DR), SUR LR OAN
. ne mérite de l’être, parce qu’il à écrit d’une manière remarquable sur
toute la science de son temps, le prêtre Honorius d’Autun, a appliqué
comme Rupert, le saint Cantique à la très sainte Vierge, dans un petit oi
hivre intitulé : S'igillum Peate Marie (1). « Ge Cantique, dit l’auteur, est Ju dans la fête de sainte Marie, parce qu’elle est le type de l'Eglise qui est
vierge et mère, vierge comme pure de toute hérésie, et mère comme enfantant tous les jours des fils spirituels par la grâce. C’est pour cela, que tout ce qui a été dit de l'Eglise, peut être entendu de la Vierge épouse et
mère du divin époux (2). »
Le même auteur a composé ensuite sur le même livre, un autre com: | mentaire plus long (3) qui mérite une attention particulière. Il le divise
en quatre traités, sur un plan qui n’est pas exempt de puérilité. Chacun de ces traités est pour un des points cardinaux qui comprennent l’universalité de lPEglise et qui sont représentés, le premier, par la fille de Pharaon, épouse de Salomon, le deuxième par la fille du roi de Babylone, le troisième par la sunamite, et le quatrième, par la mandragore, « puella sine capite (4). » | Mais ce qui mérite une toute autre attention, c’est que cet auteur est le
premier, dans [a chaîne traditionnelle qui ait vu, dans le saint Cantique un
premier sens hittéral, relatif au mariage de Salomon. D’où il suit que, selon lui, le saint Cantique est une allégorie mystique. Pour bien saisir la manière dont il l'entend, il n’y a qu’à se rappeler les deux vers bien connus : |
« Littera facta docet, quid credas allegoria, « Moralis quid agas, quo tendas anagogia. »
Dans le premier sens comme nous l'avons dit, 1l S’'agit du mariage réel de Salomon; dans le deuxième de lPunion de Jésus-Christ avec lEglise; dans le troisième de l’union de Jésus-Christ avec l'âme fidèle dont la fécondité est la bonne œuvre; dans le quatrième, de l’Ascension de Jésus-Christ dans le ciel où 1l s’est associé les anges, et toute VEglise après la résurrection dans la vision de sa divinité (5). Toutefois, dans la pensée de l’auteur, le sens allégorique avec les deux autres qui en découient, est de beaucoup le principal : « Materia libri », dit-il, « est
sponsus, et sponsa, id est Christus et Ecclesia (6). »
Dans la deuxième moitié du même siècle (7), Richard, abbé de S$. Victor,
a laissé sur le Cantique, un. commentaire divisé en quarante-deux cha-
pitres dont les titres parlent de Jésus-Christ, de la sainte Vierwe, et
surtout de l’âme chrétienne, des états et des devoirs de la perfection sans
aucune allusion au mariage de Salomon (8). |
Un contemporain de Richard. et qui n’a pas un aussi bon goût, bien qu'il ait vécu dans l'intimité de S. Bernard, Philippe Harveng. dit l'Aumô-
nier, abbé de Bonne Espérance, de l’ordre de Prémontrée, dans l’ancien
(4) Maxim. biblioth. Vet. Pat., t. XX, vol. 2, p. 1217-1296 ; ap. Migne, P. L., t. CLX VHI (2) Maxim. bibl., 1. c. p. 4247, col. 4. | DT DUMB3 AT. 0 | (4) Prolog. 4, p. 4455, col. 1, (5) L. c., col. 4154, col. 4.
(6) lbid.
. (7) Migne, P. L., t. CXCX VI, p. xt. .
(8) Zbid., col. 410-425. |
diocèse de Cambrai (1), a fait deux ouvrages sur le Cantique : un commentaire et des moralités. Il dit en tête de son commentaire : « La Vierge
qu'a eu en vue Salomon... est Marie qui occupe joyeusement la première
partie de ce drame.» A/aria est que primam hujus dramatis partem occupa lætabunda (2). Œest à peine s’il parle de l'Eglise dans son commentaire ; disant vers la fin : « Que l’époux, Jésus-Christ, aime à entrer par la Vierge dans l’ensemble des fidèles et à secourir ceux qui ont confiance en elle (3). » Mais dans ses moralités, il parle de l'Eglise, de la sainte Vierge et de l’âme fidèle (4). C’est cet ouvrage qui présente quelques rapproche- chements puérils, bien que l’auteur dise lavoir entrepris Deo aspirante (5). . On trouve un meilleur goût dans le commentaire d'Alain de Luile, Élevé à la vie monastique par $S. Bernard, en 1128, il fut fait premier abbé de Ripatoire dans le diocèse de Troyes, vers 1140, évêque d'Auxerre en 1151, se démit de ce siège en 1167, pour retourner à Clair- . vaux, assista en 1179 au troisième concile général de Latran, et mourut à Giteaux en 1203, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. L'auteur qui se fait remarquer par sa précision, détermine nettement dans un petit prologue,
l'esprit de son commentaire : « Ce Cantique, dit-il, se rapporte spéciale-.
