‹ Le Cancer du Côlon droitChapitre 77 sur 90 · GUÉRISON · texte numérisé non relu

GUÉRISON

Au mois d’août 1913 s’installe subitement une diarrhée qui dure pendant trois mois, résistant aux médications habituelles. I1 n’a pas été constaté d’hémorragies intestinales apparentes. Les troubles digestifs sont nets; il y a de fréquentes nausées; l’amaigrissement a atteint 17 kg. La fosse iliaque droite est très douloureuse, on y sent une tumeur dure.

Cancer du côlon droit

Examen vadiologique. — Le lavement bismuthé montre que le cæcum est un peu irrégulier et fait corps avec la tumeur. Il y à comme une image diverticulaire irrégulière à la partie interne et inférieure du cæcum.

Opération le 18 mars 1914. — Résection iléo-cæcale avec suture terminoteyminale, par M. le professeur Gosset. — Aides : MM. Jean Berger et Charrier.

Anesthésie : chloroforme.

Laparotomie latérale droite en dehors du muscle droit. On constate l'existence d’une tumeur du cæcum remontant sur le côlon ascendant. On la mobilise par décollement colo-pariétal et on la résèque. Après ligature des artères du mésocôlon, on réunit l’iléon et l’ascendant par une suture termino-terminale. On place au contact de la suture un drain et des mèches en limitant bien le drainage au foyer opératoire. Fermeture de la paroi à la soie. Durée de l’opération : 35 minutes.

Les suites opératoires ont été très simples. La malade n’a jamais dépassé 38° et sort guérie au 45° jour.

Nous avons appris que, malgré son grand âge, elle a encore vécu en parfaite santé pendant 8 ans, après son opération, et est morte d’une infection intercurrente à l’âge de 80 ans.

Examen anatomo-pathologique (n° 542).

Macroscopiquement. — Cancer du cæcum et du commencement de l’ascendant. Tumeur ulcérée large comme une pièce de 5 fr., siégeant à la face postérieure juste au-dessus de la valvule iléo-cæcale. Deux petites tumeurs de la taille d’un petit pois siègent à 4 cm. au-dessus de la masse néoplasique. L'une d'elles est prélevée pour examen.

Microscopiquement. — 19 Le néoplasme est constitué par un épithélioma cylindrique très typique en certains points, mais en d’autres stratifié et plus ou moins atypique. Pas de nappes de substance mucoïde, mais seulement des produits de désintégration cellulaire. C’est un produit de nécrose très réfringent, éosinophile (PL. XIX, B}). Il se comporte vis-à-vis des macrophages comme un véritable corps étranger et ceux-ci réalisent en certains points de faux aspects dyskératosiques. Très forte réaction du chorion. Sur les coupes colorées au muci-carmin, on voit pourtant l’existence de très rares globules de mucus.

La surface est ulcérée et recouverte d’une fausse membrane purulente. Sur cette surface, les tubes néoplasiques tendent à s'implanter perpendiculairement et à reproduire l’aspect des glandes intestinales; en profondeur, la direction des tubes est absolument quelconque; ils traversent les musculeuses et atteignent les franges graisseuses.

2° Une des petites tumeurs de la muqueuse colique (PL. XVIII) est formée par un groupe de glandes hyperplasiques supportées par une sousmuqueuse épaissie et surtout par une saillie conjonctive dépendant du chorion. Les glandes plus longues que les glandes normales sont assez régulièrement disposées, les unes étroites, les autres dilatées, quelques-unés franchement kystiques. Leur épithélium est très haut. Il est formé en certains points de cellules très minces dont le sommet est creusé d’un calice muqueux très profond dont le fond se rapproche beaucoup du noyau de la

Observations

cellule (PL. XIX, A). D’autres cellules, au contraire, n’ont aucune sécrétion muqueuse, ont un gros noyau, sont de véritables cellules sombres qui alternent avec les cellules caliciformes et leur sont quelquefois contiguës. Les bords de cet adénome présentent toutes les formes de transition avec la muqueuse normale qui l’environne.

