L'EXCLUSION DE L’INTESTIN
L’entéro-anastomose du fait même des inconvénients qu’elle
présente lorsqu'elle est pratiquée sur le colon ascendant ou sur
le colon transverse conduisait les chirurgiens à modifier certains points de l'opération. C’est ainsi que pour détourner les matières de l’anse iléo-cæcale, on essaya de rétrécir le bout du gros intestin sus-jacent à l’anastomose. Von Hacker plissait transversalement au moyen de quelques sutures les tuniques du colon. — Chaput tenta de lier le colon sans succès. Le procédé de la valvule préconisé par Moseteg-Movrhof qui ligaturait le gros intestin et le grêle au-dessous de l'anastomose et réunissait les séreuses des deux anses ainsi accolées n’a donné. que des résultats passagers. En effet, durant quelques semaines, la fistule se tarissait mais pour rapidement s'ouvrir à nouveau. Cependant en 1885 Trendelenburg (de Bonn) réalisait dans un cas de cancer du cœcum fistulisé une opération nouvelle. Ne pouvant extirper l’anse iléo-cœcale à cause des adhérences de la tumeur et de la généralisation péritonéale déjà nette, Trendelenburg sectionna l’iléon et le colon à distance de la tumeur, ferma le bout afférent de l’iléon et le bout afférent du colon et anastomosa circulairement le bout supérieur de l'iléon au bout inférieur du colon. — La première exclusion de l'intestin venait d'être réalisée en 1885 pour un cancer du cœcum, mais l’auteur n'appela pas l'attention sur son procédé opératoire et l'observation ne parut qu’en 1894 dans un travail de Becker.
En 1891, Jessett, pour un cancer du cœcum, ferme le boutinférieur de l’iléon et implante le bout supérieur dans le colon, réalisant à son tour une deuxième variété d'exclusion. Cependant Salzer étudiait et expérimentait la valeur de l'exclusion intestinale et dans une série de travaux apportait les résultats de cette méthode qu'Hochnegg et Von Eiselberg appliquaient à l'homme avec succès. Dès lors, les travaux se multiplient. L’exclusion de l'intestin prend place dans la chirurgie intestinale et appliquée primitivement au cancer du cœcum, elle étend bientôt son domaine.
En 19092, Langemack, dans un article paru dans les Archiv für Klinische Chirurgie, reprend l'étude de l'exclusion intestinale comme traitement palliatif du cancer iléo-cæcal et apporte les observations de son maitre (Grasser.
Indication de l'exclusion intestinale. — L’exclusion intestinale reconnaît les mêmes indications que l’entéro-anastomose.
Comme cette dernière : ;
Elle assure le cours normal des matières et empêche toute obstruction ; aies |
Elle s'oppose au passage des matières dans toute une parte de l'intestin, représentée ici par le colon ascendant, le cœeum et une partie de l’iléon. ds tue
C’est une méthode dérivée de la précédente mais plus complète qu’elle. En effet, théoriquement l’entéro-anastomose met bien au repos l’anse iléo-cœcale mais nous avons vu que l’assèchement de la partie ainsi exclue était pratiquement incomplet. Après un temps plus ou moins long, les matières jusque-là détournées, refluent dans le cœcum, comme le prouvent les observations de cancers fistulisés traités par la simple entéroanastomose. Sans doute l’iléo-sigmoïdostomie pare à de tels
inconvénients, mais il faut se rappeler que dans un cas de Kôrte,
malgré l’iléo-sigmoiïdostomie, les fistules se rouvrirent après £ .4P
6 mois. L’exclusion vraie peut done venir seconder favorablement l’entéro-anastomose ; c'est une sorte de perfectionnement qui réalise parfaitement la mise au repos d’un cæcum cancéreux.
: Opération palliative simple, l'exclusion peut être au même titre que l’anastomose employée comme premier temps d’une opération radicale pratiquée en deux temps. C’est un point que nous indiquons simplement ici. Sa valeur sera discutée dans l'étude que nous ferons de l’ablation du cancer ducæcum en deux temps.
Procédés d’exclusion intestinale. — L’exclusion peut être uni ou bilatérale.
1° Elle est dite unilatérale quand l'intestin gréle étant sectionné comme pour une résection, le bout inférieur est fermé par un double surjet et le bout supérieur est fixé dans le colon ! soit par une suture termino-latérale, soit par une suturé latérolatérale après fermeture de sa lumière. a :
2 Elle est dite bilatérale quand l’anse iléo-cœcale est complètement séparée du reste de l'intestin par une double section, portant l’une sur l'iléon, l’autre sur le colon. |