‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 14 sur 90 · CR CS · texte numérisé non relu

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ze à Aa Fit FN NET ODE (0e 71 du reste, pour le saint Docteur, ce Cantique est consacré tout entier à célébrer l'union et les noces de Jésus-Christ avec son Eglise. Il l’a composé dans la Pouille, à l’abbaye de Fosse-Neuve, de l’ordre de Citeaux, où il a été arrêté par la maladie, en se rendant au I[° concile de Lyon. sur l’ordre du pape Grégoire X. L’abbé et les religieux du couvent recurent un pareil hôte comme une grande faveur du ciel, et furent heureux de lui offrir la plus généreuse hospitalité. Mais, pleins d’admiration pour ses prodigieux talents et pour ses éminentes vertus, 1ls le prièrent avec instance, de leur expliquer le divin poème du divin amour, et S. Thomas, plus pressé par les ardeurs de sa charité que retenu par celle de la fièvre, se rendit à ces pieux désirs (1); de sorte que les dernières étincelles de cet incomparable génie sont vraisemblablement les derniers mots de ce commentaire : « Hinc apostolus de se sibique similhibus dixit : Vostra conversatio in cœlis est (2); et ahb1 Christi bonus odor sumus in omni loco (3). » |

Joseph Marie Suarez, que nous avons cité ailleurs, attribue dans sa dissertation préliminaire aux œuvres de $S. Nil, le grand commentaire dont parle Sixte de Sienne, non pas à $. Thomas, mais à Gilles de Rome, Ægidius Rome (4), appelé aussi Gilles de Bourges dont il fut archevêque, autrefois précepteur de Philippe-le-Bel, et devenu zélé défenseur de Boni- face VIII, savant du xml et du x1v° siècle, connu sous le titre : Doctor fundatissimus. C’est donc encore un commentateur de plus et dans le même esprit que $. Thomas. ms Le commentateur du xiv* siècle est Nicolas de Lyre, juif converti, bien connu par son commentaire court, méthodique et précis de toute Ecriture. Il fait dans le saint Gantique la part aux Juifs et à la synagogue; et bien d’autres commentateurs l’ont précédé et suivi en cela; mais 1lla fait un peu forte, puisqu'il attribue à l’Ancien Testament les sept premiers chapitres, ne réservant que le huitième au Nouveau et à l'Eglise (5). De plus, iloublie un peu trop ses devanciers, en prenant, à tort, entre les Juifs et Les chrétiens, le rôle de médiateur qui allèche souvent les esprits légers et superficiels. C’est ce rôle que lui reproche Denys le chartreux, dont nous parlerons bientôt. Du reste, il déclare s’attacher au sens Httéral, mais figuré, ce qu’il ne dit pas assez nettement tout en le faisant bien comprendre par ses exemples : « Est hic sensus litteralis. non ille qui per voces -significatur, sed qui per res significatas primo intelligitur » ; et il cite en exemple, l’apologue proposé par Joathan à Achimélec et aux Sichimites (6) dont il a parlé plus haut. Pour lui, l’objet du saint Cantique est l’union de Jésus-Christ avec l'Eglise, tant sous Ancien que sous le Nouveau Testament (7). | Pre Le

Denys Lewis, dit le chartreux, qui a vécu quarante-huit ans dans la chartreuse de Ruremonde, est le commentateur du Cantique au xv° siècle. On l’a surnommé le docteur extatique. Le pape Eugène IV disait de lui, que l'Eglise « était heureuse d’avoir un tel fils.»

(4) Sixt. Sen., P. Touron, I..c.

(2) Philip, u1, 20.

(3):1T Cor.; 1,15:

(4). Ap. Migne, P. G., t. LXXIX, n, 639, col. 4365, (5) Biblia maxima, t. VIE, p. 394.

(6) Judic., 1x, 7, etc.

(7) Bibl. max, p. 393-394.

Parmi ses nombreux ouvrages sur les livres saints, il y en à un sur le Cantique des Cantiques, au 4° volume de la magnifique édition de ses œuvres, imprimée à Cologne eu 1533 (1).

Dans le préambule, il fait observer que la très sainte Trinité et chacune

des personnes divines peuventêtre appelées épouses de toute créature raisonnable et intellectuelle, existant dans la grâce ou dans la gloire; « mais

que, néanmoins, l’époux et l’épouse étant ordinairement de même nature, ce litre convient mieux (2) au Verbe incarné. » Bien que le titre soit mieux rempli dans état de gloire que dans l'état de grâce, 1l s’en tient à ce der-

nier état. Mais dans le titre même de son ouvrage, il assigne au saint Cantique trois sens continus el simultanés, un pour l'Eglise universelle, un autre pour l’âme chrétienne et un troisième pour la très sainte Vierge.

Il appelle la première l’épouse générale ou commune de Jésus-Christ, ge-

neralis, et plus bas communis ; la seconde, animée par l’amoûr, 4amorosa, l'épouse particulière; et la troisième, qui a porté ou produit le Christ, christifera, épouse singulière (3). |

C’est là qu’il repousse, comme nous l’avons dit, la prétention de Nicolas de Lyre qui a parlé comme s’il avait eu seul l’intelligence du livre sacré, et il lui oppose Origène, S. Jérôme, S. Grégoire, S. Bernard et Anselme (de Laon) (4). ne

On a pu voir aisément. en parcourant les témoignages des Pères de l’'Eglise et des théologiens scholastiques du moyen âge, que ceux-ci, cherchant à tirer du saint Cantique ce qui pouvait entretenir leur piété et servir de texte à leurs traités de théologie mystique, ont développé les pensées des 55. Pères. selon le sens où l’on voit la théologie se développer dans les monuments de la tradition. Au xr° siècle, la sainte Vierge prend une place marquée et plus ou moins étendue dans plusieurs commentaires considérables du Cantique ; et Denys Lewis, ou le chartreux, cherche à faire les parts respectives de l'Eglise, de lPâme chrétienne et de la sainte Vierge, par un triple sens allégorique et Littéral du Cantique.

La série de tant de témoignages est assez considérable par le nombre, assez importante par l’autorité, assez continue dans le temps, assez répandue dans l’espace, assez expresse dans les termes, pour que lPon y voie bien des marques d’une vraie tradition de l'Eglise, tradition établie d’une manière si claire qu'il ne reste plus de doute sur sa pensée, et d’une manière si juste, qu'il n’en reste pas davantage sur sa valeur, bien que

nous ne la regardions pas comme tout à fait décisive et obligatoire. Or, cette tradition se rattachant, comme nous l’avons dit, à celle des Juifs, . présente le sens du Cantique non seulement comme une allégorie, mais comme une al/égorie littérale.

On n’a rencontré jusqu'ici, dans la chaîne traditionnelle, qu'Honorius

d’Autun qui défendit l’allégorie mystique. Mais on lui trouvera des parlisans dans la période suivante. ;

{A} Da feuillet 410 au feuillet 473.

(2) Specialiter et appropriate.

(3) ProϾm., fol. 1409 et 410 recto.

(4) Kol. 440 recto.

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