CHAPITRE II
ETIOLOGIE
Comme nous venons de le voir, il est bien difficile de dire que certaines races sont plus prédisposées que d’autres.
On ne peut pas dire, non plus, pour rester dans notre sujet que les jeunes gens soient particulièrement prédisposés au cancer du rectum puisque nous avons trouvé qu'ils ne représentaient que 4 % des cas.
L’étiologie de cette question reste profondément obscure comme toute la question du cancer en général.
Pourquoi des cellules muqueuses ou épithéliales cessent brusquement leur évolution ordonnée à côté de leurs voisines, pourquoi abandonnent-elles leur rôle de revêtement pour évoluer d’une façon anarchi-
que vers des formes atypiques et paradoxales, puis
RO
une fois constituées en tumeur, pourquoi secrètentelles des toxines, pourquoi procèdent-elles par envahissement et se propagent-elles par métastases? On
n’en sait rien.
Le monde savant tout entier est groupé autour de cette question. On cherche, on cherche, mais on avance très lentement. Nous n’avons point ici, comme il va de soi, l’ambition de résoudre le problème, aussi allons-nous résumer brièvement l’opinion de quelques auteurs à ce sujet.
L’étude des antécédents héréditaires et personnels que l’on peut rapprocher de l’apparition d’un cancer du rectum montre en effet :
a) des prédispositions héréditaires directes;
b) et l’irritation locale.
Citons en faveur du premier cas l’observation de Ricord où le malade atteint d’un cancer du rectum avait eu sa mère qui était morte d’un cancer au sein et sa sœur atteinte d’un cancer du foie; ce qu’il l’avait fait penser à la possibilité d’une diathèse néoplasique. Citons aussi le cas de Schild où les trois sœurs avaient de 30 à 35 ans, présenté tour à tour un cancer du rectum. Hartmann rapporte aussi le cas d’une malade atteinte de cancer du rectum dont la mère était morte d’un cancer du foie et la sœur d’un cancer de l’utérus.
RC
Mais si l’héridité directe paraît avoir un rôle prédisposant, l’irritation locale semble elle aussi exercer une action favorisante, bien qu’elle soit loin d'exister dans tous les cas. Qoi qu’il en soit, elle cadre bien avec l'opinion qu'ont de nombreux auteurs sur le développement du cancer. « Un déséquilibre cellulaire. > « Un développement atypique des cellules sous l'influence de causes mécaniques, chimiques, parasitaires ou infectieuses. » « Une différenciation fonctionnelle des cellules qui les ramène à l’état purement végétatif, propre à des multiplications successives, monstrueuses et désordonnées. » Cette irritation locale créerait « l’état précan-
réreux j)).
Elle se trouve réalisée très fréquemment par les hémorroïdes, mais les statistiques les plus minutieuses ne dépassent pas 3 à 9 %, ce qui a peu de valeur. D’ailleurs ce n’est pas leur coexistence ou leur préexistence qui serait à prendre en considération, mais le fait que la tumeur se serait développée sur l’hémorroïde même. Or un tel cas est rare. Plus importantes dans cet ordre d’idées sont les irritations crées par la diarrhée et la constipation, d’après Volkmann, ainsi que les lésions syphilitiques, tuberculeuses, traumatiques, les prolapsus ulcérés, le diabète et enfin la polypose adénomateuse. 62 cas de ce genre, en effet, réunis par Ritter, Quenu, Doering,
TT Que
Lynch, donnent l’impressionnante fréquence de cancer de 46 %. Ce serait même le plus souvent un cancer de jeunes malades.
Enfin, la coexistence d’autres tumeurs jouerait ainsi un rôle. Hartmann rapporte le cas d’une malade opérée d’un cancer de la langue, qui huit mois après présentait un cancer du rectum. Quenu celui d’une malade atteinte d’un cancer rectal qui avait été déjà opéré d’un cancer du sein. Challier et Mondor ont soigné une malade présentant à la fois un cancer du
sein et un cancer du rectum.