‹ Le cantique des cantiques avec traduction spéciale sur l'Hébreu et commentariesChapitre 22 sur 90 · La raison · texte numérisé non relu

La raison

La raison appuyée sur les données de l’Ecriture et de la tradition, peut aisément découvrir des analogies frappantes entre le mariage et l'union de Dieu, de Jésus-Christ avec l’Eglise et les âmes fidèles. On peut rapporter ces analogies, ces liaisons étroites à cinq principaux caractères du mariage chrétien : 1° la liberté; 2° l’unité; 3 l’intimité; 4° la fécondité; b° la perpétuité. :

1° Za liberté. On ne choisit pas son père, on n’est pas souvent libre de choisir son maître; mais on peut choisir son ami, et l’on doit choisir librement son époux ou son épouse. De même, Dieu est notre maître souverain, comme premier principe et dernière fin de tout ce que nous avons et de ‘tout ce que nous sommes. Il est même notre Père par‘son ineffable amour, soit que nous le voulions, soit que nous ne le voulions pas. Cependant il veut qu’on se donne à lui par un libre choix, et il dit équivalemment à chacun, comme il disait aux Juifs par le ministère de Josué : « Eligite cui potissimum servire debeatis (5). » Dieu nous prévient toujours, mais nous pouvons lui obéir ou lui résister. | | On est donc libre de s’attacher à Dieu par amour et de devenir épouse. de Jésus-Christ, à quelque degré que ce soit, Il est vrai que certaines âmes privilégiées, comme la très sainte Vierge (6), arrivées à un certain. degré de perfection, sont tellement confirmées dans la grâce, qu’elles ne peuvent plus la perdre. Mais, outre que ces exceptions sont très rares, elles. prouvent bien qu’une âme peut être parfois dans l’heureuse impuissancede cesser d’être unie à Jésus-Christ, et d’être son épouse, à un certain. degré; mais elles ne prouvent pas qu’une âme ne soit pas toujours libre. de devenir épouse de Jésus-Christ, et quand elle l’est, de le devenir toujours de plus en plus, jusqu’à ce que son état soit immuablement fixé dans. l'éternité. | sa | Ne Les âmes vierges sont les épouses de Jésus-Christ à un titre spécial; car tandis que la femme s’occupe de plaire à son mari, la vierge s'occupe. de ce qui est de Dieu, afin d’être sainte de corps et d’esprit (7); et telle. est la haute raison du vœu de chasteté et de la profession religieuse. Cependant, il y a des âmes très parfaites et des épouses très chères à

poc., XIX, 8.

S Th. 3, 4. 27, art. 5, ad ua, (7) I Cor., vir, 34.

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| | SUR LE CANTIQUE DES CANTIQUES SUP CAT (Jésus-Christ, dans les liens du mariage chrétien, et qui sont d'autant

plus fidèles aux devoirs qu’il impose, et à l’amour conjugal, que cet

amour est-sanctifié et par là même surnaturalisé, protégé, fortifié et élevé,

par l’amour spirituel qu’elles ont pour Jésus-Christ, leur divin époux. Toutefois les vierges sont plus libres par état de se donner à Dieu; et

c’est parmi elles, au moins communément, que se rencontrent les âmes

d’élite favorisées d’un mariage spirituel ou mystique, plus spécial encore, avec Jésus-Christ, comme sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, etc. Mais cet état n’est ni une conséquence rigoureuse, ni une marque cerlaine d’un certain degré très élevé de perfection. C’est un état extraordinaire auquel Dien appelle qui il veut. Mais, bien qu’on ne puisse pas le mériter, ces âmes d’élite y parviennent par la correspondance à certaines grâces de préparation ; et elles ont ordinairement de grandes occasions de développer leur amour pour leur divin époux, dans des œuvres difficiles à conduire, ou dans des épreuves difficiles à supporter. 9 L'unité. D’après l'institution primitive, sanctifiée encore par u sacrement spécial, dans la Nouvelle Loi, le mariage est le don mutuel de un à un pour une fin déterminée. Or le mariage du Verbe divin avec l’humanité. accompli par l’Incarnation dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie, est un comme le mariage accompli par suite entre Jésus-Christ et son Eglise. Et quant au mariage de Jésus-Christ avec les âmes en particulier, il est un aussi, en ce que chaque âme doit aimer Dieu d’un amour unique. qui domine, gouverne et transforme tous les autres amours; et en ce que Notre-Seisneur, comme Dieu, peut se donner à chacun sans se diviser : wnicus, multipleæ (1); ce qui faisait dire à S. Paul : « Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me (2). »

