‹ Le Cancer de la Grande Courbure de l'EstomacChapitre 25 sur 35 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

BoinoT et Antoine RAyBAUD. (16 mars 1928.)

Il s’agit d’une femme de 50 ans, qui entre dans notre service pour faiblesse générale et pour des phénomènes pulmonaires, légers à la vérité, mais préoccupant fort la malade.

Depuis deux mois environ, cette femme tousse, crache, et surtout perd ses forces, maigrit et se trouve dans l’impossibilité de travailler.

L'histoire de ses antécédents n’est pas suspecte de tuberculose. Cependant, il y a une vingtaine d’années, la malade aurait présenté un syndrome dyspeptique étiqueté ulcère d'estomac, et que cinq années de régime assez sévère avaient parfaitement guéri. Au reste, la malade doit rechercher dans ses souvenirs pour rappeler les circonstances de cette atteinte digestive, et, d'humeur peu accomodante, elle nous rappelle qu'elle vient pour sa toux.

Malgré ses soucis, cette malade n’a, à l’examen clinique, que des signes bien peu importants d’ordre respiratoire. Elle tousse peu, expectore quelques crachats muco-purulents. A lauscultation, on trouve une légère réaction alvéolaire et bronchique aux deux bases.

Bien différents sont les signes digestifs : la langue est rouge, humide, vernissée; les dents sont cariées.

La palpation de l’abdomen, facile à travers une paroi dépressible, molle, permet de sentir dans l’hypocondre et le flanc gauches une tumeur dure, étalée, mobile, irrégulière, se prolongeant en haut sous le rebord des fausses côtes. La palpation est douloureuse. Le foie n’est pas gros, la rate n’est pas percutable. Les autres appareils paraissent normaux.

Les phénomènes généraux sont alarmants : la température oscille entre 38 et 38°5; la pâleur de cette malade est caractéristique; l’amaigrissement est considérable.

En somme, il s’agit d’un cancer développé sur un vieil ulcère calleux de l'estomac.

La radioscopie nous confirme d’ailleurs dans notre opinion lorsqu'elle nous montre, au niveau de la grande courbure, une large lacune à colonnes.

Les jours suivants, notre attention est attirée par la malade sur une violente douleur qu’elle a ressentie, dans le courant de la nuit, au niveau de l’hypocondre droit. Cette douleur, peu intense, est allée en s’apaisant pour persister à l’état diffus. La palpation est douloureuse, le ventre se défend. Nous pensons à une péritonite par perforation du cancer, à l’abcès sous-phrénique.

Une seule chose nous étonne : c’est l’apparition de cette douleur et de cet abcès sous-phrénique à droite, alors que la lésion originelle est à gauche.

Le décès survient la nuit suivante.

L’autopsie, que nous pratiquons trente heures après la mort, nous montre un cadavre œdématié. La tache verte abdominale est très étendue. A J’ouverture du corps, il s’échappe du gaz nauséabond. Le ventre est plein de pus vert, grumeleux. La recherche porte sur l’origine de la péritonite. On trouve derrière le foie une vaste poche de pus épais et vert, horriblement fétide. Le foie enlevé, l’estomac libéré, on va à la recherche de la perforation : il n’en existe aucune trace. Mais on trouve dans l’hypocondre gauche une rate molle, diffluente, accolée d’une manière intense à la grande courbure; derrière elle, une poche de pus, dans laquelle elle baigne,

SORO

communiquant avec la poche interhépatodiaphragmatique. L'estomac est ouvert, et l’on trouve, sur la face interne de la partie supérieure, un squirre encéphaloïde bourgeonnant, large comme une paume de main, perforé en son centre d’un ulcère atone. Le foie montre sur sa face supérieure, près du bord antérieur, un pertuis, qui communique avec l’abcès aréolaire profond. C’est là l’origine de cet abcès sous-phrénique. Les autres organes n’ont aucune lésion.

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