TRADITION DES SCHOLASTIQUES DU MOYEN AGE, SUR LE SENS DU
Nous n’avons rencontré aucun commentaire du x° siècle sur le Cantique q
des Cantiques. Ce siècle est, en effet, au moins pour l’Occident, le plus
pauvre de tous les siècles chrétiens, en monuments scientifiques, littéraires et artistiques, soit sacrés, soit profanes. Les guerres du dedans et du
dehors, et les autres maux qui en furent la suite, comme celles-ci furent la
suite des invasions des barbares si souvent renouvelées, toutes ces causes
réunies avaient non pas étouffé, mais affaibli et refoulé dans les monas-
tères, le goût et le culte des lettres et des arts, avec les beaux restes des
antiques civilisations, et les riches monuments des siècles chrétiens. Mais
dès le milieu du x1° siècle, la face du monde catholique changea, grâce à la vigoureuse action d’un moine de Cluny, Hildebrand, qui après avoir
| longtemps gouverné l'Eglise sous divers Pontfes, fut élevé sur le Saint- | Siège, malgré lui, et illustra pour jamais, le nom de $S. Grégoire VII. On | vit alors la lumière trop longtemps concentrée, éclater de toutes parts. On eut alors les luttes philosophiques, moins stériles qu’on ne pense de
Roscelin, de Guillaume de Champeaux et d’Abaïlard, et surtout les œuvres plus solidement philosophiques et plus littéraires de Lanfranc
et de S. Anselme. Le mouvement continua au xXH° siècle, où l’on vit appa- PP
raître quatre hommes surtout du premier ordre pour la science sacrée, quoique de génies bien différents : Pierre Lombard, Alexandre de Halle, Hugues de S. Victor et S. Bernard. Ainsi rencontrerons-nous bientôt surtout à partir de ce siècle, des commentaires du Cantique, plus précis, plus méthodiques que ceux qui ies ont précédés, et généralement plus
littéraires que ceux des Pères latins qui sont venus après $. Grégoire. Nous verrons aussi paraître avec éclat un nouveau sens du Cantique, qui | était assurément bien connu, mais qui jusque-là était resté dans l’ombre.
Nous voulons parler du sens relatif à la sainte Vierge. Les Pères de PEglise, et à leur suite les autres auteurs qui ont vu et montré dans le saint Cantique, l’union de Jésus-Christ avec l’humanité, par l’Incarnation, n’ont pas pu ne pas remarquer que cette union s'était consommée dans le
| sein de la Vierge Marie; mais ils n’ont pas insisté sur l’admirable Vierge
mère, comme l’ont fait les commentateurs du moyen âge, au moment où la dévotion à la sainte Vierge, s’est dégagée, au moins en partie, de la théologie mieux étudiée dans son ensemble.
Nous diviserons ces scholastiques du moyen âge en trois périodes : la première pour le x1° siècle, la deuxième pour le xn° siècle, et la troisième pour les trois siècles suivants. |
1. — Tradition des scholastiques du XIe siècle. Nous trouvons dans ce siècle, trois commentateurs qui, comme des satellites ont gravité autour de $. Grégoire VII, et ont tous expliqué le (4) Col. 561, vers. fin. |
Cantique, dans le sens de! ’allégorie Cent Méle C’est Labone le. cardinal S. Pierre Damien, ami et confident de l’illustre Pontife. On a ie)
lui sous ce titre: Z'es/imonia de Canticis Canticorum,des passages extraits de ses sermons et de ses lettres, et divisés en vingt-sept chapitres (1). Oldéric Vital fait mention d’un commentaire de Robert de Tombaleine, g" Tumbalena, où Tumbalenâ, moine de S. Michel, prieur de S$. Vigueur. près de Bayeux (2) et mort à Rome où S. Grégoire VII Pavait invité. Mais la question de savoir quel était ce commentaire, n’est pas facile à résoudre. On a publié dans la Patrologie latine de M. Migne, sous ce nom, une. épiître dédicatoire, un prologue et le commentaire des douze premiers, versets du Cantique, où le vénérable Bède est cité. On ajoute que le reste, est dans les œuvres de S. Grégoire-le-Grand (3). | 4 #6"DBruno d'Asti, OÙ Astiensis du diocèse où 1l est né, ou S'ignensis du.
siège épiscopal que lui confia S. Grégoire VII, et qui se signala au concile. tenu à Rome en 1079, contre Béranger (4), à laissé un commentaire du Cantique parsemé de vers pleins de grâce et d’onction. Il n’est mort | qu’en 1125 (5). ;
À la même époque, Anselme de Laon, NE auteur de la close . interlinéaire sur l’Écriture sainte, maître en théologie à Laon, où 1l est.
mort en 1117 (6), a montré par sa glose sur le Cantique : « PEsprit-Saint prophétisant les dispositions de l’Église à l'égard de Dieu, soit avant la. venue de Jésus- Christ, soit dans les to états par lesquels elle doit: passer jusqu’à la fin du monde (7). »