‹ Le candidatChapitre 9 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

de conseil pour l'instant, répliqua la jeune femme. Lord Granville m'a imposé l'ordre de recevoir lady Seaton, et...

— Impossible ! s'écria le marquis , impossible ! vous l'avez mal compris.

— Et moi , continua milady, je l'ai averti

que je quitterais la maison s'il persiste dans 1

résolution. Oh! oui, je ne l'ai que trop compris! ajouta-t-elle avec amertume.

Lord Tiverton se leva tout à coup et marcha dans la chambre d'un air très agité , puis il s'arrêta.

— Et quand vous quitterez Granville , où irez -vous jusqu'à ce que les arrangemens de fortune soient arrêtés ? Votre mère n'est pas en ville ; et , quand elle y serait , elle ne sympathiserait guère , vous savez , avec vos J| sentimens , ces vertueux sentimens inspirés

par votre devoir d'épouse ; ensuite votre sœur...

— Je sais d'avance tout ce que vous pouvez dire, milord, interrompit lady Granville. Je n'ai pas besoin qu'on me rappelle que je reste isolée dans le monde , dit-elle avec tristesse.

— Isolée dans le monde! s'écria-t-il en prenant un siège près d'elle , non pas quand j'y suis encore! Puis, baissant la voix : Non seulement il vous reste une maison prête à vous recevoir, mais un cœur qui vous environne d'idolâtrie , un cœur qui vous est tout dévoué. Je ne dis pas qu'il soit digne de vous, mais au moins je dois l'emporter sur celui qui ose vous préférer une lady Seaton ! Essayez d'une nouvelle vie; vous êtes malheureuse , négligée ; essayez , mon Isabelle chérie ! murmura-t-il avec tendresse , s'ef-

forçant de dégager une de ses mains jointes dans lesquelles sa figure se trouvait cachée. Elle retira sa main , mais elle était froide et tremblante; et , lorsqu'elle leva les yeux sur lui, ses joues étaient d'une pâleur mortelle.

— Laissez-moi , marquis de Tiverton ! ditelle doucement et avec solennité. Nous ne devons plus nous revoir : laissez-moi, milord, car il hésitait encore j laissez-moi de suite, et pour toujours: je vous connais maintenant. — Elle sonna. Je vous souhaite le bonjour, milord , dit-elle , comme le laquais entra pour accompagner le marquis jusqu'à sa voiture.

— Ah ! Granville ! avez-vous eu le courage de former un semblable plan? dit Isabelle quand elle fut seule. Oui, oui, je le vois dans ce regard froid, insensible et triomphant que vous m'avez lancé en parlant;

oui, Granville, vous avez eu le courage de former ce plan? Vous, mon mari, mon protecteur, qui avez juré devant Dieu de me chérir, vous avez eu l'idée de me vouer à l'infamie! Et l'homme qui cherche à exposer l'honneur de sa propre femme , je l'appelais mon Warrington ! celui qui remplaçait Dieu dans mon cœur ! Combien je suis punie! mon idole est renversée , elle m'a brisée dans sa chute, prosternée encore à ses pieds! Le faible roseau sur lequel je m'appuyais dans ce monde vient de m'échapper aussi : Tiverton conspirait contre moi. Le séducteur venait m'ojffrir un baume pour guérir mes blessures ; le baume est empoisonné ! Ah ! marquis , vous êtes vengé ! Lorsque vous n'étiez que Georges Damer, avec 1,(X)0 liv. par an, vous m'aimiez j j'étais disposée à vous

payer de retour. Mais ma mère! Soyons

juste et franche avec moi-même du moins! mon amLition , mon amour des grandeurs ,

me disaient intérieurement que je pourrais trouver mieux ; j'ai suivi les mauvais penchans et repoussé un amour naissant. Vous êtes vengé , Tiverton ; je vous aime maintenant, je confesserai devant Dieu seul cette criminelle passion. La femme qui par ambition écarta votre amour, après avoir joui de tous ces objets tant désirés, les abandonnerait sans peine pour vous suivre en tous lieux, quand même vous ne seriez que Georges Damer, et elle, Isabelle Wilmot! cette femme qui parle ainsi appartient h un autre ! N'est-ce pas assez, marquis de Tiverton? Cette punition, quoique bien méritée, n'estelle pas au-dessus de mes forces, grand Dieu!

Le laquais qui entra chez milady une heure après le départ de lord Tiverton, la trouva évanouie ; on la transporta dans sa chambre, le lendemain une fièvre cérébrale se déclara , trois médecins fiirent appelés.

Tous les journaux parlèrent avec fracas de la grave indisposition de la charmante comtesse et du désespoir assez calme de son noble mari.

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