3° L’intimité. Elle résulte de l’unité. Mais elle y conduit d’ailleurs, et elle y maintient. Les amis mettenten commun des idées ou des sentiments, une sympathie réciproque et la disposition sincère et plus ou moins généreuse de se servir mutuellement, par des encouragements, des conseils, des efforts, et même, à l’occasion, par le sacrifice de biens temporels. Or, ce qui est mis en commun dans le mariage, c’est d’abord tout ce que nous venons de dire; ce sont de plus tous les intérêts de ce monde; c’est le corps même et la vie temporelle, dans les termes où cette vie peut être communiquée à des êtres semblables qui sont le terme, la raison d’être et comme le ciment permanent de cette union. Mais qu'est-ce qui est mis en commun dans l’union et le mariage spirituel de Jésus-Christ avec son Eglise et avec les âmes fidèles? Du côté de Jésus-Christ, qui est l’époux, ce sont d’abord tous les biens de la grâce, ét ensuite tous les biens de la gloire ; c’est la vie surnaturelle et divine qui est en Jésus-Christ comme à sa source, et à laquelle Eglise et, à divers degrés, les âmes fidèles participent : « divinæ consortes naturæ (3) », et sont appelées à participer de plus en plus, « ut vitam habeant et abundantius habeant (4). » Jésus-

Christ applique parfois aux âmes fidèles et généreuses, les paroles qui lui ont été adressées à lui-même par son Père céleste : « Omnia mea tua suntet

1) Sap., vi, 22.

(2) Gal. 11, 20.

(3} EH Petr., 1, 4.

(4) Joan., x, 40.,

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tua mea sunt (1). » Mais les âmes, qu’apportent-elles de leur côté et da mettent-elles en commun ? L’humble sentiment de leur néant primordial,| de leur origine souillée et de fautes librement commises ; d’une puissances de correspondre à la grâce et d’obéir à Dieu, mais qui a besoin d’être. excitée, soutenue et fortifiée par la grâce; enfin la bonne volonté qui en] résulte, l’obéissance même, la confiance, l’amour, la générosité, ie dé-1 vouement complet par le plein abandon à Dieu sans réserve, par le sacrifice“ sans réserve; dispositions qui ont mis sainte Thérèse en état d'entendre” Le paroles de la bouche de Notre-Seigneur : Weum perpetuo zelubis* Aonorem. | 2

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On peut juger des dispositions de Jésus à l'égard des âmes fidèles ses“ épouses, par ses dispositions à l’égard de l’Eglise qui est comme son épouse universelle. Il veut qu’elle soit revêtue de gloire, sans tache ni ride, mais sainte et sans reproche (2). Non-seulement il veut vivre en“ elle selon l'esprit, mais 1l y veut vivre encore selon la chair, dans l’ineffa-" ble mystère de l’'Eucharistie, où l’âme fidèle, en le recevant, peut, comme” l'Eglise elle-même, dire avec S. Paul, selon l'esprit et selon la chair :#

« Vivo... jam non ego; vivit vero in me Christus (3), » ‘

Or, ne résulte-t-il pas de tout cela, que l’intimité de l’union conjugale est la plus propre à mener à l’intelligence de l’union de Jésus-Christ avec son Eglise et avec les âmes fidèles ? ; Ê

4° La fécondité. Après léternelle fécondité qui se consomme dans le sein de la Trinité sainte, la plus admirable de toutes est l’Incarnation du Verbe divin qui s’est consommée dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie. « Le Verbe.et la chair, dit S. Augustin, sont une union nuptiale, le siège de cette union est le sein de la Vierge. le Verbe est l’époux, la chair l’épouse, et l’un et l’autre un fils unique, fils de Dieu et fils de l’homme... L'Eglise a été tirée du genre humain afin que la chair unie. au Verbe fût le chef de cette Eglise, et que tous les croyants fussent les. membres de ce chef: Assumpta est Ecclesia ex genere humano, ut caput esset Ecclesiæ ipsa caro Verbo unita, et cæteri credentes membra essent. ilius capitis (4). » |

.. En effet, le Verbe divin s’est incarné pour se communiquer, pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient de plus en plus abondante (5). Il est venu faire régner la vérité et la vertu. Voilà pourquoi il s’est montré « plein de grâce et de vérité (6) »; il a voulu que son saint précurseur le. représentât par ces deux grands traits : « lucerna ardens et lucens (7) »;et. que ses apôtres, qui devaient être ses premiers ministres, fussent trans- « formés intérieurement par le Saint-Esprit descendant sur.eux sous forme « de Zanques de feu (8), désignant la lumière de la vérité et les ardeurs de. la charité. | . Assurément la très sainte Vierge, mère immaculée du Fils de Dieu; ,

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