OBSERVATION V
(Inédite. Due à l'obligeance de M. le professeur Forgue)
Adèno-carcinome de l'ovaire d’origine vraisemblablement folliculaire. Pas de récidive.
Alida Fesquet, âgée de 30 ans, entre le 17 juillet 1902 dans le service de M. le professeur Forgue, salle Dubrueil.
Cette malade avait commencé 1l y à environ six mois à se plaindre de phénomènes douloureux, apparaissant par crises, et s'irradiant dans les régions des lombes et des cuisses.
Un mois après le début de ces douleurs, elle s’est aperçue que son ventre augmentait considérablement de volume, et celte augmentation de volume est allée progressivement, jusqu'au moment où elle s'est décidée à une opération.
Ses règles sont irrégulières, peu abondantes, douloureuses.
Pas de troubles vésicaux.
Le 17 juillet 1902, laparotomie par M. le professeur For-
gue, qui enlève la volumineuse tumeur que nous décrivons ultérieurement et qui estun cancer ovarlen.
Les suites opératoires ont été bonnes.
Les renseignements sur l’état de la malade ultérieurement à l'opération, et que nous devons à l’obligeance de M. le docteur Malzac, nous montrent que, quatre ans après l'opération, la malade n'a pas présenté de récidive de sa tumeur, et qu'actuellement elle peut, sans difficulté aucune, exercer son
métier de fileuse.
Examen macroscopique.— La tumeur est du volume d’une grosse têle d'adulte, formée par une masse kystique et par une partie dure représentant à peu près la moitié de la tumeur et largement mamelonnée ; la paroi du kyste porte à sa surface et dans son épaisseur des masses dures du volume d’un œuf de poule à un petit pois.
A la coupe, les parties sohdes sont formées par un tissu compact blane rosé, friable, renfermant quelques parties.en transformation muqueuse. C’est la dégénérescence de ces masses dures qui a donné naissance au kyste.
L'ovaire du côté opposé esl transformé en une masse arrondie, tendue, translucide, qui se prolonge en pointe par une série de formations kystiques plus petites. La trompe est distendue sur le kyste principal.
À la coupe faite dans la totalité de la tumeur, on constate que la tumeur principale consütue un kyste unique rempli de liquide épais, qui présente, dans sa partie avoisinant la trompe, une épaisseur plus grande de sa paroi renfermant de petites formations kystiques : à la périphérie de cet épaississement on constale une formalion qui paraît s'isoler dans le hquide du kyste comme la tache vitelline dans le jaune de l'œuf.
Examen microscopique.— La lumeur est constituée par une prolifération épithéliomateuse quiinfiltre le stroma d’une façon diffuse, constituant par place des cavités disposées en fentes ou arrondies, et recouvertes d'un épithélium irrégulier tantôt cubique, tantôt cylindroïde, à couches multiples qui deviennent volumineuses, atypiques, envoient des prolongements vers la profondeur en même temps que des bourgeonnements papillaires vers la surface. Elles constituent ainsi des kystes très irréguliers remplis de mucus. Ces cellules épithéliales, au lieu de cet aspect atvpique, peuvent présenter l'allure de cellules épithéhales cylindriques, clures, volumineuses, constituant des proliférations tubulées qui désagrègent le tissu conjonctif et aboutissent à la constitution de kystes remplis de mucus. On trouve tous les intermédiaires entre les grandes cellules cylindriques claires etles cellules atypiques dont la prolifération profonde donne un caractère de malig nité à la tumeur.
Dans l'ovaire du côté opposé microkystique, les kystes sont formés par un revêtement épithélial papillaire à grandes cellules cylindriques claires susceptibles de proliférer sous forme de volumineuses cellules atypiques qui commencent à envahir le tissu conjonctif. Vers la surface, en plusieurs points de la tumeur, on constate la présence de petits tubes tapissés par des cellules cylindriques à gros noyau qui paraissent s'être développées aux dépens des follicules.
[forigine paraît donc être folliculaire sans qu'on puisse toutefois l'aflirmer d’une façon précise.