OBSERVATION XIV
André CAIN, J.-H. MARCHAND et AUGIER. (4 août 1928.)
Cret…., 69 ans, employé de banque. Le malade est adressé à l’un de nous le 1° septembre 1927. Il souffre d’amaigrisseiment ét d’asthénié.
Son attention est attirée par une hématémèse de sang rouge survenue le 23 avril de la même année. Elle fut précédée d’une sensation de constriction à la base du thorax.
Un examen radiologique, pratiqué à deux reprises dans un autre hôpital, a donné le résultat suivant : « Remplissage régulier, petit estomac transversal, contractions symétriques, passage pylorique spontané, calibre duodénal généralement augmenté, pas de stase de la baryte ingérée au préalable. Cœur augmenté de volume, bord gauche convexe. »
Un examen pratiqué deux mois plus tard, en ville. par un autr: radiologiste, aboutit aux mêmes conclusions.
Eu juillet, apparaît une douleur survenant deux heures après le repas. Elle débute à gauche de l’appendice xiphoïde et se fixe sur le bord costal droit pendant une heure ou deux, donnant la sensation d’une blessure profonde. Elle disparaît en s'alténuant progressivement. Les crises douloureuses survennent tous les jours après tous les repas, ébauchées même après le petit déjeuner du matin.”
En même temps s’installe la dysphagie. Le malade ne peut préciser si son appétit avait diminué au préalable et ne mentionne pas d'anorexie élective. Cette dysphagie progressive ne porte encore que sur le pain et la viande. Elle s’accompagne d’une sensation d’arrêt rétro-sternal et détermine des crises de hoquet immédiaterient après chaque repas et durant {rois ou quatre minutes. Ces crises cèdent à l’ingestion d’un demi-verre d’eau.
La dysphagie ne s’est jamais accompagnée de régurgitation. Üne seule fois survient une crise de vomissements très
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douloureuse qui dure deux jours et entraîne une intolérance gastrique absolue durant cette période. Pas de nausées, pas de sialorrhée.
Lorsque nous voyons le malade pour la première fois, nous sommes frappés par l’altération de son état général et son amaigrissement (16 kilos en cinq mois). Mais l'examen physique reste négatif : l’épigastre est souple, la région sous-costale gauche se laisse déprimer.
‘Par contre, l'exploration radiologique nous apporte des pré- cisions d’autant plus remarquables que le malade a été, quelques mois auparavant, examiné à trois reprises, et sans résultat, par des radiologistes particulièrement compétents.
1° En position debout, le conduit œsophagien est normalement traversé par la gélobarine. La substance opaque marque un temps d’arrêt au cardia. On note une légère dilatation sus-cardiaque et un passage sinueux, sans contour déchiqueté, dans la portion sous-diaphragmatique de l’œsophage et au niveau du cardia. L’estomac, petit, paraît se remplir et s’évacuer normalement. L’hémi-diaphragme gauche a un contour normal.
2° Par contre, en mettant le malade en position inclinée de Trendelenburg, on démasque une lacune considérable, à coniour déchiqueté, correspondant à la grosse tubérosité gastrique.
Ultérieurement, de nouveaux examens nous ont fait retrouver une déformation identique en position de Trendelenburg; mais la tumeur avait dû subir un accroissement considérable, puisque, même en position verticale, on constatait, au début du remplissage gastrique, que le niveau supérieur de la substance opaque était irrégulier et déchiqueté; mais, très rapidement, la gélobarine descendait dans la partie inférieure de Pestomac et ne dessinait plus les contours de la tumeur.
L'évolution clinique s’est effectuée rapidement sous nos yeux. Une cure d’atropine n’entraîna qu’une rémission passagère des troubles, qui s’accentuèrent progressivement sans qu’il fût possible à aucun moment de déceler, au cours de
l'examen ciinique, la présence d’une tumeur.
A la phase de cachexie ultérieure, nous avons perdu la malade de vue.