HISTORIQUE
L’étude du cancer du cæcum commence avec la première opération de résection pratiquée par Kraussold en 1879. Jusqu’à cette date, le cancer du cæcum ne parait pas avoir été diagnostiqué, sans doute il existe dans la littérature quelques observa-* lions de tumeurs malignes reconnues à l’autopsie et constatées par l’examen histologique. Dans la thèse de Haussmann, nous relevons en 1882, 48 observations et les rares opérations pratiquées jusqu’en 1879 furent des opérations de nécessité destinées à lutter contre l’occlusion intestinale aigue ou chronique menaçant les jours du malade. On pratiquait l’anus sur une anse grêle distendue et le malade succombait dans un plus ou moins bref délai. Dès que les affections cancéreuses du cæcum furent inscrites à l’ordre du jour scientifique à la suite des tentatives à la fois éclatantes et désastreuses dé Kraussold, Czerny, Whitehead, Billroth, les travaux se multiplièrent.
Bientôt le rectum est mis hors cadre, mais tous les autres cancers de l’intestin sont confondus dans une même étude clinique et thérapeutique. Chevànnaz paraît avoir entrevu tout l’intérêt de la localisation cæcale du cancer intestinal quand il . écrit dans sa thèse de 1894-1895 : « Le cancer du cæcum semble jouir d’une certaine individualité, et par sa fréquence et aussi par la disposition et les rapports de l’organe qu’il envahit ». Mais ce n’est qu’à la séance de la Société de Chirurgie du 3 avril 1901 que notre maître le Professeur Quénu tranche nettement cette question quand il déclare : « La thérapeutique du cancer du gros intestin ne gagne pas à être étudiée en bloc ; il convient de l’étudier par segments ».
La nécessité dans laquelle nous nous trouvâmes de rechercher dans les travaux si nombreux parus depuis 1880 sur l’importante question de la chirurgie du gros intestin, ici les quelques lignes, là les quelques observations se rapportant au cancer iléocœcal rendit plus ardue notre tâche. Cette difficulté s’accrut encore de ce fait qu’il existe peu de travaux d’ensemble sur le cancer du cæcum, la plupart des articles ont trait à la résection de l’anse iléo-cœcale quel que soit le processus pathologique qui l’ait nécessitée (tuberculose, invagination chronique, fistule ou cancer). Faire l’historique complet de cette dernière affection nécessiterait l’exposé de tous les travaux parus sur le cancer du gros intestin. Aussi nous limiterons-nous aux seiiles publications avant trait au cancer de l’anse iléo-cœcale. Dans cette étude his-
torique, un point se dégage de suite, c’est qu’il existe deux périodes nettement distinctes à envisager :
Une période de tâtonnement,;
Une période où le cancer du cæcum commence à prendre dans la littérature le relief qu’il mérite.
La première va de 1880 à 1900. ^
La seconde s’étend de 1900 à 1908.
Première période de 1880 à 1900. — Durant ces 20 années, rares sont les mémoires ou les thèses qui fixent à une date quelconque le tableau des connaissances acquises jusque-là sur le cancer du cæcum.
Tout d’abord c'est une longue période qui va jusqu’en 1894 où les observations se multiplient. Chacun des auteurs ayant observé un cancer du cæcum et ne craignant pas de soumettre ses résultats bons ou mauvais, apporte sa pièce à l’édifice qui lentement s’échafaude. Tout [au plus deux statistiques intéressantes, celle de Billroth publiée par Salzer et comprenant 6 cas de cancers traités par la résection et celle de Czerny dans laquelle ne sont rapportés que 3 cas, méritent-elles d’être signalées. Les autres observations sont pour la plupart contenues dans les travaux d’ensemble qui commencent à mettre au point la question du cancer du gros intestin. Les rares publications toutes allemandes, ont trait à des modifications de technique
opératoire. Nous réservons une mention spéciale à l’article que Suchier fit paraître en 1889 dans le Berliner Klinische Wochenschrift sur le traitement opératoire des tumeurs du cæcum. En 1892 presqu’à la même date paraissent à la fois dans le Deutsche Zeitschrift fïir Chirurgie et dans les Archiv fïtr Klinische Chirurgie les importants mémoires de Matlakowsky 'et de Salzer ; encore le cancer s’y trouve-t-il voisinant avec les sténoses cicatricielles (Matlakowsky) et les inflammations Chroniques (^alzer).
