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CANCERS COMPLIQUÉS D’ABCÈS

Nous n’envisagerons ici que les abcès volumineux, cliniquement reconnaissables et non ces collections purulentes rétro-coliques plus ou moins abondantes, qu’on découvre parfois inopinément en enlevant un cancer en apparence non compliqué. Si l’on en juge par la rareté des colectomies pratiquées en présence d’un gros abcès, opérations que leurs auteurs eux-mêmes considérèrent généralement comme de rares audaces, il semble que les suppurations périnéoplasiques restreignent, plus encore que l’occlusion, les possibilités chirurgicales. En effet, dans les cas où un abcès étendu, à limites diffuses, soudé à la paroi, a été diagnostiqué avant l'intervention, il semble que la préoccupation majeure des opérateurs a été de toujours se borner à l'opération minima, au simple drainage de la poche.

Avant et après la guerre, c'est cette dernière règle de conduite qui n'a cessé d’être préconisée et la possibilité d’une exérèse secondaire, après drainage, n'était pour ainsi dire pas envisagée. De même qu’en 1910, à la Société Nationale de Chirurgie, Savariaud terminait la discussion sur ces mots : « Le seul point sur lequel nous sommes tous d’accord, c'est l'impossibilité de faire l’exérèse », de même, les rapporteurs du Congrès de Chirurgie de 1922 n’envisageaient aucune possibilité d’ablation pour ces cancers abcédés. Quatre ans plus tard, Lecène écrivait aussi qu’ «il faudra, en règle générale, savoir se contenter, dans ces cas, d’un traitement palliatif ». Cependant, MM. Charrier et Leibovici ont fait récemment remarquer, que c'est un peu à tort que, jusqu'ici, ces formes ont été considérées comme définitivement inopérables; admettant volontiers que devant l’abcès constitué, il faut de toute nécessité

Thérapeutique chirurgicale

se contenter du simple drainage, ils pensent cependant que tout n’est Pas perdu pour l'avenir, car l’abcédation n'implique pas absolument l'inopérabilité ultérieure. « L'abcès péricolique, disaient-ils, peut être une complication aussi précoce, aussi révélatrice, aussi, dénonciatrice que l’occlusion aiguë. » Or, ce qui réduit le nombre des interventions radicales ce n’est pas l’envahissement inflammatoire, ce n'est pas l'abcès, c’est l'extension du néoplasme lui-même aux organes voisins, extension qui peut être beaucoup plus tardive que la suppuration. A l'appui de cette conception, ces auteurs ont rapporté 19 cas de résections, coliques pour cancers abcédés dont deux observations originales. Sept fois la tumeur siégeait sur le côlon droit : parmi ces 7 colectomies on trouve : une observation de Tuffier (cancer du cæcum, avec abcès, drainage simple de l’abcès, puis colectomie, guérison), un cas de M. Forgue dont nous avons déjà parlé (colectomie d'emblée, guérison); 3 cas de Kôürte (drainage simple puis résection : 3 guérisons), 2 cas de Finsterer (drainage de l’abcès avec exclusion bilatérale immédiate, puis colectomie tardive : 2 guérisons). De plus, M. Lance rapporte dans sa thèse, une observation de Morestin : il s'agissait d’une femme antérieurement soignée par Richelot pour une suppuration de la fosse iliaque droite. Une fistule persistait. Morestin débride d’abord la poche, arrive directement sur le côlon ascendant qui est largement détruit et se contente de cureter et de drainer. Un mois plus tard, il pratique une iléo-sigmoïdostomie avec exclusion unilatérale; un an plus tard, la fistule s'ouvre à nouveau et des bourgeons néoplasiques l’envahissent indiscutablement. Il s'agissait d’un épithélioma mucoïde dont Morestin parvint à mener à bien l’ablation dans une dernière opération. Viallet cite enfin une observation de Zimmermann relative à un cancer du cæcum, où le diagnostic de suppuration fut même fait par ponction. La première opération consista dans le drainage de l’abcès, associé à une iléo-colostomie; la résection cæco-colique fut pratiquée un mois plus tard : mort rapide.

Nous étudierons successivement la conduite à tenir en présence de l’abcès collecté et les conditions d’ablation des cancers abcédés.

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