III. — CHOIX DES MÉTHODES CHIRURGICALES
Doit-on rappeler que l’importance du choix des méthodes opératoires, c’est-à-dire des principes directeurs qui s’appliqueront judicieusement à l’acte chirurgical selon chaque cas, dépasse singuliérement celle des perfectionnements techniques, car « la clinique ne s’accommode pas de solutions rigides; le grand art et le plus difficile reste toujours de reconnaître et poser les indications avant de les exécuter ».
Le nombre des méthodes qu’on peut appliquer au traitement des cancers du côlon droit est grand, et on en a donné maintes classifications plus ou moins logiques. La plus claire à été proposée par M. Pierre Duval : elle répartit les opérations en trois groupes :
Cancer du côlon droit
1. Les colectomies immédiates, intra-péritonéales, précédées ou non d’une dérivation interne ou externe;
2. La colectomie immédiate extra-péritonéale avec anus in situ (Volkmann, Paul, Hartmann, Mikulicz [ze manière|) ;
3. La colectomie retardée après extériorisation de l’anse cancéreuse (Bloch, Mikulicz [1e manière}, Quénu et Cruet).
Selon les formes anatomo-cliniques, selon le siège du cancer, on choisira de préférence l’une ou l’autre de ces méthodes.
Pour le cancer du côlon, il est classique d’étudier successivement les méthodes applicables aux cancers compliqués et aux cancers non compliqués. Malheureusement on établit ainsi deux classes de faits opposés et on sacrifie l’infinie variété des formes intermédiaires. En effet, on entend habituellement sous le nom de cancers compliqués ceux qui s’accompagnent d’occlusion aiguë ou d’abcès évident. Dans ce cas, le traitement de la complication prime pour un temps celui du cancer et une prudence extrême guide le choix du chirurgien vers les méthodes les plus bénignes. Par contre, dans le groupe des cancers dits non compliqués, on n'hésite pas à rechercher l’emploi de techniques plus rapides, tendance fort dangereuse, car dans ce dernier groupe on ne classe pas que des bons cas et tous les cas intermédiaires, tous ceux qui s’accompagnent d'accidents frustes, y trouvent place. Nous nous sommes efforcé jusqu'ici de montrer la fréquence de l’obstruction et de l’infection périnéoplasique subaiguës, chroniques et même souvent latentes, simples découvertes d'intervention; nous sommes persuadé que cette fréquence est telle que plus de la moitié des cas de cancers du côlon droit, dits non compliqués, ne méritent pas ce qualificatif, si l’on définit les complications plus d’après les risques opératoires qu’elles suscitent que d’après leurs symptômes. La majorité des cas qui ne présentent ni occlusion ni abcès offrent cependant, au point de vue local et général, un mauvais terrain opératoire et leur traitement gagnerait à s'inspirer des grands principes de prudence qui ont permis d’abaisser la mortalité dans les cas où les complications sont plus évidentes. C’est pourquoi nous commencerons notre étude par celle des formes compliquées, formes que certains chirurgiens, comme Grey Turner, un peu enclins au paradoxe, n'hésitent pas à trouver favorables, puisqu'elles interdisent toute tentative hasardeuse.
Thérapeutique chirurgicale