HISTORIQUE
Déjà Rayer (cité par Hartmann) avait figuré dans son. atlas (planche XLVI, fig. 3) un cancer du bassinet se présentant sous l’apparence de figues appendues à sa face interne. I! dit ne pas connaître un seul cas de cancer infiltré. :
Mais ce n’est quère qu'il ya une vingtaine nd’anées que commence l’histoire du cancer pyélo-uretéral, avec les premières observations publiées: celles de Wising et Blin, de Hedenius et Waidenstrôm, de Litten.
Cest en 1878 que Wising et Blin publient l'observation d’une femme de 42 ans, qui ressentait de vives douleurs dans la région lombaire ‘et tout le côté droit du ventre, et chez qui à l’examen clinique on trouvait une tumeur allongée et arrondie qui de la région lombaire droite s’étendait obliquement en bas, en avant el en dedans; et réciproquement. T’autopsie montra un cancer primitif de l’uretère droit avec invasion secondaire de la tunique externe du rectum, des ganglions mésentériques, et . hydronéphrose; il s’agissait d’un carcinome médullaire.
Vers la même époque, Hedenius et Waldenstrôm publient un cas de cancer primitif du bassinet et de l’uretère gauches, et Litten publie un cas analogue.
En 1881, à la Société anatomique, M. Gaucher fait
Dès: dE
à | — 15 — connaître le cas d’un homme de 50 ans, chez qui, outré
un cancer généralisé du péritoine, diagnostiqué pendant
‘Ja vie, on trouva un cancer du rein droit ayant manifes-
tement, dit-il, son point de départ dans le bassinet, au niveau de l’embouchure de l’uretère; il avait envahi les calices et les pyramides et s'était arrêté à peu près aux limites de la substance corticale; l'organe dans son entier, était doublé de volume.
En 1883, paraît un fait de myxosarcome primitif de l’uretère dû à Cattani.
L'année 1886 voit éclore trois nouveaux cas, dont un
-à l'étranger, celui de Ribbert : il s’agit d’une petite fille
de 4 ans, qui succomba à la suite d’une néphrectomie pra-
tiquée pour un m xosarcome du bassinetet de l’uretère : P ;
la tumeur du bassinet était perceptible à la palpation et le diagnostic de tumeur du rein avait été porté. L’examen histologique montra qu ’il s'agissait d’un myxo-sarcome
strio-cellulaire. L’uretère était dilaté et envahi par le
- néoplasme jusqu'à une hauteur de 10 centimètres au-
‘dessus de la vessie, La même année, deux autres faits étaient publiés en
‘France : celui de Hartmann, le 1* octobre, à la Société anatomique de Paris, et celui de Spillmann, le 10 novembre, à la Société de médecine de Nancy.
L'observation de M. Hartmann est relative à un homme de 54 ans, ayant des antécédents de lithiase urinaire, qui souffrait de douleurs lombaires et abdominales, avait eu
une hématurie et était tombé dans un état cachectique ; il
| présentait dans la partie gauche du ventre une tumeur
volumineuse, douloureuse, émergeant des profondeurs de
1 ue | lhypochondre et se dirigeant obliquement en bas et en avant, qui occupait le flanc et empiétait sur la fosse iliaque et la partie voisine de la région ombilicale, et avait de l'intestin devant elle. On trouva un cancer primitif du bassinet et de l’uretère, propagé à la plèvre gauche par le diaphragme et au foie, et associé à une pyonéphrose due à une pyélite-calculeuse du même rein, qui seule avait été diagnostiquée ; une néphrotomie avait été pratiquée pour cette pyonéphrose, mais ce ne fut, semblet-il, qu’à l’autopsie qu’on découvrit le cancer. M. Hartmann considère ce fait de cancer du bassinet comme consécutif à la pyélite calculeuse. 5
Dans le cas de Spillmann, il s’agit d’un cancer encéphaloïde du bassinet et du rein, avec généralisation aux ganglions mésentériques et au péritoine, et thrombose des veines iliaques: comprises dans les masses cancéreuses, : qui descendaient jusque dans la fosse iliaque et agglutinaient les intestins ; la dégénérescence avait débuté par le bassinet et s'était développée vers les substances tuberculeuses et corticales du rein, qui avaient été peu à peu refoulées et atrophiées; l’autre rein était augmenté de volume par une hypertrophie compensatrice. Durant la vie, le malade r’avait jamais eu d’hématuries, ni de douleurs lombaires ; il s’était présenté pour une hydrocèle développée par compression de la veine spermatique droite ; il avait une légère albuminurie, et de l’œdème des membres inférieurs. :
Pendant toute une série d’années, la bibliographie reste alors sans s'enrichir, À notre connaissance, d’aucun fait
nouveau, lorsqu’en 1894, à la Société de chirurgie,
de a OT 1
cf
M. Tuffier publie l'observation intéressante d’un cas d’hématonéphrose intermittente par épithélioma du hile du rein et du bassinet : un homme de 65 ans, atteint d’hématurie, présentait cliniquement des alternatives de rétention du sang dans le rein, avec douleur rénale et augmentation considérable de volume de l’organe tandis que Thématurie diminuait et que les urines devenaient même
simplement rosées, puis de phases d’hématurie plus ou
. moins abondante avec diminution de volume du rein et
disparition des douleurs. Le diagnostic de néoplasme du rein ayant été porté et la néphrectomie lombaire prati-
quée, on trouva le rein distendu, doublé de volume et à
surface lobulée, avec réduction du parenchyme rénal à
une coque de quelques millimètres au niveau de la par-
tie moyenne du bord convexe, et présentant une tumeur
dure du volume d’une qrosse noix, occupant exactement
la région rénale du hile et le bassinet.