Observation XXV.

Mme DEH..., CINQUANTE-NEUF ANS. — CANCER DU CÔLON ASCENDANT. — HÉMICOLECTOMIE EN UN TEMPS. — GUÉRISON.

Depuis 3 ans, la malade présente tous les deux mois, une crise de coliques, qui commence le soir et dure toute la nuit. Au matin, surviennent des vomissements alimentaires ou glaireux. Depuis 6 mois, elle accuse une grande faiblesse, un notable amaigrissement.

Les renseignements fournis par l'examen paraissent, à première vue, difficiles à interpréter. On trouve par le toucher bimanuel un petit fibrome utérin et, dans la fosse iliaque droite, une masse arrondie et bien mobile. S'agit-il d’un fibrome pédiculé ? Les troubles intestinaux sont-ils dus à une compression extrinsèque ? En ce cas, le fibrome, de la taille d’une mandarine, paraît bien petit pour les occasionner. Aussi s’attache-t-on à l’éfude radiologique de l'intestin.

Le repas baryté montre une stase iléale manifeste, un remplissage correct du cæcum, l’absence d'injection de l’angle droit en un point qui correspond à la masse perceptible à la palpation.

Le lavement passe l’angle droit et s'arrête immédiatement après, bien au-dessus du cæcum qui n’est pas rempli.

On peut donc, radiologiquement, affirmer une sténose intrinsèque du côlon droit.

Opération le 25 juillet 1921. — Hémicolectomie droite, par M. le D' Charrier.

Anesthésie rachidienne.

Laparotomie médiane sous-ombilicale. On trouve un petit fibrome pédiculé et une annexe gauche dure et adhérente, le tout peu volumineux. On se porte vers le côlon ascendant et on y trouve un néoplasme gros comme le poing, fort mobile. On décide de laisser le fibrome puisque la malade ne présente pas d’hémorragies et d’enlever le cancer. Section du grêle au thermocautère après écrasement à 30 cm. du cæcum; fermeture du bout proximal par un catgut en bourse et deux surjets d'enfouissement à la soie.

On libère alors le cæcum, le côlon droit, l’angle droit et on sectionne leur méso sur des pinces, le ligament hépato-colique étant coupé à part. On sectionne le côlon transverse après écrasement. Fermeture du côlon par 2 surjets. Ligature des vaisseaux coliques et anastomose iléo-transverse

latéro-latérale isopéristaltique, à la soie, large de 3 travers de doigt. La bouche est au voisinage immédiat de la terminaison des sutures faites précé-

Cancer du côlon droit

demment. On unit par un point le mésentère et le mésocôlon transverse et on ferme la paroi sans drainage. 0

Les suites opératoires sont des plus simples et la malade sort guérie le 27 août 1921.

Suites éloignées : après 5 années d'état général parfait, elle mourut en 1926, très probablement de récidive abdominale.

Examen anatomo-pathologique de la pièce (n° 716).

Examen microscopique. — Épithélioma très polymorphe : végétant ou atypique selon les points.

Tubes glandulaires à épithélium muni d’un plateau et renfermant souvent dans leur lumière des cellules épithéliales desquamées; tubes tassés les uns contre les autres, sans interposition de stroma conjonctif. Ailleurs, tubes glandulaires fortement dilatés, à épithélium bourgeonnant en végétations dendritiques anastomosées.

Les îlots épithéliaux pleins prédominent en certains points.

On trouve également parfois des aspects indifférenciés au contact de zones cylindriques. On met en évidence sur une coupe colorée au muci-carmin la présence de mucus, soit à l’intérieur, soit en dehors des zones épithéliales dégénérées. Même dans les zones d'épithélioma indifférencié, certaines cellules conservent le pouvoir de sécréter du mucus, mais c’est là un fait rare si l’on envisage son extension dans toute l'étendue du néoplasme. Un important segment de la coupe montre une réaction fibreuse, squirrheuse, étouffant et dissociant les éléments néoplasiques.

