‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 16 sur 90 · chapitre 1° du Cantique, il · texte numérisé non relu

chapitre 1° du Cantique, il

- introduit Salomon qui parle, dit-il, « comme représentant la personne de

- Jésus-Christ (6). »

Nous arrivons à Bossuet qui doit nous arrête

r un instant. Ila commenté

le saint Cantique en latin, avec la clarté, la concision de pensées, la propriété et souvent l’élécance d'expression qui luiétaient propres. Partantdu mariage institué de Dieu au commencement du monde, si lon sépare, dit-1l,

« de l’œuvre de Dieu, qui est sainte et chaste, la piscence imprimée par le péché, on comprend

tache honteuse de la concura facilement que Salomon

a très bien pu exprimer, sous le couvert de l’amour et de la vie conjugale, ‘a sainte et chaste union de l'Eglise et des âmes fidèles avec Dieu (7). »

(4) Publié à Lisbonne en 4599.

(2) Qui toutefois ne semble pas attacher autant d’import

roi d'Egypte.

«Voilà pourquoi, ajoute-t-il plus bas, celui qui veut rapporter les chastes |

ance à Salomon et à la file du

(3) J. de Pineda ad suos in Salomonem commentarios seu de Rebus Salom. lib. V, cap. u,

S 11, p. 337, col. 4, in-40, 4643.

(4) In-fol. Antuer. 1624, p. 922, col. 4.

‘5) Heb. 1, 2; Mariana, in Cant.t. 4, p. 928. i6) P. 993, col. 4 et 2. | (7) Bossuet Præf, in Cant. n, p. 245-247, t. JE, in-80, L

ebel 4815.

| SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES V2 amours de l’époux et de l'épouse à l’amouf divin pour lequel ces choses ont été écrites, doit nécessairement saisir lallégorie, en embrassant amour humain et l’amour divin. Car il ne peut, autrement que par ce lien, arriver à la véritable interprétation (1). » RARES JE

Ainsi, d’après Bossuet, le sens littéral du Cantique, a pour objet le mariage de Salomon déjà célébré avec pompe, dans le Psaume xLiv. Mais dans ce Psaume, on est frappé de la grandeur du prince, tandis que, dans

le Cantique, on ne voiten action que son amour ; et pour que la #1ajesté royale n’y soit pas compromise, Salomon n'apparaît que sous la figure d’un

berger (2), chère aux Juifs, comme tout ce qui tient à la vie pastorale et champêtre. L’illusire commentateur croit s’inspirer de l’esprit et des coutumes de cette nation (où la semaine jouait un grand rôle, notamment

pour le detuil et le mariage), en divisant le Cantique et son commentaire

en sept jours, et en y adaptant sept degrés de perfection dans l’union de l'âme avec Dieu (3).

Assurément, Bossuet peut s’appuyer de toute la tradition pour prouver que l’on ne peut embrasser le vrai sens du Cantique en s’arrêtant à écorce de Ja lettre, et qu’il faut passer à l’allégorie, et il a raison de citer en ce sens : Origène, S. Jérôme, Philon de Carpathe, que S. Bernard, dit-il, a principalement suivis, et d’y ajouter Théodoret, S. Grégoire-le-Grand, Aponius, Bède, S. Thomas et d’autres plus modernes (4). Mais le contexte porte à croire qu’il attribue à ces auteurs de voir dans le Cantique un premier sens relatif au mariage de Salomon, et qu’il les fait partisans de Pal- légorie mystique. C’est bien en ce sens qu’un peu plus hautil citeavec complaisance un texte de S. Bernard (5) d’où 1l n’est pas possible de faire sortir ce sens, non plus que d’autres Pères, dont nous avons fait connaître successivement la pensée. Bossuet nous paraît donc s’être mépris sur ce point, etc’est sans doute la raison pour laquelle il a abandonné le grand fleuve de la tradition pour suivre un pelit ruisseau détaché.

Au reste, Bossuet ne peut pas toujours se contenir dans le sens Httéral

relatif au mariage de Salomon. Il rompt parfois cette écorce, pour voir au sens httéral, sainte Masdeleine, comme figure de l'Eglise : « Hæc etiam, dit-il, juxta Htteramin Maria Magdalene quæ Ecclesiæ typum tenuitimpleta sunt, Joan. xx, 12 et 13 (6).»Il ajoute ailleurs que l'Eglise, à la suite desss. Pères, particulièrement de S. Ambroise, reconnaît et vénère la très sainte Vierge dans le sens littéral d’un grand nombre de passages (7). Mais 1l est juste de remarquer que Bossuet pourrait être dégagé de cette difliculté,par ce fait, qu’il attribuait un double sens littéral à plusieurs passages des livres saints, et que le caractère figuré et par là même assez général et indélerminé du $S. Cantique, entre assez bien dans les conditions des textes qui se prêtent à ce double sens. |

Toutefois, il y a un écueil que Bossuet ne pouvait pas éviter, en cher- chant et en suivant, dans le Cantique, un sens relatif au mariage de Salomon. Il n’a pas pu ne pas aboutir à des détails peu dignes de Pinspiralion,

(3) 111, p. 219-299, et summa et conclusio operis, p. 276-277. (4) P. 222-2923.

