LYMPHATIQUES
Il est banal de dire que seule une connaissance parfaite de l’anatomie des lymphatiques permet de régler des opérations d’exérèse larges et curatrices en cas de cancer. Aussi ferons-nous à cette étude une place importante, tout en reconnaissant d'emblée que, dans un problème aussi délicat que celui de la propagation cancéreuse, ce serait folie que de faire trop confiance aux seules données anatomiques sans les confronter avec celles de l’anatomie pathologique. Ces réserves sont-elles justifiées?
Autrefois toute l'attention des chirurgiens se concentrait sur les ganglions. Descomps et Turnesco ont eu le mérite d’insister, sinon les premiers, du moins avec force, sur l’importance des courants lymphatiques, qui dépasse celle des ganglions qui leur sont annexés; cependant on ne peut pas tirer de déductions pathologiques et thérapeutiques absolues de la configuration de ces courants lymphatiques telle qu’elle se présente sur le cadavre. Celle-ci ne nous renseigne pas ou à peine sur leur comportement # vivo, sur la vitesse et le sens que prend alors la lymphe à l’intérieur des réseaux, sur la prédominance d’une voie sur une autre, sur le pouvoir d’arrêt des ganglions. Plus simplement, quelles que soient ces précisions que l’on possède sur l’anatomie des lymphatiques, on ne
= Si —
Cancer du côlon droit
devra jamais oublier que le trajet que suit le bleu de Gérota injecté en un point bien limité des tuniques intestinales d’un nouveau-né mort n’est peut-être qu’une caricature trompeuse de l'itinéraire qu'emprunterait en réalité une cellule cancéreuse émigrée du même endroit.
Ces restrictions faites, rappelons les multiples travaux qui furent consacrés aux lymphatiques des côlons; citons ceux de Clado, de Lockwood, de MM. Tixier et Viannay, de Polya et Navratil, la description si claire et si parfaite de Jamieson et Dobson, les recherches plus récentes de Franke, de Braithwaite, de Descomps et Turnesco. M. Rouvière a repris tout dernièrement cette étude, l’a précisée et condensée en une synthèse lumineuse, débarrassée des détails inutiles ou inexacts accumulés par des anatomistes en quête d'originalité. Personnellement, guidé et aidé par M. Rouvière, nous avons injecté 16 sujets, tous des nouveaunés, nous attachant plus à préciser quelques détails topographiques ou à contrôler l'existence des voies peu classiques qu’à reprendre complètement toute l’étude des lymphatiques du côlon droit.
Dans cette étude, nous séparerons complètement la description des voies lymphatiques de celles des groupes ganglionnaires qui s’échelonnent sur leur trajet, les premières offrant un caractère de constance et de régularité qui s'oppose à la variabilité des seconds dont toute schématisation est forcément un peu inexacte et arbitraire.