ment et spirituellement à l'Eglise, el très spécialement et très spirituellement à la glorieuse Vierge (6). » |
- Nous rangeons $. Bernard parmi les scholastiques du xu° siècle, parce qu’il a vécu avec eux, et en a bien un peu subi l’influence, bien qu'il soit toujours demeuré fidèle à la théologie positive, et que par les qualités du style, 1l se soit mis bien au-dessus de tous les écrivains et de tous les orateurs de son temps. Son pieux et éloquent commentaire du saint Cantique est le principal de ses ouvrages. Il consiste en quatre-vingt-six
sermons et ne va guère au-delà du troisième chapitre. Il se tient fort au
Jarge vis-à-vis de son texte, qui souvent ne tient guère plus de place dans ses sermons que les textes mis en tête des sermons de nos jours. Mais toute l’Ecriture sainte, dont le saint docteur était rempli et qu'il savait admirablement faire entrer dans l'ordre de ses pensées, ou plutôt fondre dans ses phrases onctueuses et coulantes, vient mettre en lumière les figures hardies et souvent obscures du divin Cantique, ramenant à son texte toute la théologie, surtout la partie la plus élevée de cette science, la théologie mystique.
S. Bernard dont on connaît l’ardente dévotion à la sainte Vierge, a suivi souvent les mouvements de cette dévotion en expliquant ce texte
sacré. Mais il n’a assigné à aucun de ces quatre-vingt-six sermons le but
et le titre spécial d’un discours à la louange de Marie. Il expose nettement sa pensée sur le sens du Cantique, dans son premier sermon, et il n’y donne d’autre rôle à Salomon, que celui d'écrivain inspiré de Dieu. « Salomon, dit-il, divinement inspiré a chanté les louanges du Christ et de l'Eglise, la grâce du saint amour, et les mystères des noces éternelles. Il a exprimé en même temps, les désirs de l’âme sainte, et ravi en esprit, il
(4) Ap. Migne, P. L., t. CCI, p. vir.
(2) Tituli, Cant. Cant. explicatio, col. 186-188,
(3) Col. 483.
(4) Col. 493. ee
. (5) Moral. proœm., col. 493, et plus haut proœm., col. 486. . (6) Col. 53, vid. et col. 409 et 440.
MP Sd
| Sn MO PUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES TG a onpuss ce chats nuptial, en Jornant de tout ce qui pouvait “ rendre sui
“agréable, mais sous le voile de figures. Epithalamii carmen.… Jucundo -composuit elogio, figurato tamen (1). ».
S. Bernard a donné le premier de ses sermons en 1135, dix-huit ans . avant sa mort; et dans le temps de l’avent, puisqu'il y parle de la fête de . Noël, comme prochaine (2). Dans les sermons xLII et XLIV, il dit que
; l'infirmité l'empêche d’aller plus loin; et le sermon Lxxxvr et dernier semble avoir été terminé brusquement, et sans la petite conclusion que
. l’on trouve dans les autres.
Gilbert d'Hoï, irlandais d’origine, a pris la tâche difficile de continuer le travail de S. Bernard et l'a remplie par cent huit sermons, de manière
à mériter cet éloge de Dom Mabillon : « Vir sane Bernardo, dicendi gravitate et pietate, non #ultum inferior (3). » |
Vers le même temps, Guillaume de Saint Thierry, près de Reims, a composé sur le saint Cantique, trois ouvrages intéressants à des points ‘de
vue différents : l’un, tiré des divers ouvrages de S. Ambroise (4), un autre tiré de S. Grégoire- le-Grand (3), et un troisième dont il est l’auteur, mais qu'il a arrêté vers le commencement du troisième chapitre (6), pour travailler à réfuter Abailard et composer ensuite la vie de $. Bernard (7). L'auteur dit avec beaucoup de modestie, qu'il ne veut pas tenter de sonder les plus profonds mystères de Jésus-Ghrist et de l’Egiise. mais se renfermer en lui-même et se contenter d’un certain sentiment de l’union de Jésus-Christ avec l’âme chrétienne (8).
