FRET
|époux (1) lest un drame renrésentant les sept premiers jours et les sept premières nuits de noces, sous forme de sept cantiques. » Mais poursuit-il, « chacun de ces cantiques a son action et son dénouement propre, et tous forment un imême épithalame (2). »
Un auteur italien, aussi de notre temps, dans un ouvrage latin intitulé : l« Cantici Canticorum 1illustratio », cite ces deux auteurs avec beaucoup d’autres, et &’attache à défendre le même sentiment (3). Il dit que Salomon
a profité de l’occasion de son « mariage pour prophétiser allégoriquement
sous les très saints mystères de noces très chastes, amour de Jésus- Christ avec l'Eglise unique, composée des enfants tant de l’ancienne loi que de la nouvelle(4).»Il à vu dans le Cantique un petit drame qu’il a divisé en cinq actes, et chacun des actes en diverses scènes (5).
3. — Auteurs modernes flottants entre l’allégorie littérale et l’allégorie mystique du Cantique des Cantiques.
Le P. de Pinéda, cité plus haut (6), qui s’est fait une réputation méritée par beaucoup d'ouvrages, en particulier par un grand commentaire du livre de Job, en a fait un autre sur le Cantique des Cantiques (7). Nous n’avons pu le trouver. Mais l’auteur dit sa pensée sur ce livre sacré, dans un autre ide ses ouvrages intitulé : De rebus S'alomonis regis libri octo. Sa pensée est peu nette : «Il n’y a rien, dit-il, d’indigne de la pureté et de la majesté des saintes Eeritures, à affirmer que, dans le Cantique, sont décrites les noces de Jésus-Christ et de l'Eglise, avec une certaine allusion aux noces de Salomon, et que ces mêmes noces ont servi d’occasion. » Ges paroles n’expriment pas un rôle actif de Salomon dans le drame du Cantique. Mais l’auteur, d’une part, s'appuyant sur Jansénius de Gand, qui admet un sens littéral relatif à Salomon, semble par là même s'attacher à l’allégorie mystique; et, d’autre part, en cherchant à ramener Honorius d’Autun à l’allégorie littérale, 1l montre sa préférence pour ce sens. Le parti le plus sûr est donc de le ranger parmi les indécis.
C’est aussi la place que nous donnons à Louis de: Léon, de l’ordre de saint Augustin, cité avec honneur par Bossuet (8). Cet auteur est embarrassé aussi dans sa manière d’entendre le Cantique. D’un côté, il semble y assigner parfcis un rôle actif à Salomon (9). Mais, d’un autre côté, dans son préambule. 1l n'ose donner au sens obvie des paroles le nom d’histoire ou d'interprétation historique, malgré l’exemple d’anciens ou des anciens écrivains ecclésiastiques : « Quanquam scio priscos Ecclesiæ scriptores historiam aut kis{oricam intelligentiam nominasse. »
(4) La Biblia en espanol; Advertenza sobre el Cantico de los canticos. (2) La Biblia traducida, a l’espanol. Notas al Cantar, de cantares, la advertencia, Madrid, (3) In-80, Neapolis, 4846, (4) 28 p., cap..1v, p. 68.
(6) Mort en 1637. | (7) In 40, Hispali, 4602, ap. Rosenmäüll. in Cant. p. 485, Proæm. (8) Præf. 1v. p. 223.
(9) Aloys. Legion, Expos., in Cant., Paris.., 1649, in cap. 1, p. 27.
| . SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES g … . Le second dit que le Cantique écrit à la manière des orientaux
à HE a nt “ANR | Le nom qui lui plait c’est celui du son des paroles, « verborum sonus. » Il ne paraît donc ici vouloir dire autre chose, sinon que, pour. ne pas tomber dans larbitraire, il faut comprendre le sens obvie des. paroles «litteralis intelligentia », et s’élever ainsi à leur véritable sens. qui. est autre € guanquam vera sententia non sit la quam ipsa scripta ostentant, sed is potius quam intra se occultant et includunt. » Il s’agit donc. ici non pas d’une allégorie mystique qui s’appuie sur un premier sens, ! mais d’une allésorie littérale ; ce qu’il dit, du reste, un peu plus haut de. la manière la plus expresse: « Aïlegoriam dico, non ea... quam, divo Paulo! auctore, Inducunt theologi, cum in sacris litteris, a lif{eræ quem vocant sensu allegoricum (1) sensum distinguunt, sed quam tradunt rhetores effici in perpelua metaphora (2). »
Le P. de Carrières, prêtre de lPOratoire, mort en 1717, a publié un com-. mentaire litiéral de la Bible, qui est une traduction française paraphrasée, : au moyen de quelques mots glissés en lettres italiques dans les versets, et: qui est maintenant très répandue, ordinairement avec les commentaires ! de Ménochius, en latin. | | Or, il commence ainsi son court avertissement mis en tête du Cantique. sacré : « On a toujours regardé Salomon comme l’auteur de ce Cantique. : Quelques-uns même ont cru qu’il Pavait composé à l’occasion de son mariage avec la fille du roi d'Egypte. Mais le Saint-Esprit, dont Salomon n’était que l’organe, y avait principalement en vue, le mariage tout spirituel du. Verbe de Dieu avec la nature humaïne par son Incarnation, son union avec son Eglise par ses mystères, ses sacrements, son sacrifice ; et la consom-. mation de cette union ineffable par la glorification de tous ses élus et leur consommation en Dieu. » "44 ii L'auteur est très exact, quand il réduit à quelques-uns, les partisans de : lallégorie simplement mystique, et il fait sans doute, allusion à Bossuet son illustre contemporain. Cependant, quand il dit aussitôt après. que le. Saint-Esprit avait proncipalement en vue le mariage tout spirituel du: Verbe de Dieu, il n’exclut pas tout sens relatif à Salomon. Il met même ce prince en scène dans la paraphrase du chapitre 1, ÿ. 8; et fait ailleurs
une légère allusion à la fille du roi d'Egypte (3), bien que dans les titres !
assez développés, par lesquels il a découpé le saint Cantique, il ne s’occupe que du mariage spirituel. | ARE
Dom Calmet, mort en 1757, a composé beaucoup de gros volumes, parti: . culhièrement sur l’Ecriture sainte; mais en lui, la critiqne n’est pas à la! hauteur de sa vaste érudition. Il le laisse un peu voir par la manière dont | il apprécie le saint Cantique. Dans la préface sur le Cantique. il cite . Bossuet dont il embrasse l’opinion : « La plupart, dit-il, croient qu’il fut : écrit à l’occasion du mariage de Salomon avec la fille du roi d'Egypte; . et cette opinion est, non seulement Za plus suivie, mais encore la plus . probable (4)... » Peu après : « Quelques Pères et quelques commentateurs... " ont porté le respect... jusqu’à dire qu’on ne devait point y chercher ! de sens litiéral et historique, et qu’en vain on voulait rapporter au mariage de Salomon avec une femme égyptienne ou juive, ce qui
(1) Sens mystique.