OBSERVATION XIX
(Pick, Berliner KI. Woch., 15 février 1904) Cancer de l'ovaire à formations chorioépithéliales d’origine ectodermique.
Fillette de 9 ans, entrée le 4 novembre 1895.
La malade se portant bien auparavant, il y a trois semaines, les parents ont remarqué une augmentation de volume du ventre.
A l’examen de la malade, le jour de son entrée, on constate de l’ascite libre en grande quantité : la partie inférieure du ventre présente des tumeurs à surface lisse dont la masse se lermine au-dessous de l’ombilic par un bord bien prononcé.
La malade est agitée, présente des vomissements, de la fièvre (38° le soir).
Le 6 septembre 1895, laparotomie. — A l'ouverture du péritoine, ascite hémorragique. On tombe sur une tumeur de couleur rougeàtre, adhérente au péritoine pariétal, s’étendant dans le grand épiploon et très friable. On l’enlève totalement. Le chirurgien enlève aussi des masses néoplasiques qui s'étendent dans le Ussu cellulaire sous-péritonéal. On enlève encore une tumeur siégeant à droite dans le petit bassin. Le côlon et l'intestin grêle sont couverts de nodules néoplasiques et adhérents à la grande tumeur : une opération radicale est impossible. ;
Le 16 septembre 1895, mort.
Autopsie. — Elle montre le petit bassin absolument infiltré de masses néoplasiques, les unes blanchâtres entourées d'une coque fibreuse, les autres hémorragiques : on trouve des nodules dans le foie, le rein, la rate.
Examen macroscopique. - La tumeur principale a le volume d’une tête d'adulte en partie recouverte par une capsule fibreuse; en un point de la tumeur on retrouvela trompe droite qui a 4 centimètres de longueur environ.
Examen nucroscopique. — Une parue de la tumeur présente un lissu riche en cellules. On y voit des cellules polyédriques, à contours très nets, à noyau sombre arrondi et à protoplasma claur, transparent : ces cellules renferment du glycogène et présentent, par conséquent, un type absolument analogue à celui des cellules de Langhans. |
Entre ces éléments cellulaires et à côté d’eux, on voit un réseau protoplasmique à mailles très nombreuses que l’on peut comparer à une écumoire : les mailles de ce réseau sont vides ou bien remplies de sang, de cellules arrondies, de détritus nucléaires, de masses adipeuses. Les noyaux renfermés dans ses masses protoplasmiques sont très volumineux, parfois isolés, quelquefois groupés, de forme très irrégulière, tantôt sombres presque noirs, tantôt très clairs, sans corpuscule nucléaire.
On trouve encore en certains points, des masses plasmodiales à limites nettes ou bien munies de prolongements polynucléés et on à l'impression que ces éléments s’isolent du réseau protoplasmique.
On trouve, en outre, énormément de fibrine, même là où le noyau est bien normal. En certains poinfs il est difficile de
voir une limite nette entre la substance protoplasmique et la fibrine.
Dans les points où il existe des vaisseaux normaux, on peut trouver des éléments plasmodiaux géants, polynucléés, appliqués directement contre l'endothèlium vasculaire comme s'ils allaient le perforer : c'est ainsi que le vaisseau s'ouvre et que la cellule géante entre dans la lumière.
Dans certaines parties de la tumeur, on peut reconnaître une disposition alvéolaire : les petites cellules polyédriques se mélangent à des cellules géantes en couches épaisses, radiées, disposées autour de la tunique adventice des vaisseaux. Par endroits ces cellules ont un type cylindrique et entourent le vaisseau à la manière d’un arc sur une étendue plus ou moins grande.
Les parties blanc jaunàtre de la tumeur ont un tout autre aspect : on y voit des cellules petites, arrondies, ou des cellules fusiformes comme dans le sarcome : par endroits, on rencontre dans le champ du microscope des tubes tapissés d'épithélium cylindrique, quelquefois cahciforme.
Une grosse partie de la tumeur est composée d’un tissu probférant qui rappelle le issu nerveux (neuro-épithélium). Ces formations qui montrent tous les stades du développement embryonnaire de la substance nerveuse centrale jusqu’à l’état adulte ont été décrits pour la première fois par Saxer dans un tératome du troisième ventricule, et plus tard dans trois tératomes de l’ovaire.
On voit, en effet, des couches hautes, radiées, d’épithélium cylindrique à noyau sombre, lapissant un conduit plus ou moins développé. Par endroits on voit des bandes cellulaires épithéliales disposées en couches irrégulières, de largeur variable, el limitant des espaces creux. A la périphérie de ces formations épithéliales on trouve le « système de substance nerveuse centrale » ; c’est-à-dire des noyaux arrondis, som-
bres, nombreux, disposés dans une substance fondamentale uniforme limitée plus ou moinsnettement du stroma ; quelquefois on voit un canal médullaire vrai avec canal central, épithélium épendymaire, zone granuleuse et voile médullaire ; enfin on trouve de la substance blanche sous forme d’ilots comme elle se présente normalement à la fin de la vie fœtale.
Toutes les formations de ce genre se trouvent disséminées çà et là dans la tumeur. Les points les plus intéressants sont ceux dans lesquels le tissu néoplasique chorioépithélial se mélange avec la substance embryonnaire nerveuse en voie de prolifération.
Tantôt le stroma, analogue au tissu sarcomateux, entoure des îlots formés d'éléments polyédriques clairs, îlots qui peuvent se grouper et former des territoires de tumeur à structure alvéolaire.
En d’autres points ces îlots paraissent envahis par des trainées plasmodiales ; on voit, en outre, des espaces kystiques uniloculaires, arrondis ou ovalaires, tapissés d’une ou plusieurs rangées de cellules polyédriques ou aplaties, renfermant du glvcogène, ou bien de traïnées syncithiales, où bien encore de bandes de cellules géantes plasmodiales renfermant un ou plusieurs noyaux.
Dans ces tubes on voit très nettement le rapport entre les cellules polyédriques claires et les cellules cylindriques à noyau bien coloré, sombre, de la substance nerveuse embryonnaire en voie de prolifération ; une partie de l’espace est parfois remplie par une sorte de cellules, une autre partie par les cellules de l’autre variété. On peut trouver tous les termes de passage entre les cellules polyédriques claires et les cylindriques, et la nature ectodermique de ces dernières n’est pas
difficile à prouver.
Observations de cancers épithéliaux primitifs de l’ovaire d’origine indéterminée