Deux ganglions ont été prélevés; l’un est envahi par une métastase de type indifférencié, l’autre est indemne.

Observation XXVI.

Me GIR.…, QUARANTE-SEPT ANS. — CANCER DU CÔLON ASCENDANT. — HÉMICOLECTOMIE EN UN TEMPS. — GUÉRISON.

Quelques troubles intestinaux vagues l’amenèrent à se faire opérer d'appendicite il y a 3 ans; mais, au bout de 6 mois, elle vit réapparaître des douleurs abdominales vagues, persistantes, localisées à la fosse iliaque droite. Depuis un an, elle va à la selle de 1 à 4 fois par jour, en diarrhée, mais n’a jamais remarqué d'émissions de sang. Elle n’a pas notablement maigri.

La palpation montre l'existence d’une tuméfaction abdominale, de la taille d’un poing, donnant le contact lombo-iliaque, légèrement mobile dans le sens transversal. Elle s’estompe au-dessous du rebord antérieur du foie et gargouille à la palpation.

Aucun antécédent pathologique à noter, sauf l'existence d’une péritonite bacillaire à l’âge de 22 ans.

La yadiographie montre une image lacunaire du côlon ascendant.

Observations

Examens de laboratoire.

Azotémie : 0,34 °/0o.

Globules rouges : 4.360.000. Globules blancs : 6.600.

Opération le 20 juillet 1928. — Hémicolectomie en un.temps, par M. le professeur Gosset. Aides : MM. Charrier et Seillé.

Anesthésie : éther. | ‘

Longue ïincision prolongeant l’ancienne incision d’appendicectomie. On libère de nombreuses adhérences qui entourent une tumeur colique située au-dessus du cæcum. On pratique la résection du côlon jusqu’à l’angle droit et on fait une iléo-transversostomie termino-latérale au bouton de Murphy. On fixe l’épiploon par-dessus la suture colique par quelques points au catgut. Un drain et 3 mèches sont placés dans la brèche péritonéale qu’on ne referme que partiellement.

Suites opératoires.

Les gaz sont rendus au 2° jour, les selles au 8e. Ablation des mèches du TOUTES ÉNOUT. |

Lever au 23€ jour. La malade sort guérie le 292 jour.

Suites éloignées.

Une radiographie a pu être faite le 7 janvier 1920.

Le point où a été pratiquée l’anastomose ne se remplit pas complètement de substance opaque. Il semble exister quelques adhérences mais qui limitent peu la mobilité intestinale.

On revoit la malade le 28 mars 1930. Il existe alors une induration suspecte près de l’ombilic, qui semble être une récidive.

Radiothérapie pénétrante, par le D' Ledoux-Lebard.

10 Du 10 mai au 11 juin 1930, par 3 portes d’entrée, une antérieure, une latérale, une postérieure, la malade reçoit 12.000 KR. (4.000 par porte).

Le 20 octobre 1930, l'amélioration est très importante, la zone empâtée a presque complètement disparu. L'état général est excellent.

20 Du 9 février au 1er avril 1931, elle reçoit de même 6.000 KR (2.000 par porte).

La zone empâtée existant entre la cicatrice et l’ombilic s’assouplit, diminue en étendue.

Le 22 juillet 1932, l’opérée est revue en parfaite santé.

Le lavement opaque remplit le côlon et arrive au niveau de l’angle droit, passe à travers l’anastomose dans l’iléon. L'image à l'écran paraît normale. I1 n’y a pas de lésions pariétales au niveau de l’anastomose, mais seulement des gaz qui rendent incomplète la réplétion. Les anses grêles ne sont pas dilatées; il n’existe pas de cul-de-sac colique.

La région opérée est un peu sensible à la palpation et la mobilité de ces segments intestinaux semble limitée par des adhérences.