Bien que dans cette observation la région rénale du hile soit intéressée avec Le bassinet et qu'il ne soit pas spécifié si le point de départ devait être le bassinet, «elle n’en doit pis moins, de toute manière, figurer dans cette
étude, car le siège du néopiasme imprime à l'affection une
physionomie clinique qui rattache incontestablement cette
observation à l’histoire du cancer du bassinet.
Ce cas est, de plus, peut-être le premier fait connu d’hématonéphrose d’origine néoplasique, dont le cas de MM. Toupet et P. Guéniot va nous fournir plus tard un nouvel exemple. Toutefois, dans le fait de M. Tuffier, l’'hématonéphrose est, en outre, éntermittente, eLil y a
Roussel 2
— 18 — / des hématuries, ce qui est d’une grande importance pour le diagnostic.
En 1896, Hektoen rapporte le cas d’une femme de 50 ans qui éprouvait des douleurs dans la région iliaque droite, où l’on percevait à la palpation une tumeur irré-
qulière qui fut prise pour un ostéosarcome de l'os iliaque,
ävec ganglions inguinaux, œdème du membre inférieur
droit et cachexie cancéreuse ; il s'agissait d’un carcinome
de l’uretère droit, avec hydronéphrose et atrophie du A ÿ p P
rein droit ; histologiquement, c'était du carcinome médullaire typique.
Nous voici arrivé au cas de cancer de l'orifice uretéral du bassinet et de l’uretère lui-même, avec volumineuse hématonéphrose, présenté à la Société anatomique de Paris par MM. Toupet et Paul Guéniot le 25 novembre 1898. Une femme de 89 ans, cachectique, ayant des dou. leurs dans le ventre avec violentes irradiations à lacuisse gauche, présentait une énorme tumeur abdominale, rétropéritonéale, qui fut diagnostiquée : tumeur kystique du rein et peut-être hydronéphrose. L’autopsie révéla un cancer pyélo-uretéral pur, sans envahissement du rein qui n'existait plus, du reste, à l’état d’organe glandulaire mais était transformé en une volumineuse poche d’hématonéphrose. Il s’agissait d’un épithélioma cylindrique, remplissant la lumière de l’uretère de végétations qui rappelaient absolument, d’après M. Toupet, l’aspect histologique et le processus de lépithélioma dendritique de la mamelle décrit par M. le professeur Cornil,
Voici enfin que tout récemment, le 11 janvier 1899,
M. Albarran vient d'introduire dans l’histoire du cancer
Lu 26 de A
En AOC
pyélo-uretéral une notion pratique de la plus haute im- |
portance, en montrant le secours et la certitude que peut apporter au diagnostic de l'affection le catéthérisme de l’uretère. Il présentait, en effet, à la Société de chirurgie de Paris, un malade chez qui il avait fait le diagrostic
d’épithélioma papillaire du bassinet, grâce au cathétérisme
deluretère, qui lui avait permis de retirer quelques frag-
ments, dont l'examen histologique a ensuite montré la nature, Le malade était opéré depuis six mois et allait bien.
Il rappelait avoir fait, dans les mêmes conditions, une autre fois, le diagnosti: d’un papillome de l’uretère, dia-
gnostic vérifié par l’opération.