Après 1892, les travaux vont se multiplier, déjà les cas sont assez nombreux pour esquisser l’histoire thérapeutique de la résection iléo-cœcale. En 1894 deux thèses sont soutenues simultanément devant la Faculté de Paris, celle de Baillet sur la résection du segment iléo-cœcal et celle d’Artus sur l’étude clinique du cancer du cæcum. Ces deux travaux qui semblent se compléter et auxquels il faut joindre la thèse de Vienne soutenue à Lille la même année, marquent en quelque sorte une des étapes de cette question. Durant de longues années, ces thèses resteront l’étude la plus complète de la question. Kôrte en 1895 dans un article du Deutche Zeitschrift fur Chirurgie apporte sa contribution personnelle à l’étude des tumeurs de la région iléo-cœcale et complète la thèse de son élève Wolff parue à Berlin en 1893.
On connaît mieux le cancer du cæcum et certaines particularités d’évolution, certaines complications s’imposent à l’observation des cliniciens et des opérateurs. Notre maître Lejars, en 1897 dans la Revue de Gynécologie , trace le tableau clinique du cancer avec invagination et la ligne de conduite à tenir dans de tels cas, se basant sur un ensemble de 11 observations.
La coïncidence notée du cancer et de l’appendicite jointe aux modalités cliniques que peut revêtir cette dernière affection et aux difficultés de diagnostic qui en résultent sont exposés en 1898 par Fabre dans sa thèse sur les appendicites à forme néoplasique. Machard dans sa thèse de Genève 1899 sur l’extirpation du cæcum, n’apporte qu'un relevé incomplet de diverses observations.
À la fin de Tannée 1899, TLardennois, dans sa thèse consacrée au traitement chirurgical du cancer du gros intestin, rassemble les 100 cas de cancer du cæcum dispersés dans la littérature médicale. Ce travail doit être retenu à titre documentaire seulement, car le cancer iléo-cœcal n’y occupe qu’une place de second ordre ; et à ce titre les tableaux synthétiques qu'il contient sont comme la caractéristique de cette première période, riche en documents sur lesquAs s’élaborent les travaux d’ensemble de la deuxième période.
Deuxième période de 1900 à 1908. — La seconde
période s’ouvre par une grande revue générale de De Bovis parue dans la Revue de Chirurgie , résumé très complet mais un peu confus des données cliniques et thérapeutiques — mais surtout cliniques — du cancer du gros intestin. Le cancer iléo-cœcal n’y occupe pas la* place à part qu’il mérite. Seuls les quelques cas inédits qu£ l'auteur fournit dans ses observations personnelles, viennent heureusement compléter le travail de Lardennois. Nous ne saurions nous arrêter dans ce rapide exposé aux publications de Baer (1900) et de Zimmermann (1900), elles ne s'appliquent pas exclusivement au cancer du cæcum. En 190f et 1902 parurent dans le Journal of the American Association et dans les Aimais of Surgery deux bons travaux. Ce sont les seuls articles qui traitent uniquement et complètement du cancer du cæcum et nous leur ferons dans le cours de ce travail de fréquents et intéressants emprunts.
Le premier dû à Mayo (de Bochester) est une rapide étude clinique et diagnostique du cancer de l'anse iléo-cœcale, mais l’auteur parait n’avoir tracé que le plan d’un travail d’ensemble qu’il ne lui était pas possible de remplir dans cet article, simple publication in-extenso d’une communication, faite dans une Société Savante. La technique opératoire tient une place tellement minime quelle appelle une publication ultérieure. Cumston tenta de mettre au point la question de la symptomatologie, du diagnostic et du traitement du cancer du cæcum se basant sur l’étude de 83 cas recueillis par lui dans la littérature médicale. Mais cet auteur fit œuvre de plagiaire et notre étonnement fut
grand de reconnaître dans certains chapitres de ce travail la traduction mot pour mot de la thèse d’Artus. A la même date Bertier, dans une thèse dé Lyon, reprenait l’étude de Tenté rectotomie dans les tumeurs du cæcum. La question dès ce moment est entrée dans une phase nouvelle. Les rapports de Souligoux, 'de Duret dans les Congrès de 1900 et de 1901, les observations apportées par Quénu et Hartmann à la Société de Chirurgie, durant ces dernières années, sont des preuves de la place que doit occuper le cancer du cæcum. Blanchard (Montpellier 1903) étudie dans sa thèse les indications, opératoires.