Examen anatomo-paihologique de la pièce (n° 6.417).

Examen microscopique. — Cancer largement ulcéré. Épithélioma cylindrique non colloïide avec très large nécrose granuleuse, fortement éosinophile. En quelques points on note une tendance à la forme glandulaire par suite de densification épithéliale et de raréfaction du stroma.

JEAN GossEeT, 17

Cancer du côlon droit

Tous les plans pariétaux sont envahis. Il existe des lésions inflammatoires secondaires très importantes.

Deux ganglions épicoliques intéressés par la coupe ne sont pas envahis, mais une grosse masse néoplasique en plein tissu celluleux sous-péritonéal résulte peut-être de l’envahissement d’un ganglion; il est impossible de l’affirmer car il ne reste plus trace de tissu lymphoïde.

Observation X XVII.

MSo7zre OUARANEPBSHUMANSS CANCER DU CÆCO-ASCENDANT. — HÉMICOLECTOMIE EN UN TEMPS. — GUÉRISON.

Le malade, jusque-là en bonne santé, présente depuis 8 mois une diarrhée chronique mais peu abondante, qui a subitement cessé il y a un mois. Il a perdu l'appétit, a maigri de 8 kgs.

Il y a 4 mois, il a remarqué lui-même l'existence d’une masse dure. du volume d’un œuf, qu’on retrouve aisément dans l’hypochondre droit, à 3 travers de doigt au-dessous du rebord costal.

La palpation est partout légèrement douloureuse. Rien au toucher rectal. À signaler dans les antécédents une syphilis contractée il y à 17 ans. Le B.-W. est encore fortement positif.

Première opération le 23 juillet 1913. — Hémicolectomie droite, par M. le professeur Gosset. Aides : MM. Jean Berger et Canto.

Anesthésie : chloroforme.

Incision oblique droite. La tumeur paraît siéger assez haut sur le côlon ascendant. Elle semble adhérer en arrière et se prolonger en dedans par de gros paquets ganglionnaires.

Ablation du cæcum, du côlon ascendant et de l’angle droit. On termine en faisant une anastomose bout à bout entre la terminaison de l’iléon et le transverse. On met un drain et 2 mèches. Surjet péritonéal au catgut. Fermeture de la paroi aux fils de bronze.

Les suites ont été très simples. Les gaz ont été rendus le 2° jour; selle spontanée au 4°. Ablation des mèches au 7° jour, du drain au 15°. Le malade sort guéri au 26° jour. Il était encore vivant et en bonne santé en 1932.

Examen anatomo-pathologique (n° 379).

Examen macroscopique. — Cæcum induré et hypertrophié; le côlon ascendant est lui-même induré jusqu'à un étranglement annulaire situé au-dessus de l’abouchement iléal. En arrière, la racine du mésentère est occupée par un volumineux paquet ganglionnaire.

Après incision, on constate que tout le cæco-ascendant est recouvert par une muqueuse épaissie, irrégulière, grisâtre, qui se continue en haut avec la muqueuse colique normale au niveau d’un éperon circulaire, formant un diaphragme presque complet. La limite entre les lésions et le tissu normal est marquée par la disparition des plis transversaux de la muqueuse colique.

Observations

Histologie. — Toute cette muqueuse colique altérée est constituée par un épithélioma cylindrique souvent atypique, très indifférencié et cependant, en d’autres points, pseudo-glandulaire. Il est étalé en nappes superficielles et remplace méthodiquement par ses bords la muqueuse normale. Le cancer semble se détruire progressivement en surface à mesure qu’il gagne en profondeur : en certains points, il est déjà dans la musculeuse circulaire et cependant son épaisseur est là très comparable à celle qu’on lui trouve dans les points où l’envahissement est minime. Les tuniques intestinales présentent des lésions inflammatoires très nettes au voisinage du cancer : petits abcès dans la sous-muqueuse, traînées de lymphangite, endo- et péri-vascularite dans les musculeuses et le chorion; celui-ci est très œdématié dans la sorte de diaphragme qui limite en haut le néoplasme.

