mais il semble bien que de nos jours, les progrès de la radiothérapie aient tendance à faire reculer de plus en plus la chirurgie dans le traitement du cancer de la base de la langue, comme nous allons le voir dans la suite de cette étude.
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