A dater de cette époque le cancer de hanse iléocolique est à nouveau dans les diverses publications et thèses Allemandes perdu dans l’exposé général du cancer du colon. Cette même confusion se retrouve dans différentes thèmes de Lyon, Cavaillon, 1905, Coste, 1906. Jouffray et Viallet, 1907. Nous avons exclu à dessein de cet exposé historique général tout ce qui a trait aux perfectionnements successifs de la technique opératoire, nous- réservant de faire complètement cette étude au début du chapitre que nous consacrons au traitement chirurgical du cancer du cæcum.
ETIOLOGIE
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Fréquence. — Le cancer du cæcum est après celui de FS iliaque le cancer le plus fréquent du gros intestin. La fréquence de cette affection est aisément mise en évidence par le tableau suivant :
Cancer
Cancer
de l’intestin
du cæcum
Leichtenstern .
Nothnagel .
Brvant .
Maydl .
Riedel .
Kônig . • .
Boas .
Kôrte .
Czerny .
Mikulicz . . . v . . . . . • .
Schloffer .
Sôrensen .
Treves .
Freidreich .
Krônlein .
Haussmann .
Zimmermann .
Soit en moyenne.
Age. — La courbe ci-jointe montre nettement que le rhaxi mum de fréquence est double.
De 30 à 40 ans, on compte 40 cas de cancer du cæcum ; v
De 40 à 50 ans, on compte 45 cas du cancer du cæcum.
C’est entre 35 et 50 ans qu’apparait le plus fréquemment le cancer de l’anse iléo-cœçale, 1 .
Sexe. — Le cancer du cæcum frappe avec une beaucoup plus grande fréquence le sexe masculin.
Sur 151 cas, nous trouvons :
107 malades du sexe masculin,
44 malades du sexe féminin.
Et dans le tableau ci -joint, nous avons essayé de montrer que les femmes sont surtout frappées de 40 à 50 ans et que les hommes le sont un peu plus tôt de 30 à 40 ans.
Hérédité. — Question toujours discutée, nous ne saurions la résoudre ici n’ayant pas en mains de données suffisantes. Disons seulement qu’il est des faits réellement positifs. L’hérédité ascendante ou collatérale est notée dans unVïertain nombre d’observations, chez un de ces malades vus par nous, le père était mort d’une occlusion aiguë qui paraissait bien être d’uiie nature cancéreuse si l’on s’en rapportait au récit du malade. Un malade est opéré à 38 ans de cancer du cæcum et sa sœur avait
succombé auparavant avec les symptômes de la même affection.
Constipation. — Il est indiscutable que la constipation chronique doit avoir une certaine tendance à irriter la muqueuse du cæcum mais cela n’est rien moins que prouvé.
En effet la femme est beaucoup plus sujette à la constipation et cependant elle est beaucoup moins fréquemment atteinte que l’homme, de sorte qu’une telle cause prédisposante doit être révoquée eu doute.
Inflammations antérieures. — lien est deux que l’ôn retrouve dans les observations. L'une est fréquente, c’est l’appendicite, l’autre est plus rare, c’est la dysenterie.
Dans quatre cas, la dysenterie avait précédé l’apparition des
signes du cancer iléo-cœcal.
Dix malades ont été opérés d’appendicite aiguë quelque temps avant le début du cancer.
Traumatisme. — Il est net dans trois cas. On sait que souvent la fréquence du traumatisme est beaucoup exagérée, les malades ayant toujours tendance à rapporter à un choc ou à un ellort violent la tumeur apparue bien longtemps après ce léger accident.