Les ganglions rétro-cæcaux sont les uns indemnes, les autres envahis par le cancer qui revêt, dans ces métastases, un aspect remarquablement atypique et se développe dans un stroma très scléreux.

Observation XXVIII.

M. VOG..., SOIXKANTE-HUIT ANS. — CANCER DU CÆCUM. — HÉMICOLEC- TOMIE DROITE, EN UN TEMPS. — (GUÉRISON.

C’est 2 ans avant de venir consulter que le malade a présenté ses premiers troubles intestinaux. Il s'agissait de crises de diarrhée intermittentes acccompagnées de petites coliques. Auparavant, ses fonctions intestinales se faisaient avec une régularité parfaite.

Plus tard, les coliques se sont accrues en intensité et le malade accusait souvent après les repas des douleurs à type de torsion allant de l’ombilic vers le fosse iliaque droite et s’accompagnant constamment de gargouillements. Il y avait en même temps souvent un peu de ballonnement passager de l'abdomen. Par ailleurs, le malade avait pleinement conservé son appétit, n’était pas anémié, à peine amaigri.

C’est il y a un an que, par hasard, il a constaté pour la première fois l'existence d’une masse dure, grosse comme une noix verte, qu'il pouvait lui-même déplacer aisément de droite à gauche dans sa fosse iliaque droite. Les douleurs, les borborygmes, les crises diarrhéiques devenaient de plus en plus fréquents. Six mois avant de venir consulter, il à présenté 2 ou 3 hémorragies intestinales. Il a maigri, pendant ces dernières années, d’environ 8 kgs.

Examen. — On peut sentir dans la fosse iliaque droite une tumeur de la taille d’une petite mandarine, très dure, immobile dans le sens vertical, mais un peu mobile transversalement. Les autres organes paraissent normaux.

Examen radiologique. — Le remplissage colique est normal, jusqu'à l’angie sous-hépatique. Le cæcum est toujours mal rempli, mais il paraît très spasmé.

Cancer du côlon droit

Opération le 8 août 1927. — Hémicolectomie droite, par M. le D' Raymond

Bernard.

Anesthésie rachidienne.

Incision latérale droite de 10 cm. Néoplasme gros comme le poing, parfaitement mobile, mais avec de très gros ganglions remontant haut dans l'angle iléo-cæcal et qui, pour être enlevés, nécessiteront, à cause de la disposition des vaisseaux, une résection iléale de 15 cm. et une section du côlon transverse étendue jusqu'à la ligne médiane. Décollement colopariétal facile. Ligature première des vaisseaux. Sections intestinales. On s'assure qu’elles saignent.

Fermeture du côlon en 2 plans. Anastomose iléo-transverse terminolatérale faite contre la fermeture colique, horizontalement, sur la bandelette antérieure. Hémostase. Péritonisation de toute la fosse iliaque droite. Un drain. Fermeture de la paroi à la soie.

Les suites opératoires ont été simples et nous avons appris en décembre 1932 que le malade était resté en parfaite santé, avait engraissé et ne présentait absolument aucun trouble intestinal.

Examen anatomo-pathologique (n° 5430).

Examen macroscopique. — Tumeur végétante d'aspect velouté, villeux, occupant tout le cæcum. On s'aperçoit, en écartant les villosités, que certaines sont pédiculées. L’une d’elles particulièrement, grosse comme un pois, représente un petit polype implanté par un fin pédicule en muqueuse saine, à quelques millimètres de la masse principale. Le centre de la tumeur est ulcéré, dur, d'aspect gris blanchâtre (fig. 18).

Examen histologique. — La coupe est celle d’un épithélioma cylindrique végétant qui, à première vue, paraît peu infiltrant. En réalité, les musculeuses éversées sont largement envahies au milieu de la coupe par un épithélioma cylindrique d’aspect dendritique.

