CHAPITRE IT
Anatomie pathologique.
La nature des néoplasmes des capsules surrénales est loin d’être connue. Cela tient, comme le fait remarquer Lancereaux (1), au manque d'examen histologique dans les différents cas étiquetés cancers. On y reconnait généralement aujourd’hui deux types principaux: d'un côté, le sarcome; de l'autre, l’épithéliome ou le carcinome, ces derniers rentrant dans le groupe des tumeurs épithéliales; mais l’accord n'existe plus lorsqu'il s'agit de leur fréquence relative. Ainsi Rokitansky (2) et Virchow (3) ne parlent que du carcinome et Klebs (4) prétend que les sarcomes sont exceptionnels dans ces organes. Bientôt il se fit un revirement en faveur des sarcomes. Lancereaux en cite plusieurs cas et MM. Du-
(1) Loco citato.
(2) ROKITANSKY. — Anatomie pathologique, III, A.
(3) VIRCHOW. — Pathologie des tumeurs, Lome II.
(4) KLEeBs.— Handbuch der pathologischen anatomie, tome I.
‘play et Reclus (1), dans leur Traité de Chirurgie, rapportent que sur huit observations dé néoplasmes primitifs surrénaux,observés en quatre ans, il y avait sept sarcomes. Cette statistique est, disent-ils, en rapport avec celle de Blackburn.
Pillet (2) se rallie également à cette opinion. « Le carcinome des capsules Surrénales, dit-il, serait, le plus souvent, d'après Cornil et Ranvier, un encéphaloïde avec un grand nombre de vaisseaux dilatés, comme dans le carcinome hématode, et l'on sait que ce caractère hématode appartient surtout aux sarcomes ou fibromes embryonnaïires. »
Il ressort -de toutes ces discussions que ces tumeurs ne présentent pas de caractères bien tranchés. Quoi qu'il en soit, sur vingt-une observations, J'ai trouvé dix fois mentionné le sarcome et douze fois l'épithéliome ou le carcinome. Contrôler l'exactitude de l’épithète quileur a été donnée, serait difficile, car, dans plus de la moitié des cas, l'examen histologique n'était point publié.
Depuis que Grawitz (3) et les auteurs allemands ont émis l’idée que certains cancérs des reins se développeraient aux dépens des capsules surrénales accessoires, que cette hypothèse aété confirmée par Albarran (4), en un long article publié en 1897, sur
(1) Loco citato.
(@) Pizuer. — Bulletin de La Société anatomique de Péris, 1888, page 716.
(3) GRAWITZ. — Die sogenannten Lipome der Niere (Virchow’'s Archiv., vol. 93).
(4) ALBARRAN. — Annales des maladies des organes génitourinaires, page 243.
lequel je réviendrai plus loin, la nature de ces néoplasmes est une question d'actualité.
Pour le moment, passons en revue les diverses conceptions des auteurs, à ce sujet, et commençons par le sarcome.
Brin (1), dans sa thèse, le fait naître dans la couche médullaire, qui est la plus vasculaire, aux dépens de cette portion du tissu conjonctif qui sert à la formation des vaisseaux. Il en reconnait deux types extrêmes : l’un provenant des capillaires ; c'est le sarcome jeune, caractérisé par la production dans son intérieur de globules sanguins; l'autre, provenant des vaisseaux déjà formés. C’est le sarcome adulte dont le type est l’anévrysme cirsoïde. Entre ces deux extrêmes, il admet tous les intermédiaires.
Voici maintenant ce qu'en dit Lancereaux (2): « Le fibrome des capsules surrénales est embryomaire ou adulte. Le fibrome embryonnaire, ou sarcome, Sans être fréquent, est moins rare qu'on ne serait tenté de lesupposer, car il faut reconnaître qu'un certain nombre de faits, publiés sous le titre de cancers, lui appartient. Quant à ses formes, elles ne difièrent pas de ce qu'elles sont dans les autres organes. ;
Le fibrome à cellules rondes se présente sous la forme de tumeurs médullaires, du volume d'uneolive ou d'une petite pomme, affectant tantôt une seule
(1) Brin. — Loco citato.
(2) LANCEREAUX. — Traité d'Analomie pathoïiogique, tome 3, page 806.