0 | ETUDE | 0 comme M. Le Hir le fait observer dans sa note sur le chapitre vi. Cependant, notre auteur ne laisse pas pour cela de reconnaître l’empreinte de l'aigle de Meaux, dans son commentaire, et d’en défendre avec admiration le sens le plus élevé contre le léger persifflage de M. Renan : « Quand, dit-il, il enfonce sa dent venimeuse dans les pages si chastes et si pures du sacré Cantique, et qu’il jette à la multitude des sots, ce poison d’un nouveau genre à dévorer; quand il se rit de l’admiration de Bossuet pour les contre-sens de la Vulgate, parce que ce noble génie y a vu de la raison, : de la suite, de l’ordre, de la sagesse, de la grandeur, de la profondeur. de la majesté, un éclat de vérité et une flamme de charité incomparables, quand 1l y substitue de gré ou de force le décousu, la contradiction et le blasphème.… a-t-il encore le droit d'exiger que notre indignation se contienne (1)? »

Dans l’édition donnée à Paris de ja Bible de Vatable, en deux volumes in-folio, publiés l’un, en 1729 et l’autre en 1745, les éditeurs se posent la question « si ie sens allégorique et mystique suppose un sens naturel et historique. Ils répondent qu’ils inclinent plutôt pour l’affirmative », et ils ajoutent qu'ayant pour eux S'anctius, de Compiègne, Leclerc, Calmet, etc. ils n’ont pas senti le besoin, pour avoir un appui, de bouleverser les notes de Vatable, qui soutient l'opinion contraire (2). Nous parlerons plus bas de dom Calmet. Nous ne savons rien de l’auteur nommé ici de Compiègne; Gaspard Sanctius, de la compagnie de Jésus, est connu par un volume considérable sur l’Ecriture sainte (3). Mais nous n’y id avons rien trouvé qui ait trait à cette opinion sur le Cantique des Canoù tiques. C’est vraisemblablement le socinien Jean Leclerc, que les éditeurs . out indiqué sous le nom Clericum, et ouvrage pseudonyme de ce critique publié sous le titre : « Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur lAistorre critique du Vieux Testament (4), par le prieur de Bonneville. » Or, Jean Leclerc, dans cet ouvrage, exclut du canon des livres inspirés, le Cantique des Cantiques avec l’Ecclésiaste, les Proverbes et le livre de Job, et regarde aussi le Cantique comme une idylle amoureuse (5). Et ainsi, quand on fait réflexion que les éditeurs de Vatable prétendent soutenir une des opinions des théologiens catholiques, c’est-à-dire l’allégorie mystique du saint Cantique, qu’ils s'appuient de dom Calmet et négligent Bossuet, et qu’ils comptent parmi leurs auteurs, Leclerc dont nous venons d'exposer les sentiments, on est conduit à conclure ou qu'ils ne savaient pas ce qu'ils disaient, ou qu’ils n’osaient pas dire ce qu’ils pensaient. Deux auteurs de notre temps, qui ont traduit et commenté la Bible en. espagnol, se déclarent expressément pour le sentiment de Bossuet. Ce sont Philippe Scio, de Saint-Michel des Ecoles Pies, et Tones Amat, évêque d’Astorges. Tous deux, à l'exemple de Bossuet, entendent le Cantique au sens littéral du mariage de Salomon, et y reconnaissent un sens spirituel ou mystique relatif à Jésus-Christ et à l’Eglise. Le premier, après avoir présenté la division du Cantique, dit : « Avec cet arrangement, il est facile de diviser le divin poème en sept dialogues des différentes entrevues des

(4) Epigraph. phén. Études bibliq., t. II, p. 446-447. Les (2) En tête du Cantique, t. II, p. 499.

(3) In-fol. Antuerpiæ, 1624.

(4) Ouvrage de Richard Simon. | PAARES ’ o Richard Simon : Réponse à la défense des sentiments, etc., ch. x, p. 165, Rotterdam, | 687. e

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