Les limites de la coupe sont intéressantes. A l’une d’elles, la muqueuse et la muscularis mucosæ s'arrêtent net. Les cellules cancéreuses s’étalent en surface sur la muqueuse. Toujours à cette frontière, deux petites végétations présentent des caractères qui les différencient des végétations néoplasiques qui sont fortement colorées, où les cellules muqueuses sont exceptionnelles. Ces deux ou trois végétations présentent un aspect intermédiaire. On y rencontre quelques tubes normaux à cellules calciformes, entourés de zones épithéliales à cellules sombres (PL. XVII).

L'autre limite offre des aspects d’hyperfonctionnement muqueux, des cellules qui ont conservé leur forme cylindrique mais sont muilti-stratifiées et souvent atypiques.

D'autres prélèvements faits à la périphérie de la tumeur villeuse montrent le même aspect d’hyperfonctionnement mucipare avec une atypie cellulaire plus ou moins marquée selon les places.

Sur les 2 ganglions prélevés, on constate des signes d’envahissement. L'un n’est que partiellement envahi, l’autre est le siège d’une métastase d'aspect pseudo-colloïde à grands kystes. On retrouve des cellules caliciformes dans les métastases épithéliales.

Observations

Observation XXIX.

M. MOR.., TRENTE-QUATRE ANS. — CANCER DU CÔLON ASCENDANT. — HÉMICOLECTOMIE DROITE EN UN TEMPS. — GUÉRISON.

L'observation détaillée nous manque et le malade habitant l'étranger, nous n'avons pu obtenir de renseignements précis sur son histoire clinique. Nous savons seulement que ce malade, très jeune, âgé de 34 ans seulement, a vu se développer en quelques mois une tumeur dans la fosse iliaque droite. La diarrhée s'était installée. Il se sentait très faible, avait considérablement

maigri. | La radiographie montre un défilé colique droit irrégulier et anfractueux. Opération le 24 novembre 1923. — Hémicolectomie droite en un temps,

par M. le professeur Gosset. Aides : MM. Lœwy et Braine.

Anesthésie : éther.

Laparotomie médiane sous-ombilicale. On voit une tumeur du côlon droit qui semble bien être un néoplasme. Le mésocôlon est très épaissi, infiltré et contient de nombreux nodules ganglionnaires hypertrophiés.

Résection du cæcum, du côlon ascendant et de la moitié droite du transverse. Le mésentère est réséqué assez largement, mais on a la conviction qu’on a dû laisser de nombreux ganglions envahis et même en arrière on a dû couper à travers un tissu lardacé qui semble correspondre à des prolongements du néoplasme dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal.

Hémostase du mésocôlon, fermeture des bouts colique et grêle par un double surjet à la soie. Anastomose iléo-transverse iso-péristaltique latéro-latérale à la soie. On ferme la brèche mésentérique par quelques points au catgut et à la soie. Le drainage de la zone décollée est assuré par un drain et une mèche. Fermeture de la paroi à la soie. Durée de l’opération : 1 heure. |

Suites opératoires : simples. Les gaz ont été rendus au 3° jour. Ablation du drain au 122 jour. Lever au 28° jour.

Sachant l’ablation chirurgicale insuffisante, M. le Dr Ledoux-Lebard commence le plus vite possible les séances de radiothérapie pénétrante.

Du 14 au 25 janvier, le malade reçoit par une porte d'entrée, cæcale, 2.000 R., puis en mai de la même année, en huit séances, du 2 au 24, il. reçoit à nouveau par deux portes d'entrée, une antérieure et une latérale, une dose totale de 4.000 K.

L'état général était excellent à la fin du traitement.

Le malade a été revu en 1931, soit 8 ans après son opération, en parfaite santé, malgré la gravité évolutive de son cancer et l'insuffisance de l’exérèse.

Examen anatomo-pathologique (n° 2122).