ÉTIOLOGIE
L’étiologie du cancer en généraln’est pas connue, Quel que soit l’orgarte frappé, nos connaissances sur. ce point se bornent à l’influence de quelques circonstances, l’âge par exemple, qui ne sont évidemment pas suffisantes, et ne nous éclairent pas complètement sur les causes de la genèse du cancer.
Si nous ouvrons un chapitre consacré à l’étiologie, ce n’est pas que nous ayons la prétention, pour le cancer pyélo-uretéral plus que pour une autre localisation’ du cancer, de résoudre cette questivn; c’est avant tout pour discuter une influence étiologique à laquelle M. Hartmann, dans le cas dont il a publié lobservation, a attribué un rôle: nous voulons parler de la /i{hïase rénale, de l’existence d’un calcul dans le bassinet et d’une pyélite. « Le cancer du bassinet que nous présentons, a-t-il dit, nous: paraît intéressant, par ce fait qu’il est consécutif à une pyélite calculeuse ; l’histoire clinique ne laisse aucun doute à cet égard. On peut donc observer au niveau du bassinet des dégénérescences cancéreuses comparables , à celles de la vésicule biliaire, qu’on a décrites quelquefois au cours dela lithiase et qui sont connues aujourd’hui ».
Ce qui augmente beaucoup, en effet, l'intérêt de cette
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21 Le is
coïncidence, chez le malade de M. Hartmann, d’un cancer du bassinet et d'un calcal avec pyélite, c'est le rapprochement qu’on en peut faire naturellement avec le fait bien connu des rapports entre la lithiase biliaire et le cancer de la vésicule, l'existence de calculs biliaires étant extraordinairement fréquente, presque constante, dans les cas de cancer de la vésicule.
Or, en ce qui concerue la vésicule, « certains aufeurs pensent que la lithiase préexiste au cancer et que c'est à l'irritation produite par la présence des calculs qu'il faut attribuer la localisation néoplasique sur la vésicule, » De plus, « on sait la fréquence de la lithiase chez la femme; la pression exercée par le corset augmenterait en outre l'intensité du traumatisme exercé par les calculs sur les parois de la vésicule. »
Mais « une autre opinion veut au contraire que la lithiase soit secondaire au cancer biliaire. Celui-ci réalise, en effet, par Fobstacle qu'il apporte au cours de la bile et par les infections ascendantes consécutives, les conditions mâmes de la genèse des calculs. C'est donc, d’une façon énérale, à cette dernière opinion qu'il faut, semble-t-il, se rattacher, bien que déns certains cas la lithiase ait évidemment précédé le cancer ». (1)
Un raisonnement analoque peut être, nous semble-t-1l,
appliqué au bassinet, et nous croyons téméraire d'affir-
mer comme Hartmann, que le cancer de son malaile était
secondaire à la lithiase.
1. Brouardel et Gilbert, Trailé de Médecine, tome v, pages 206 et 207, !
LPO
Nous objectera-t-on, en faveur de l'opinion de Hartmans, que dans son observation il s’agit d’un calcul urique et qui, par conséquent, ne saurait être secondaire ?
On dit, en effet, que les calculs secondaires, liés à une altération pathologique de la vessie, de l’uretère, du bassinet, ont une composition spéciale, soat le plus souvent phosphatiques, tandis que les éalculs uriques représenteraient des calculs pr'mitifs, imputables à l’état diathésique. | ;
Mais nous ferons remarquer que, s’il est prouvé qu'il existe des calculs phosphatiques consécutifs à des lésions des voies urinaires, par contre la question de la pathogépie de la lithiase urique est loin d’être complètement tranchée, et qu'il west nullement démontré que des lésions des organes urinaires ne puissent jouer le rôle d’agent provocateur dans la production des pierres uriques chez les sujets qui présentent la diathèse, la prédisposition li- .thiasique. Certes, nous croyons difficile de nier l'existence et même le rôle prépondérant d’un état diathésique lithogène, mais chez le sujet prédisposé n’y a-t-il pas des causes provocatrices qui aboutissent de temps à autre à la production d’un calcul, et quelles sont ces causes ? C’est ainsi que nous concevons le rôle possible d’un cancer du bassinet. s |
Nous rappellera-t-on, d’autre part, que le malade de Hartmann avait des antécédents lithiasiques manifestes, très anciens, bien antérieurs à son cancer? En effet, il « raconte que, vers l’âge de 7 à Sans, il arendu des graviers par l’urêthre et qu’à celte époque il a suivi untrai-
tement pendant quelque temps. Sa jeunesse s’est passée
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