Un autre auteur, du même siècle, est très modeste dans le titre même de son commentaire : « S'’ummariola Lucæ abbatis- S. Corneln in Apont comment. in Cantica (9). » En réalité, il ne fait guère qu’abréger Aponius dont il reproduit souvent les propres termes (10). Il est superflu d’ajouter qu'il en a gardé l'esprit. |
Cet-esprit se trouve aussi dans un commentaire anonyme qui représente, non la fille du roi d'Egypte, mais celle du roi de Babylone, comme figure du monde (11).
Wolbéron, élu abbé de S. Pantaléon, à Cologne, en 1147 et mort en 1167 (12), présente l’objet de son long commentaire (13) en des termes vrai-
ment scholastiques. « Il faut considérer trois choses dans ce livre : la matière, l'intention et la cause finale. La matière, ce sont les noces ou . fiancailles (14) de Jésus-Christ et de l'Eglise, ou bien de toute âme hide , noces que, consistent dans un vrai et parfait amour de Jésus-Christ, $’ex-
(A) Serm. x, n. 8, col. 2668.
(2) Voir Préf. des BB., t. IV, col. 2653-2654.
(3) Gilbertus de Hoylandia, not, p. 3197-3198 ; — Præf. n. 8, p. 2659-2660. (4) Maxim. bib. Vet. Pat.; t. XIV, p. 128 etc.; ap. Migne, P. L,., te NVr6C0!: 1851, inter * opp. S. Amb.
(5) Migne, P. L., t. CLXXX, col. 442.
(6) Col. 474.
(7) Not. ed., col. 546.
(8) Præf. fin. col. 476.
(9) Maxim. bibl. Vet. Pat., t. XIV, p. 428.
(14) Prolog. p. 1126, col. 2, t. If, vol. 2, Maxim. bibl. An Mens Re CLXXII.
(12) Not. ap. Migne, Pret CLXLVL col. 4001.
43) Col. 1017-1272.
(14) Sponsalia.
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ST RSR à A et ÉTUDE F4 PNR EU AÉRNE en puis primant par la mortification des vices, la délectation des vertus, et l’observance des commandements. L’intention est de porter les auditeurs à s'unir: à Jésus-Christ, par la charité, de telle sorte qu'ils deviennent dignes du nom d’époux. La cause finale est d’oblenir ainsi le souverain bien qui est Dieu (1). » Comme Rupert, il divise son commentaire en quatre livres à raison de la formule Adjuro vos, trois fois répétée (2). Mais nous avons déjà dit qu’elle l’est quatre fois. |
Il parut vers la même époque, en Angleterre, un autre commentaire du Cantique composé par Gilbert Foliot, abbé de Leicester, puis évêque de Midlessex, ensuite de Hereford, mort en 1187 évêque de Londres (3) où il fit ce commentaire (4). Il se défend, par une sorte de boutade, de faire un prologue, parce que les auteurs sacrés n’en ont point mis à la tête de leurs livres. Mais il dit cela dans une préface à la fin de laquelle il caractérise en peu de mots l’objet du Cantique : « Salomon, dit-il, élevant son vol au-dessus de toutes choses, se présente à la majesté divine, l’embrassant comme époux, en lui offrant, du fond du cœur, tout ce que l’amour peut
inspirer (9). »
En rendant compte des commentaires du Cantique des Cantiques qui
ont été faits au xII° siècle, nous avons commencé par ceux qui présentent expressément la sainte Vierge comme objet au moins parüel de l’allégorie
littérale; puis, arrivé à S. Bernard, nous avons dressé la liste de ceux qui, se rattachant à l’ancienne tradition, se bornent à l’Eglise et à l’âme chré-
tienne. Mais nous terminons ce vaste catalogue de travaux du xIr° siècle, par un commentaire démesurément long (6), qui réunit ces deux points de
vue. C’est qu’il a eu deux auteurs successifs, Thomas, moine de l’abbaye
de Giteaux. qui a composé son ouvrage de l’an 1175 à 1189 (7), et Jean Alorin, surnommé d’Abbeville, lieu de sa naissance, docteur de Paris en
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1220, archevêque de Besançon en 1225, et cardinal évêque de Sainte- Sabine en 1227 (8). Il a terminé son travail en 1233 (9).