Examen macroscopique. — Volumineuse tumeur bourgeonnante, à peine ulcérée, siégeant sur le côlon ascendant, à 3 cm. au-dessus de la valvule iléo-cæcale. La tumeur a progressé circulairement, mais il existe encore sur

Cancer du côlon droit

la paroi postérieure de l'intestin un petit sillon vertical non envahi qui interrompt la continuité de l’anneau tumoral.

Examen microscopique. — L'aspect de la coupe est bien spécial. La tumeur a environ 3 cm. de haut.

A son voisinage, en amont et en aval, les tuniques intestinales sont le siège de processus inflammatoires intenses : œdème du chorion avec production de nombreux néo-centres lymphoïdes. La muqueuse saine est hyperplasiée : en quelques points, la sécrétion muqueuse distend à l'extrême les cellules et par endroits l’architecture est un peu anormale; les culs-de-sac sont irréguliers et si les cellules qui occupent leur fond sont encore d’apparence bénigne, leur hyperchromatisme est notable (PL. XV1).

La tumeur elle-même est très différente sur ses bords et au centre ({PL.IX).

Sur ses bords, la prolifération épithéliale est largement bourgeonnante, mais son envahissement en profondeur se borne à la sous-muqueuse. Les musculeuses sont respectées. Elle s'étend dans le chorion sous des zones muqueuses saines, qu'elle attaque par la profondeur. La tumeur a une structure villeuse avec quelques plages de dégénérescence colloïde entourées complètement ou incomplètement par une rangée de cellules néoplasiques dont aucune n’est de type caliciforme.

Au centre, la tumeur, au contraire, ne présente presque aucun élément épithélial. C’est une zone nécrotique ulcérée. Les deux musculeuses sont détruites et leurs bords sont éversés vers la lumière intestinale. Toute cette zone est comblée par du tissu cicatriciel; l'aspect général évoque celui d’une tumeur végétante dont le centre serait nécrosé.

Au niveau des ganglions existent des métastases très étendues, reproduisant exactement le type cylindrique primitif. Dans l’un d’eux, la dégénérescence mucoïde est tellement étendue qu’elle amène la formation d’un véritable kyste unique occupant tout le ganglion. Seule, une couche de cellules néoplasiques borde, et encore parfois incomplètement, ce kyste. Un autre ganglion est le siège de cavités mucoïdes multiples et irrégulières. Un dernier semble indemne sur plusieurs coupes. Une seule montre en un point localisé un tout petit nid néoplasique qui auraït fort bien pu passer inaperçu si la coupe n’avait eu la chance de l’intéresser.

Observation XXX.

M. BEC..., CINQUANTE-QUATRE ANS. — CANCER DE L'ANGLE DROIT ET DE LA PARTIE DROITE DU TRANSVERSE. — HÉMICOLECTOMIE EN UN TEMPS. — Mort.

Le malade présente depuis 6 mois une constipation opiniâtre que depuis 2 mois quelques débâcles diarrhéiques entrecoupent. Jamais il n’a souffert. Ce n’est que récemment, 15 jours avant son opération, qu’il a présenté une crise plus sérieuse avec fièvre à 309, frissons, diarrhée sanguinolente et c'est Iortuitement que fut découvert un empâtement diffus, dur, douloureux dans

Observations

l’hypochondre droit. Si les signes physiques orientaient vers le diagnostic de cholécystite, l’histoire clinique, l’anémie intense du malade firent songer à la possibilité d’une lésion colique droite, sans doute infectée.

Un lavement baryté donné sous écran affirme l’existence d’une sténose incomplète sur la branche gauche de l’angle sous-hépatique.

Examens de laboyatoire. — Azotémie : 0,28 9/00. — Globules rouges : 3.620.000. — Globules blancs : 9.500. — Hémoglobine : 65 %. Opération le 16 juillet 1925. — Hémicolectomie droite avec iléo-sigmoïdos-

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