OBSERVATION X V
(Glockner)
Carcinome de l'ovaire à formations syncithiales, développé vraisemblablement aux dépens de l’épithélium de surface de l'ovaire.
Mile Rä..., 19 ans.
Antécédents héréditaires. — Mère morte d'un cancer du sein.
Antécédents personnels. — Réglée à 13 ans et depuis régulièrement.
Pas d'accouchement ni d'avortements.
Quatre semaines environ avant son entrée dans la maison de santé parliculière du docteur Marchand, elle à ressenti de vives douleurs abdominales en même temps que son ventre commençait à augmenter de volume.
À l'examen, le 28 avril 1901, la malade présente un abdo-
men volumineux dans lequel on constate la présence d’une tumeur du volume d’une tête d’adulte, arrivant jusqu'à l'ombilic et occupant surtout la région située à gauche de Ja ligne médiane. La malade présente en outre des douleurs intolérables à la palpation, un tympanisme abdominal. très marqué, des nausées el quelques vomissements depuis quelques Jours, et de la constipation ; la température est de 3804.
Le diagnostic porté est celui de tumeur ovarienne à pédicule tordu.
Laparotomie le 1% mai 1901. La tumeur développée aux dépens de l'ovaire gauche est adhérente au péritoine, à l’épiploon et à l'intestin. Le pédicuie est tordu d'environ 270 degrés.
La tumeur est enlevée sans hystérectomie concomitante.
Le 21 mai elle sort guérie.
Elle meurt trois mois après en pleine généralisation can-
céreuse.
Examen macroscopique. — Tumeur arrondie, bosselée légèrement, présentant un pédicule formé par le ligament large gauche et le ligament de l'ovaire. On peut reconnaitre, accolé à la tumeur, un reste de l’ovaire normal ; donc la tumeur s’est développée aux dépens des parties latérales de cet ovaire. Sur la coupe, la tumeur présente un aspect marbré el ses limites avec le tissu ovarien sont nettes.
Examen microscopique. — Au premier abord, l'aspect des préparations frappe par le développement énorme du tissu conjoncüf. Ce tissu conjonctif forme des bandes d'aspect fibrillaire, souvent d'aspect myxomaleux ; en certains points il prend l'aspect d’un tissu riche en noyaux, formé par des cellules arrondies ou fusiformes serrées les unes contre Îles autres, donnant l'impression d'un tissu sarcomateux.
Les cellules néoplasiques peuvent être isolées dans ces nodules conjonclifs ou bien former des cordons ou des amas dans les mailles du tissu de soutien; ou bien encore elles forment le revêtement de cavités disposées çà et là dans la tumeur.
Les cellules qui bordent ces cavités prennent surtout une forme cubique ou cylindrique ; dans les amas pleins, les cellules ont un aspect polygonal ou prennent l'aspect d’éléments astériformes avec des prolongements protoplasmiques de différente longueur : ces cellules ont une grande analogie avec les cellules étoilées du tissu myxomateux. Le noyau de ces cellules est arrondi et sombre ; le protoplasma, mal limité par endroits, subit une dégénérescence muqueuse.
Dans les points où le tissu conjonctif a un aspect netlement fibrillaire, les cellules néoplasiques se disposent dans les fentes de ce tissu sous forme de cordons de différentes longueurs, dans lesquels les cellules sont accolées les unes aux autres sur un seul rang, donnant une figure ressemblant à un filet de perles. Souvent même on voit des masses protoplasmiques allongées, multinucléées,qui ont absolument un aspect syneithial.
Dans le tissu ovarien on trouve des follicules de De Graaf normaux. |
L'épithélium de recouvrement de l'ovaire bien conservé est formé de cellules cubiques ou cylindriques en voie de prolifération, et en certains points on voit des enfoncements très nets de cet épithélium sous forme de cordons dans le tissu sous-jacent. On ne peut cependant pas trouver des preuves absolues du passage de ce tissu épithélial aux cellules néoplasiques qu'on retrouve dans les alvéoles.
De même, on ne peut prouver la transformation des cellules étoilées en cellules néoplasiques, ni de rapports intimes entre ces deux variétés de cellules.
Enfin, on ne peut démontrer la formation des cellules en filet de perles aux dépens des cellules fixes du tissu conjoncüf, comme on le trouve dans les endothéliomes interfasciculaires.
La structure de cette tumeur fait penser à un endothéliome de l'ovaire Je préfère appeler cette tumeur carcinome riche en tissu conjonctf, car histologiquementil faut considérer que l'origine de la tumeur est dans lépithélium de surface. En tous cas, l’épithélium de surface est le seul élément de l'ovaire qui prolfère el forme ces éléments cellulaires qui sont tout à fait analogues à certaines cellules néoplasiques.
Observations de cancers de l'ovaire à formations chorioépithéliales