Onaeude la peine à faire les justes parts respectives des deux collaborateurs (10). Mais on a fini par y arriver, et on les a marquées par les pre-.
mières lettres de leurs noms, 740 pour Thomas et Car pour le cardinal. Le
premier expose l’objet de son commentaire en termes qui rappellent les
- idées du temps, dans une lettre à Ponce, évêque de Clermont : «Il y a, dit-il, trois épithalames : le premier, Listorique, le deuxième, philosophique et le
troisième {Acologique. Le premier a pour objet l’union du mari et de la femme ; le deuxième exprime lPunion du érivium de l’éloquence, érivialis eloquentie, et le quadrivium de la sagesse, quadrivialis sapientie ; le troisième l’untion de l'épouse et de Dieu, du Ghrist et de l’Eglise. Dieu a institué le premier dans Adam et Eve; le deuxième a été institué par
) Præf. gen., col. 40412.
} Col. 1045.
} Fabricius, ap. Migne, t. CCIL, col. 4445
| Col. 1447.
} Col. 4150.
} Migne, t. CVI, col. 21-862. ÿ } Col. 9. \ } Col. 49-22. Voir aussi Oudin, ap. Migne, 1. c., col. 44,
| Col. 861 862. |
0) Col. 9-12.
O0 Ye 5 1 . =\ À MEAVEA 2 à 4 :
0 © SUR GE CANTIOURDES GANTIQUES 47 fartian (1), traitant des noces de la philologie et de Mercure; le troisième
‘époux et de l’épouse (2). » Une A AR . Dans un préambule intitulé... « Ad laudem Virginis Marie commentalorum in Cantica Canticorum proæmium », il ne fait qu’expliquer les mots rinsipaux du titre : À la louange de la Vierge Marie. La souscription jui termine le commentaire porte qu’il a été terminé en 1233 (3); ce qui e rattache au xu° siècle. FR | FREE
ÿ. — Tradition des scholastiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, sur le sens
du Cantique des Cantiques. MTS ; È
Il s’est produit, au x1r° siècle, un si grand nombre de commentaires du à: … antique des Cautiques, que tout ce qui a été dit dans les siècles passés ur ce livre sacré se trouve comme résumé dans ces commentaires; et 58 l’autre part, on y rencontre un sens, sinon nouveau, du moins passé de ’état implicite et enveloppé, à l’état explicite et manifeste. C’est celui qui à st relatif à la Vierge mère qui se montre comme médiatrice de l’union du Verbe divin avec l'humanité. W |
Aussi semble t-il que, dansles trois siècles suivants, les doctes et pieux . auteurs ont vu peu d'utilité à donner de nouvelles explications de ce F ooème du divin amour. Le goût des travaux plus métaphysiques, plus 4 méthodiques et plus serrés avait entrainé les esprits au XIH° siècle, et ce 2 mouvement a continué dans les deux siècles suivants. Voilà pourquoi L aous groupons ces trois siècles ensemble. à
Le treizième est admirablement représenté, puisqu'il l’est par S. Tho- : mas d'Aquin; de sorte que S. Bernard, la gloire du xn° siècle, et S. Tho- : mas, la gloire du xiu°, ont commenté, chacun à sa manière, le même texte sacré. Sixte de Sienne attribue à S. Thomas deux commentaires du Canique, un qui est long et un autre plus court, celui dont nous avons parlé re à propos de Cassiodore (4). Mais rien ne prouve que S. Thomas ait fait ce premier travail, et l’on ne peut douter que le second ne soit. celui qu’il a composé peu avant sa mort à l’abbaye de Fosse-Neuve (5). Il est inséré dans la collection de ses œuvres (6). Le texte sacré est encadré dans celui du commentaire, comme Ja pensée de lEsprit-Samnt l’est dans celle de son saint et savant interprète. On y remarque du premier coup d'œil le cachet de $S. Thomas, sa pénétration, sa clarté, sa précision, sa piété angélique comme son intelligence. Il saisit le texte sacré dès le premier mot, ne le quitte qu’au dernier, et, pressant ce texte sacré des patientes et vigoureuses étreintes de son génie, mais sans violence, il en fait sortir le suc sans briser l'écorce.
Il trouve ce saint Cantique obscur, par ce qu’on ne voit en scène aucun personnage réel : Quia nulle bi commemorantur personæe (1). Mais
(4) Martianus Capella.
(2) Col. 47-48.
(2) Col. 861-862.
(4) Sixt. Senens. Bibl. sancta, lib. IV, t. I, p. 484, Neap. 1742. (5) Voir le P. Touron, Vie de S. Th. d’Aq., liv. VI, ch. x, p. 605. (6) Ed. d'Anvers. 4612, in-fol., t. XIII, fol. 70-80, verso. (7) Prolog. fol. 70.