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LA TECHNIQUE ACTUELLE DU CENTRE ANTICANCEREUX DE LYON

Nous allons maintenant indiquer la ligne de conduite habituellement suivie par le Professeur Bérard et le Professeur Ponthus, au Centre Anticancéreux de Lyon, en ce qui concerne le cancer de la base de la langue.

La conduite de ce traitement est évidemment conditionnée avant tout par :

L'état général du malade, L'état de la lésion linguale, Et surtout l’état des ganglions.

En présence d’un état général déficient, chez un malade présentant un cancer très étendu, avec adénopathies volumineuses, adhérentes, fixées aux plans profonds et à la peau, il est évident que toute thérapeutique ne peut être que palliative : traitement médical, biologique, ligature de la carotide externe, ou quelques séances de radiothérapie à titre moral, constüitueront l’essentiel de cette thérapeutique.

Si cependant l’adénopathie consiste simplement en un gros ganglion sous-angulo-maxillaire, encore mobile ; si d’autre part, l’état général du malade semble

lui permettre de faire les frais d’une intervention, on pourra tenter un curage ganglionnaire cervical, suivi d'irradiation.

Voici la ligne de conduite habituellement suivie dans ce cas:

— Dans un premier temps, curiethérapie de la lésion initiale par aiguillage ;

— Dans un deuxième temps, curage cervical uni ou bilatéral (laisser dans ce deuxième cas, un intervalle assez long entre les deux interventions) ;

— Dans un troisième temps, irradiation externe par rayons X ou télécuriethérapie.

Mais cette thérapeutique ne donne pratiquemment pas de résultats durables, surtout si l’extension de l'adénopathie oblige à un curage bilatéral ; elle peut tout au plus prolonger le malade de quelques semaines ou quelques mois ; il est exceptionnel d’obtenir une guérison définitive.

Mais si l’on a affaire à un cancer encore peu étendu, chez un malade en bon état, sans adénopathie cliniquement perceptible, ou avec ganglions petits, bien mobiles, ne dépassant pas la grosseur d’une noisette où au maximum d’une olive ; on peut escompter un meilleur résultat avec la thérapeutique suivante :

— Soit curie-puncture suivie d'irradiation externe (cette dernière succédant immédiatement à la curiepuncture) ;

Soit irradiation externe seule.

Pas de curage ganglionnaire cervical.

Mais pour que ce traitement puisse être appliqué il

faut que l’adénopathie remplisse les deux conditions essentielles suivantes :

a) Absence d’adénopathie ou ganglions petits (une olive au maximum, nous l’avons déjà vu) car seuls les petits ganglions sont susceptibles d’être stérilisés par les agents physiques ;

b) Que le siège des ganglions leur permette d’être pris dans le champ d'irradiation de la lésion initiale — c’est là une condition indispensable, nous avons vu précédemment pourquoi ; elle est d’ailleurs fréquemment réalisée, comme cn le sait, dans le cancer de la base linguale.

La technique de la curie-puncture est celle que nous avons déjà décrite : aiguillage intra-tumoral.

Quant à l’irradiation externe, en voici le détail : elle est réalisée soit par télécuriethérapie, soit par roentgenthérapie :

1° Télécuriethérapie. — Se fait à Lyon à l’aide d’un appareil chargé de 2 grammes de radium ; deux séances par jour, distance à la peau : 10 centimètres :

Destruction de 30 millicuries dans la journée ;

Deux champs latéraux de 10 x 10 centimètres de surface ;

350 MCD par champ ;

Un jour à droite, un jour à gauche.

Le Professeur Ponthus estime même que ce traitement est insuffisant et qu’il faudrait arriver à utiliser en plus, un champ antérieur et un champ postérieur, afin d'obtenir une destruction de 1.000 à 1.200 milli-

curies.

Le traitement est évidemment poussé jusqu’à l'obiention des tests habituels : radio-épithélite et radioépidermite.

2° Roentgenthérapie. — Se fait sous un voltage de 200.060 volts :

Filtration 2 mm. de cuivre + 2 mm. d’aluminium.

Intensité au secondaire 4 mA.

Distance anticathode peau : 50 centimètres.

Champ à la peau 8 x 10 centimètres.

Dose à la peau par champ 150 « r » de chaque côté matin et soir.

Total : entre 6.000 et 8.000 « r ».

Là aussi il faut obtenir ces tests réactionnels déjà cités.

Roentgenthérapie et curiethérapie ont une action analogue ; mais l’avantage des rayons X sur le radium, est que la plus grande puissance du foyer irradiant permet d'utiliser une distance d'irradiation beaucoup plus grande (50 centimètres au lieu de 10 centimètres).

Donc en résumé dans les cancers entrant dans notre troisième catégorie, c’est-à-dire dans les cancers susceptibles de guérison, le traitement est uniquement confié aux agents physiques ; on n’emploie pas la chirurgie (ni pour la lésion initiale ni pour les ganglions).

Quant aux résultats, bien que nous n’ayons pas fait de statistique récente, ils sont toujours assez décevants et il semble bien que le pourcentage de 10 % de guérison que nous donnions plus haut doive encore être considéré actuellement comme un maximum.

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