OBSERVATION VI
Cancer de la gencive bropagé au maxillaire inférieur. — Réseclion du maxillaire. — De la correclion des dévialions du
maxillaire après résection latérale partielle, par M. le Dr:
Morestin. (Bullelin de la Sociélé analomique, 14 février 1902).
Le malade est un vieil acteur, de 61 ans Il m'a été adressé par M Nélaton, et est entré le 3 décembre à l'hôpital Saint- Louis, isolement, n° 28.
Le début constaté remontait alors à deux mois environ, Mais déjà depuis plusieurs années, il avait de la leucoplasie buccale. La langue est couverte sur toute sà face dorsale de plaques laiteuses d'un blanc éclatant. Maisil n'y en a ni sur les joues ni sur les gencives. Dans les antécédents, on relève
une syphilis datant de quarante ans, qui fut très peu soignée
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dès le début de sa leucoplasie, ce qui n'a pas empêché, d’ail- leurs, celle-ci de progresser. % E L'ulcération qui occupe la gencive inférieure du côté droit a été le seul signe constaté. Il n’y a point de douleurs vives,
UE té et l’usage du tabac, usage modéré, auquel le malade a renoncé ; VE a C
#1 F. mais quelques lancinements de temps à autre et une sensation E: habituelle de gène. La troisième grosse molaire inférieure est | en place et solidement implantée. Elle est entourée par l’ulcé- À ration, étant placée à son centre. Celle-ci a pourtant pris - naissance au-devant d'elle, au niveau de la deuxième grosse | molaire tombée depuis longtemps ainsi que la première. L’ul- cère limité par un léger rebord, à peine surélevé et peu pro- 4 4 fond, granuleux, à cheval sur la gencive, descendait en dehors jusqu’au cul-de-sac gingivo-genien, en dedans jusqu’au voisinage du plancher. Le maxillaire n'offre aucune modification » extérieurement appréciable. Dans la région sous-maxillaire, un = ganglion gros comme une petite noix, dur, arrondi, indolent et - mobile. On note encore sur le bord droit de la langue une | ulcération allongée, longue de deux centimètres, déprimée à — son centre, entourée d'un bord scléreux, et placée au milieu - d'une région très fortement leucoplasique. Il n'y a aucun lien entre cette ulcération et la précédente, elles sont séparées l’une de l’autre par des tissus sains en apparence. Il est assez difficile d’être fixé sur la nature exacte de la dernière lésion qui, placée en regard de la troisième dent molaire peut être attri- buée au frottement de la langue contre cette dent, la mu- queuse étant rendue FE Séai vulnérable par son état 4 Te Le 9 décembre, je fis : 1° l’ablation de la glande et des gan- 4 glions sous-maxillaires ; 20 l'ablation de la moitié correspone Le 4
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dante du maxillaire, en respectant toutefois la partie incisive. Le maxillaire, scié au niveau de la canine et libéré, fut enlevé par torsion et arrachement final; 3° l’excision large de la plaque linguale suspecte, suivie de réunion immédiate de la plaie ; 4° la suture de la tranche de section génienne à celle du plancher ; $° la réunion incomplète de la plaie cutanée
Les suites furent d’une simplicité extrême ; le malade étant emphysémateux, on avait une raison particulière de redouter des complications pulmonaires, mais il n’y eut de ce côté rien d'anormal. La température monta à 38° le soir, pendant trois jours, mais dès le lendemain de l'opération le malade était gai, de bonne humeur, de mine rassurante, avec un pouls excellent. Tout se passa le mieux du monde, la mèche stérilisée laissée dans la plaie fut otée le deuxième jour. les fils extérieurs le cinquième et le huitième ceux de la langue et la suture latérale.
Du côté de la peau, la réunion fut parfaite. Il ne persista, sur la ligne d'union géno-sous-lingale, qu'un petit pertuis postérieur laissant filtrer un peu de salive. Le drain fut raccourci progressivement, et té d’une manière définitive le quinzième jour. Au bout d’un mois, la cicatrisation était absolument complète.
L'opéré avait, d’ailleurs, quitté l'hôpital depuis plusieurs jours déjà. Actuellement, cet homme a repris complètement la vie normale, La déformation est très minime et il ya même là quelque chose de paradoxal en songeant à l'étendue de l’ablation. Quand il ouvre la bouche, on voit la moitié gauche restante se porter vers la droite au fur et à mesure qu'elle s'abaisse, entrainant la lèvre inférieure, ce qui amène une légère distorsion de la bouche.